• Interpellation en séance plénière de la COCOF sur la formation en alternance

    Monsieur le Ministre,

    Les 12 et 13 mars derniers, le roi Philippe a pris l’initiative d’une visite de deux jours, en Allemagne, avec une importante délégation dont vous faisiez partie. L’objectif était de présenter aux autorités et partenaires sociaux belges le système allemand d’enseignement professionnel en alternance, système réputé pour son efficacité.

    Pour rappel, celui-ci consiste en un apprentissage qui se déroule à la fois sur le lieu de travail et dans un établissement de formation.

    L’apprentissage conduit ensuite à un certificat et à la maîtrise d’un ensemble de compétences et connaissances donnant accès à une profession spécifique. De la sorte, il met l’accent sur l’importance d’une relation contractuelle entre un employeur et l’apprenti, tout en permettant l’implication des partenaires sociaux.

    L’OCDE reconnaît les avantages de la formation en alternance à deux niveaux : celui de l’insertion sur le marché de l’emploi parce que l’alternance contribuerait à réduire le chômage des jeunes et celui de la portée éducative parce qu’elle permettrait de lutter contre le décrochage scolaire.

    Aussi, même si le taux de chômage des jeunes est nettement plus bas en Allemagne que dans notre pays, et spécifiquement en Région bruxelloise, il faut reconnaître que la formation en alternance est un point important de l’agenda politique de cette législature, tant au niveau de la Région que de la COCOF.

    Par conséquent:

    – Monsieur le Ministre, pouvez-vous nous dire quelles sont vos principales observations suite à cette mission en Allemagne ?

    – Et quels en sont, selon vous, les points forts et les points faibles ?

    – Cette visite vous a-t-elle permis d’avoir de nouvelles intentions pour la formation en alternance, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de majorité ?

    – Le cas échéant, que pourrions-nous en retirer pour la Région et comment pourrions-nous transférer ces acquis d’expérience et les appliquer en matière de politique du travail, de la formation et de l’enseignement?

    – Et enfin, Monsieur le Ministre, quelles suites utiles, en termes de collaboration futures, comptez-vous donner à cette visite ?

    Réponse du Ministre et ma réplique:

    Après nous avoir énuméré les membres de la délégation représentant la Région pour cette visite, le Ministre a rappelé que nous ne voulons pas copier coller le système allemand. Le Ministre nous a fait part de son scepticisme quant au système allemand. En Allemagne, il y a une culture du système dual depuis 150 ans en Allemagne. Il n’est pas possible de transposer une telle philosophie du jour au lendemain dans notre Région.

    Le système allemand a par ailleurs une faiblesse: c’est qu’il y a une sélection pour rentrer dans le système en alternance. Si on est en dehors du circuit, la formation en alternance devient impossible. Il faut aussi rappeler qu’en Allemagne, ils sont dans une situation de plein emploi.

    A Bruxelles, le contrat d’apprentissage unique est la première étape de notre processus du développement de la formation en alternance.

    On peut retenir de cette visite : la place des employeurs dans le système éducatif. Il y a une imbrication du monde économique dans les processus deformation. Les entreprises se rendent bien compte que leur participation dans ce processus leur est profitable puisque les jeunes seront mieux formés dans ces emplois spécifiques. Cette imbrication va jusqu’à une délégation de certaines compétences aux entreprises, notamment la certification des formations.

    Selon le Ministre, on doit mieux prendre en compte la place de l’entreprise dans notre système de formation professionnelle. Il existe une certaine forme d’implication des entreprises en Région bruxelloise mais on ne profite pas suffisamment de ces rencontres, notamment dans les comités de gestion d’Actiris et de Bruxelles-Formation.

    Il va falloir également simplifier les aides financières aux entreprises pour que le système soit plus lisible.

    Il faut également poursuivre l’harmonisation des types de contrats et des formules de stage.

    Le Ministre défend également une certification à la fin du parcours de formation. Une validation des compétences par le biais d’un certificat est primordiale. Enfin, le Ministre estime qu’une orientation des jeunes doit, comme en Allemagne, être mise en place dès 12 ans.

    Sur ce dernier point, j’ai fait part au Ministre de mon scepticisme. Une meilleure information des différents types de formations et d’enseignement  doit évidemment être soutenu. Une orientation irréversible dès 12 ans me semble par contre beaucoup trop risqué. A 12 ans, qui peut être certain qu’il deviendra électromécanicien, artiste ou médecin ? Je pousse donc pour une meilleure information des jeunes quant aux différentes solutions qui leurs sont proposées mais les orientations concrètes devraient avoir lieu plus tard.

    Je suis par contre favorable à une simplification des différentes aides accordées et aux objectifs de rationalisation des formules de stage.

    Enfin, la certification mise en place à la fin du stage est en effet un outil précieux pour reconnaître aux jeunes les compétences qu’ils ont pu acquérir durant son stage.