• Allocations d’insertion: Avec cette réforme, on punit des punis!

    La réforme des allocations d’insertion par le Gouvernement Michel constitue une injustice insupportable à l’égard des plus fragilisés et va frontalement à l’encontre des objectifs en matière de diminution du taux de chômage et de formation professionnelle.

    J’ai déjà eu l’occasion d’aborder plus d’une fois la problématique des «NEET’s » et de la « sherwoodisation ». J’ai également eu l’occasion d’interroger le gouvernement sur les impacts de ces décisions sur les finances des CPAS bruxellois. Cette problématique est capitale pour notre jeune Région et la question est maintenant de savoir comment persuader les jeunes concernés de prendre le chemin de leur antenne communale Actiris, en vue de leur inscription ?

    On fait ici des économies de bouts de ficelle sur le dos des plus faibles, sur le dos de la jeunesse, à un moment décisif où tout se joue.

    Avec cette réforme, on punit des punis et c’est insupportable.

    A partir du 1er janvier, les jeunes belges vont recevoir une nouvelle provocation de la part du gouvernement Michel. Explications:

    1. Le cas d’un jeune entre 18 et 21 ans:Dorénavant, si le jeune ne dispose pas d’un diplôme de l’enseignement secondaire supérieur, il devra attendre ses 21 ans pour avoir le droit dedemander des allocations d’insertion.Cette nouvelle règle ne prend pas du tout en compte les parcours diversifiés et les accidents de la vie dont peuvent souffrir chaque jeune.L’incohérence politique à de quoi mettre en colère lorsque l’on voit les taux d’abandon scolaire précoces, tant en Wallonie qu’à Bruxelles.

    Prenons, à titre exemplatif, le cas d’un jeune entre 18 et 21 ans qui n’a pas de CESS ou de formation en alternance et qui ne pourra donc plus prétendre aux allocations. S’il est en situation de décrochage ou d’abandon scolaire mais qu’il a réalisé de manière positive son stage d’insertion – en cherchant activement un emploi – , il ne pourra pas bénéficier d’allocations avant son 21ème anniversaire.

    2. Le cas d’un jeune de plus de 24 ans:

    A partir de ce premier septembre, les jeunes qui obtiennent leur diplôme de l’enseignement supérieur après leur 24e anniversaire n’auront pas droit aux allocations d’insertion.

    Concernant les étudiants, la condition imposant de ne pas avoir atteint l’âge de 25 ans au moment de la demande d’allocation signifie en effet que le stage d’insertion d’un an doit avoir débuté avant l’âge de 24 ans. Exception est faite pour ceux qui avaient déjà travaillé auparavant et pour les interruptions d’études pour cas de force majeure. Mais qu’est-ce qu’un « cas de  force majeure » ? Mystère…

    Le communiqué de presse de la CSC sur cette mesure dit que l’âge moyen d’inscription d’un jeune diplômé universitaire chez Actiris est de 24,7 ans: trop tard donc.

    N’y a-t-il pas fondamentalement derrière cette décision du fédéral une volonté de nuire aux Régions qui s’attellent à trouver une solution pour ces jeunes par le biais de la « Garantie Jeunes » ?

    Lorsqu’on voit le nombre d’offres par rapport aux nombres de demandeurs d’emploi à Bruxelles, il est indiscutable que la solution se trouve dans la formation et la création d’emplois et non dans la culpabilisation bête et méchante d’une génération qui souffre déjà des excès du passé.

    Dans la pratique cela exclut tout redoublement.

    Pas de chance pour ceux qui, après la fin de leur scolarité secondaire, ont pris une année sabbatique avant d’entreprendre des études universitaires. Idem pour ceux qui ont décidé de « refaire » une « rhéto » dans une école de l’autre Communauté pour parfaire leur maîtrise de l’autre langue nationale.

    Et que dire des étudiants qui, au bout d’un parcours scolaire et universitaire exemplaires, optent pour une spécialisation par le biais d’un master complémentaire d’un an ? Quid des enfants ayant doublé une année car fortement perturbés par le divorce de leurs parents ou un décès dans la famille?

    Ces mesures touchent encore plus durement les jeunes les plus précarisés qui n’ont pas, à leurs côtés, des parents pouvant, le cas échéant subvenir à leur besoins. Entre faire des études supérieures et trouver un job sans qualification à la sortie de leurs études secondaires, le choix est vite fait.

    L’année scolaire ou académique a des dates fixes, identiques pour tous, par contre la mesure s’appliquera différemment selon que l’on soit né en avril ou en octobre d’une même année ou en fonction de la décision des parents d’inscrire l’enfant plus tôt ou plus tard à l’école. Bref, le gouvernement fédéral sanctionne dans les faits tous les jeunes qui veulent s’assurer d’un bagage optimal pour affronter le marché de l’emploi.

    Pire : aux jeunes de 19 ans voulant entamer un parcours universitaire il envoie un message de découragement. « Si tu n’étudies pas bien, tu es exclu! Mais si tu étudies trop et trop bien, tu es exclu quand même ».

    J’en viens à mes questions au Ministre Gosuin :

    -Est-ce que Monsieur le Ministre dispose d’estimations du nombre de jeunes de moins de 21 ans et de plus de 24 ans ainsi exclus?

    -Comment le gouvernement a-t-il anticipé et préparé sa réponse à cette situation ?

    -Quelles mesures supplémentaires met-il en place pour ces deux nouvelles catégories d’exclus ?

    -Dispose-t-on d’une éventuelle base de travail pour les contacter et les informer de leurs droits s’ils s’inscrivent auprès d’Actiris ?

    Le Ministre a tout d’abord rappelé que la matière du chômage était fédérale. Pour aider au mieux les jeunes exclus du système des allocations d’insertion, Didier Gosuin a admis que ceux-ci puissent bénéficier des services d’Actiris bien qu’il ne soit pas indemnisé par l’ONEM.

    2.500 jeunes s’inscrivent annuellement après l’obtention de leur diplôme. 20% sont toujoursau chômage après 12 mois. 900 jeunes bruxellois sont potentiellement concernés par la dernière réforme du gouvernement fédéral.

    Le Ministre précise qu’il entamera une campagne d’information ciblé vers ces jeunes exclus afin de leur indiquer quels sont leurs différents droits. La 6e réforme de l’Etat permettra d’adapter nos outils d’accompagnement pour ce public cible.

    Suite à sa réponse, j’ai fermement insisté sur notre rôle en tant que pouvoir public face à cette problématique. Les jeunes n’ont plus confiance dans les services publics. Il est de notre devoir de leur offrir un avenir et de l’espoir afin que cette confiance, vitale pour notre région, se rétablisse à brève échéance.