• Qualité de l’air dans les stations et véhicules de la STIB: les résultats sont préoccupants

    Ce lundi 6 novembre, j’ai interpellé le Ministre Pascal Smet concernant la pollution de l’air dans les stations de métro et pré-métro. Une récente étude a mis en lumière des taux de pollution particulièrement important au sein des véhicules de la STIB.

    Depuis le début de la législature, j’attache une attention particulière à la qualité de l’air dans notre Région. Or la pollution de l’air, qu’elle soit intérieure ou extérieure, reste un des problèmes les plus préoccupants pour la santé des Bruxellois.es

    Si les teneurs de certains polluants ont fortement diminué depuis les années 70, il reste de nombreux efforts à faire pour améliorer la qualité de l’air dans notre Région, d’autant plus dans une ville comme Bruxelles où la population et le réseau urbain sont denses.

    Le mardi 26 septembre, en commission de l’environnement, j’ai interrogé la Ministre Fremault concernant les conclusions de l’étude ExpAir récemment publiées. Ce projet, débuté en 2013, avait pour objectif l’évaluation de l’exposition de la population bruxelloise à la pollution de l’air et la sensibilisation des Bruxellois à la pollution urbaine, en l’encourageant à opter pour des modes de transport et/ou des systèmes de chauffage plus respectueux de notre environnement.

    Les conclusions de cette étude sont hélas sans appel. A l’exception des voitures, c’est dans les transports publics souterrains que l’exposition aux particules fines est la plus importante. Elle s’avère 3 fois plus élevée que la pollution de fond ou que le niveau moyen en air intérieur.

    Les usagers de bus sont exposés à des niveaux de particules fines 3 fois supérieurs au niveau moyen en air intérieur. Les usagers de tram et métro, sont eux exposés à des niveaux de particules fines 4 fois supérieurs.

    Lors de ma précédente interpellation relative à la qualité de l’air dans les stations de métro et pré-métro, j’avais rappelé les risques sanitaires respiratoires et cardiovasculaires importants liés à une exposition chronique aux particules fines et ultrafines.

    J’avais pris l’exemple des mesures de la qualité de l’air effectuées par la Régie autonome des transports parisiens (RATP), dans certaines enceintes ferroviaires souterraines : l’attention portée à ces mesures s’explique par des concentrations de particules fines supérieures à celles constatées dans des zones urbaines extérieures, même à proximité de zones de trafic routier.

    La RATP publie ainsi des relevés hebdomadaires de la qualité de l’air sur son réseau, via une veille sanitaire qui existe depuis désormais plus de 20 ans.

    J’avais aussi interrogé afin de savoir si de telles mesures étaient effectuées par la STIB. Le Ministre Smet nous avait alors indiqué que la STIB ne réalisait pas de mesures en continu, mais que des mesures ponctuelles étaient effectuées par un bureau externe, dans le cadre de la législation sur le travail.

    Or, au-delà des normes applicables dans le cas de cette législation spécifique, les dépassements importants des seuils d’exposition retenus par l’OMS est préoccupant, tant pour les travailleurs que les usagers.

    La communauté scientifique souligne également deux éléments à prendre en considération en ce qui concerne la qualité de l’air et dans les souterrains en particuliers :

    – d’une part, les particules fines et ultrafines rencontrées sur ces réseaux ferrés se caractérisent par leur nature : la poussière des stations de métro et pré-métro est particulière car, provenant essentiellement des dispositifs de freinage, elle est essentiellement composée de particules métalliques (fer, cuivre, manganèse, chrome ou zinc) et,

    – d’autre part, le fait que la réglementation en vigueur ne les différencient qu’en fonction de leur masse alors que leur dangerosité dépend essentiellement de leur nature chimique et que cette toxicité s’accroit d’autant plus qu’elles sont fines et capables de passer directement dans le sang, permettant à une fraction d’entre elles d’atteindre d’autres organes du corps comme le foie, le cœur et le cerveau.

    Si ces particules ultrafines sont difficiles à mesurer et que les normes européennes accusent un retard pour cette catégorie, tous les experts en santé publique s’accordent pour souligner qu’une maitrise des sources d’émission et une baisse de concentration des particules fines de type PM10 et PM2.5 est par incidence également bénéfique pour la concentration des particules ultrafines (inférieures à 1 micon).

    Aussi, au regard des récentes conclusions de l’étude ExpAir, j’ai interrogé le Ministre sur plusieurs points.

    Les mesures ponctuelles relevées par la STIB dans le cadre de la législation sur le travail sont actuellement communiquées, mais uniquement au Comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT). J’ai donc demandé si comme le Ministre nous l’avait précédement indiqué, il réfléchissait à la possibilité de les rendre accessibles aux usagers et si la mise en place dans les stations de métro et pré-métro de sondes de mesure permanentes permettant une information continue du public était envisagée.

    J’ai également demandé quelle était la fréquence des mesures actuelles et si une analyse chimique des poussières mesurées était également réalisée.

    En réponse à ma précédente interpellation, le Ministre nous avait indiqué réfléchir à la possibilité de mettre en place des mesures permanentes pour le réseau bruxellois à l’instar de ce que fait déjà la RATP. Je lui ai demandé si une analyse et un monitoring plus poussé étaient envisagés en partenariat avec Bruxelles-environnement ou le secteur académique et si des contacts avec la Ministre Fremault étaient pris à ce sujet.

