• Musée Juif: Ne nous trompons pas de cible!

    Nous avons tous été meurtris ce samedi 24 mai après-midi. La violence pure et arbitraire a frappé notre pays et singulièrement la communauté juive.

    Nous étions en plus à la veille du séisme politique qui allait frapper la République française et d’autres pays de l’Union.

    À Tourcoing, le 25 mai : 72,01% d’abstention et 30.04% pour le FN.

    Inutile certes de revenir sur les déclarations antisémites qui pavent l’enfer du FN…

    Depuis hier, nous savons que Mehdi Nemmouche est suspecté d’être l’auteur de cet acte barbare. Les réactions fusent et les analyses aussi.

    Ce matin sur la Première, j’ai fait valoir une opinion personnelle que je voudrais expliciter ici.

    (http://podaudio.rtbf.be/pod/lp-map-connex_connexions_comment_lutter_contr_18282177.mp3 )

    Le fait est là, l’agent est désormais suspecté, voici donc le temps des causes. Moment complexe, difficile, long bien sûr, mais qui ne doit pas permettre le moindre sophisme. Toutefois, ne surfons pas sur l’hypocrisie, c’est-à-dire n’émettons pas de « jugements » qui seraient « en dessous » des faits et pas à la hauteur de la tragédie qui s’y joue une nouvelle fois.

    Autant, il ne faut pas rentrer dans un phénomène de victimisation du suspect autant, il est utile de comprendre d’où il vient pour mieux analyser l’horreur qu’il a commise.

    Mehdi Nemmouche c’est d’abord une enfance difficile et pénible, la précarité et l’isolement social, des carences éducatives lourdes, des pertes d’identité et des réidentifications successives, des abandons répétés et beaucoup, beaucoup d’errance (pas de domicile connu en France). Puis, c’est la « petite délinquance », très tôt, dès l’adolescence et une première condamnation en 2004, à 17 ans.

    Il y en aura 6 autres. Et 5 incarcérations.

    De la violence, un braquage d’une supérette à Roubaix en 2006 et des vols de voitures revendues à… Bruxelles où il a apparemment un vrai réseau d’amis.

    Mehdi Nemmouche, c’est la prison de 2007 à 2012 où – tous les témoins font le même constat affolant – il change de personnalité et se radicalise : prosélytisme et extrémisme religieux, reconfiguration identitaire complète et fréquentation d’un groupe de détenus islamistes radicaux.

    Mais pourquoi se radicalise-t-il là ? Comment ? Par quels relais et par quels canaux ? Avec quelles aides ? Les questions qui touchent à ce qui risque d’apparaître comme un nouvel et cuisant échec des politiques carcérales doivent être posées, en ce compris celles qui touchent à la façon dont la religion est utilisée et détournée pour s’enfoncer dans les pires méandres d’une vie humaine blessée et socialement rejetée sur les marges.

    Puis, à la sortie de prison, Mehdi Nemmouche ce sont de nouvelles et multiples errances : la Turquie, le Liban, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Syrie et d’autres pays jusqu’au signalement au Fichier des Personnes Recherchées (FPR) et au fichier Schengen pour suspicion de terrorisme, au début de cette année 2014.

    Et puis bien sûr, il y aurait cette année passée en Syrie et un engagement djihadiste. On connaît la suite : la folie meurtrière de Bruxelles…

    Mais il n’en reste pas moins qu’il faut nous poser les questions les plus radicales et les plus dérangeantes : celles de la précarité et des déchirures sociales qui frappent durement dès l’enfance et victimisent tôt, de l’exclusion et des dualisations sociales qui frappent une destinée fragile, des cités ghettos sans avenir, des extrémismes religieux qui s’entrechoquent et font basculer dans la haine via des nouveaux moyens de communication, des échecs de la politique carcérale, et bien sûr de l’inaction totale de la communauté internationale en Syrie où chaque jour crimes et meurtres sont le lot d’un triste quotidien sur lequel pèse un silence que, ne soyons pas hypocrites, nous ne quittons que quand cette guerre que nous ne voulons pas voir frappe collatéralement à nos portes.

    Rappelons aussi le rôle des médias dans l’émergence d’une islamophobie de plus en plus présente dans le paysage européen. L’islam, ce n’est pas ça. Mehdi Nemmouche constitue une nouvelle blessure pour l’extrême majorité des musulmans et il faut le savoir.

    Comprenons-nous bien : pas d’excuses, mais le besoin urgent d’aller à la racine de la cause de nos violences.

    Comme dit Kafka : « Chaque crime est LE crime. »

    N’oublions pas non plus Alexandre Aaron Strens – qui assurait l’accueil au musée – se bat encore pour vivre.

    Revenons-en aux sources donc. Eduquons et émancipons.