• Intervention concernant l’illettrisme des plus précarisés, l’emploi des jeunes mais aussi des plus de 45 ans!

    Monsieur le Ministre,

    Je crois que les interpellations de mes collègues font largement letour de cette épineuse question – preuve s’il en est de l’importance que nous lui accordons tous, majorité comme opposition. Je ne vais donc pas revenir sur les questions déjà posées auxquelles le Groupe socialiste et moi-même nous joignons bien entendu.

    Je voudrais néanmoins attirer votre attention  sur les risques dont sont porteurs les personnes qui, par leur exclusion aux allocations d’insertion, se retrouvent « sorties du système ». Elles ne seraient plus répertoriées comme demandeuses d’emploi, ce qui aurait pour conséquence une amélioration des statistiques du chômage à Bruxelles et c’est bien entendu une illusion. Ces personnes se tourne alors éventuellement vers les CPAS en vue de l’octroi d’un RIS avec des conséquences importantes pour les finances communales comme j’ai pu l’évoquer dans mes interpellations des Ministres Vervoort, Smet et Fremault de ces dernières semaines.

    Toutefois, pour une série de raisons, ces personnes peuvent tout simplement « disparaître des radars » d’Actiris et de l’ONEM. C’est d’autant plus problématique que le cadre normatif de cette matière est encore en grande partie entre les mains du fédéral, ce qui complique encore plus leur suivi. Ce phénomène, qui est à ce stade un risque possible, porte déjà un nom : la « sherwoodisation ». Je crains que certains jeunes, sans emploi, sans attache avec la société, sans plus aucun contact avec les structures publiques, sans espoir ni projet, ne choisissent d’emprunter la mauvaise voie. Suffisamment d’études réalisées depuis le XIXèmesiècle démontrent en effet que la pauvreté est criminogène. Le Groupe socialiste et moi-même plaidons donc, Monsieur le Ministre, pour la mise en place de mécanismes renforcés de suivi et d’accompagnement  de ces personnes « sorties du système », ou risquant d’en sortir après leur exclusion du droit aux allocations d’insertion.

    Je souhaite également rebondir sur les propos de Monsieur De Lille sur l’extension du contrôle de disponibilité active jusqu’à l’âge de 65 ans. En 2013 le Centre interfédéral pour l’Égalité des chances et le Lutte contre le racisme et les discriminations faisait état du fait que près de 70 % de dossiers concernant la discrimination à l’embauche fondée sur l’âge concernait des cas de personnes âgées de 45 ans et plus, alors que dire d’une nouvelle tranche de demandeurs d’emplois entre 60 et 65 ans qu’Actiris devra accompagner au mieux dans leurs recherches ? Outre le fait que cette mesure du fédéral est profondément injuste et totalement dépourvue de bon sens, elle met les Régions face à un nouveau casse-tête à gérer, à côté du chômage des jeunes.

    A propos de jeunes justement, j’aimerais profiter de l’occasion pour attirer votre attention sur un autre problème dont on me fait part au niveau d’Actiris. Il arrive que des jeunes, sortis d’écoles et restant désœuvrés durant de longues périodes, « désapprennent » en quelques sortes ce qui leur a été enseigné. Le phénomène a pris une telle ampleur qu’il est même parfois question de « désalphabétisation ». L’association « Lire et écrire » collabore avec Actiris et Bruxelles Formation dans ces cas, mais elle reconnaît se sentir dépassée. Vous admettrez, Monsieur le Ministre,que ce constat est catastrophique et particulièrement dans le cadre d’une recherche d’emploi! Mais cette problématique n’est pas propre à Bruxelles: les syndicats et associations actives dans l’alphabétisation de la région liégeoise ont publié il y a quelques jours un communiqué de presse protestant contre les mesures d’activation des chômeurs et mettant en évidence un manque de places et de moyens mis à leur disposition.

    J’en viens donc à mes questions.

    – Quelles mesures de suivi des personnes exclues du droit aux allocations d’insertion et risquant de « disparaitre des radars » sont envisagées ?

    – Quels outils de communication, d’information et de sensibilisation sont envisagés pour ce public ?

    – Une collaboration entre Actiris, les autorités communales et le secteur associatif est-elle prévue ? Qu’en est-il d’une collaboration avec le niveau fédéralet en particulier avec l’ONEM ?

    – Quelles dispositions spécifiques avez-vous prises au profit de la nouvelle tranche d’âge des demandeurs d’emploi de 60 à 65 ans soumis au contrôle de disponibilité active ? Comment les agents d’Actiris sont-ils préparés pour gérer ce type de dossiers ?

    – Enfin, Monsieur le Ministre prévoit-il, dans les limites de ses compétences, des mesures à l’égard des demandeurs d’emploi éprouvant des difficultés à lire et écrire ?

    Je vous remercie de votre attention.