    Compte tenu des mesures peu rassurantes qui ont été relevées dans le cadre du projet Exp’air et des impacts graves pour les travailleurs de la STIB (conducteurs, personnels de sécurité et prévention, de maintenance, de vente, nettoyage, etc.) mais aussi celles et ceux qui y travaillent comme commerçant au quotidien dans les stations, j’ai interrogé le Ministre pour savoir s’il était envisageable d’améliorer la ventilation des stations sur les réseaux de métro et pré-métro existants.

    Je lui également demandé si une meilleure ventilation ou un traitement de l’air faisait partie du cahier des charges du futur métro nord et si l’adoption d’éventuelles bonnes pratiques observées dans la gestion de la qualité de l’air de réseaux souterrains à l’étranger avait déjà été étudiée.

    Au-delà des composés métalliques évoqués en introduction, les patins de freinage ont été pendant longtemps composés pour partie d’amiante. J’ai demandé si le Ministre pouvait nous confirmer qu’à l’heure actuelle plus aucun tram ou métro de la Stib n’était équipé de dispositif de freinage et de ce contenu.

    Concernant les dispositifs d’épandage de sable des trams, j’ai demandé au Ministre si ces dispositifs étaient automatiquement désactivés en sous-sol.

    Concernant la circulation en sous-sol et l’activation des ventilations de chauffage, j’ai demandé si les différentes générations de trams exploités étaient en mesure de fonctionner en cycle fermé pour éviter d’insuffler l’air vicié au sein de l’habitacle, si cette disposition était systématiquement observée et si dans la négative, il serait envisageable de désactiver les dispositifs d’air pulsés des trams lors de leur circulation souterraine.

    Enfin, pour prendre encore en exemple la RATP, l’entreprise s’est engagée dans le cadre du plan de protection de l’atmosphère de la région Ile-de-France à poursuivre le développement du freinage électromagnétique (qui émet moins de particules), lors du renouvellement des matériels roulants.

    J’avais déjà interrogé le Ministre quant à savoir si la STIB prévoyait l’adoption de cette bonne pratique. Elle semblait alors à l’étude. Je lui ai donc demandé ce qu’il en était pour les dispositifs de freinage équipant les nouvelles rames de type Boa en circulation et si ce type de dispositif serait généralisé autant sur les trams que les rames de métro.

    Dans sa réponse, le Ministre Pascal Smet a indiqué que la selon la Stib la qualité de l’air dans les stations n’était pas à remettre en cause. Les mesures de la qualité de l’air utilisées par la Stib sont réalisées selon le différentiel légal d’application pour la protection des travailleurs, la population la plus exposée à l’environnement souterrain.

    Ces contrôles sont réalisés à la demande de la Stib par un laboratoire indépendant dans différentes stations de métro. Toutes ces mesures sont stationnaires. Elles ne sont pas réalisées en continu mais de manière ponctuelle. Les résultats obtenus par ces mesures sont largement en dessous des normes. La Stib n’envisage donc pas de mesures en continu.

    En ce qui concerne le futur métro-nord, puisqu’il s’agit d’un métro en grande profondeur, des méthodes spécifiques de ventilation, qui doivent encore être déterminées, vont être mises en œuvre. Il ne m’a pas donné d’indication quant au lancement d’une étude relative aux stations existantes.

    Concernant le freinage et la problématique de l’amiante, la Stib indique qu’il n’y a pas de problème et que la législation  en vigueur est respectée. Le Ministre n’a toutefois pas pu me confirmer que les plus anciens trams encore en circulation (Tram 51, par exemple) étaient désormais dépourvus de systèmes de freinage composés d’amiante (!).

    Concernant le sablage, il est techniquement impossible dans les tunnels pour les métros et les trams.

    Par ailleurs, pour faire fonctionner la ventilation des trams en cycle fermé en tunnel, la Stib indique que ce n’est pas nécessaire puisqu’à chaque arrêt les portes s’ouvrent et ventile l’intérieur du véhicule. Je lui ai toutefois rétorqué que l’air était particulièrement vicié dans les tunnels et que, dès lors, un nombre important de particules fines risquaient de s’introduire dans l’habitacle (notamment des prémétro) si la ventilation ou le chauffage ne fonctionnait pas en cycle fermé, lors des parcours en sous-sol.

    Depuis le début de l’exploitation du métro bruxellois, il a y une utilisation généralisée du freinage électrique. Une bonne pratique qui est reprise sur de nombreux réseaux de transports à travers le monde.

    Pour conclure, en ce qui concerne l’étude Exp’air, le Ministre Smet a indiqué que dans le courant de ce mois, la Stib et Bruxelles Environnement doivent se rencontrer pour procéder à une analyse des données recueillies.

    Le Ministre a indiqué vouloir instaurer un système de mesure de la qualité de l’air dans les stations qui soit non pas réalisé par la Stib mais par Bruxelles Environnement. C’est, selon le Ministre, le rôle de BE de procéder à de telles mesures.

    Je lui ai indiqué que je partageais son avis concernant le rôle de BE dans les mesures de la qualité de l’air. Il est sain que ce soit un autre organisme qui se charge de cette mission au sein du réseau bruxellois de la Stib et qu’il s’agisse par ailleurs de l’organisme le plus spécialisé en la matière.

    Enfin, j’ai insisté sur la nécessité de procéder à des mesures en continu. Inutile de vous dire que je vais continuer de suivre ce dossier de très près!