• La sherwoodisation est en progression: Bruxelles doit prendre les devants!

    La question de l’extension des outils et services d’Actiris, Bruxelles Formation et VDAB (créés initialement à destination des chômeurs indemnisés) aux personnes exclues par l’ONEM s’est posée à plusieurs reprises, au sein de cette commission.


    Lors de la commission du 19 mars 2015, en réponse à une interpellation, le Ministre avait affirmé qu’Actiris interviendrait pour tout jeune inscrit comme chercheur d’emploi, en lui offrant un accompagnement personnalisé et intensif et dans la mesure du possible, une offre de stage, un emploi ou une formation.

    Il a rappelé que même en cas d’exclusion, il est toujours utile de se tourner vers Actiris afin de bénéficier d’une aide et d’un accompagnement. Mon groupe et moi même avions alors salué les positions du Ministre Gosuin sur cette question.

    Le problème est toutefois plus complexe. Nous le savons, le nombre de Bruxellois sans emploi, ne bénéficiant d’aucune indemnité, reste une inconnue. En effet, la grande difficulté réside dans l’identification et la prise de contact avec ces jeunes ne percevant aucune indemnité, que ce soit le chômage ou les allocations d’insertion.

    De plus, le nombre d’exclus du chômage qui se sont tournés vers les CPAS bruxellois est relativement bas en comparaison avec la Région flamande et wallonne. Au moins de mai 2015, sur les 3300 exclus, seulement 1000 personnes se sont tournées vers l’aide des CPAS, soit moins d’un exclu sur trois, preuve que la « sherwoodisation » progresse bel et bien.

    Nous ne disposons actuellement que d’une estimation du nombre d’exclus du système d’octroi des allocations d’insertion. Au mois de septembre 2015, ce chiffre était estimé à 3.500 personnes, avec cette réserve que le chiffre n’engloberait peut-être pas encore les nouveaux jeunes exclus.

    Selon un communiqué de Presse datant de décembre 2014, l’administration du Ministre Gosuin, sur l’ensemble de l’année 2015, 8.317 personnes pourraient être exclues. Et si la mesure est maintenue par le gouvernement fédéral, ils seront encore plus nombreux à venir gonfler les chiffres de l’exclusion au cours des prochaines années.

    En commission de ce 12 novembre, j’ai profité de l’occasion pour aborder la question de la connaissance, par les organes de la Région, de l’ampleur du phénomène des Bruxellois qui se retrouvent sans aide et encadrement, émanant d’organismes publics. En effet, pour pouvoir les identifier et ensuite leur proposer des solutions, il conviendrait de disposer de données fiables, en sorte d’ensuite effectivement prendre contact avec les personnses identifiées et les convaincre de s’inscrire auprès d’Actiris. C’est alors à ce moment précis qu’il importe de se tenir prêt, avec des propositions adaptées et des solutions adéquates. Et, en ce sens, l’éventail de formations et de stages proposés, par Actiris, Bruxelles Formation ou le VDAB, est assez large.

    J’ai dès lors interrogé le Ministre pour savoir si, à ce stade, la Région dispose d’une connaissance suffisante de ce phénomène, pour pouvoir le maîtriser, en sorte d’identifier les intéressés, de prendre contact avec eux et de leur proposer les solutions adéquates et circonstanciées ? Une organisation systématique de prise en charge de ces publics spécifiques est-elle par ailleurs à l’œuvre ou en cours de mise en place ?

    Dans sa réponse, le Ministre a précisé que la connaissance de ce phénomène est encore totalement insatisfaisante en raison du manque d’initiatives prises par l’ONEM. Selon le Ministre, l’ONEM devrait, lorsqu’elle exclut un demandeur d’emploi, l’informer sur ces droits ainsi que sur les soutiens dont il peut disposer en se réinscrivant auprès d’Actiris.

    Par ailleurs, pour des raisons de protection du droit à la vie privée, l’ONEM ne peut pas nous transmettre les identités des personnes concernées. Pour ce faire, le gouvernement fédéral aurait dû prendre l’initiative, lorsqu’il a adopté ses différentes réformes d’exclusion, d’organiser un système de transfert de données entre les institutions fédérales et régionales en consultant le Commission pour la vie privée.

    Il a en outre rappelé que la plupart des personnes exclues peuvent, en s’inscrivant auprès d’Actiris, bénéficier de la plupart des outils régionaux de soutien à l’emploi. Tous les stages basés sur un mécanisme d’activation leurs seront également ouverts dans les prochains mois. Des séances d’information auprès des CPAS sont également organisée pour mettre en place des synergies entre les centres et les organismes publics régionaux pour l’emploi.

    Enfin, un courrier est envoyé à toutes les personnes en passe d’être exclues afin de les informer sur les différents supports d’aide disponibles. Bien que la Région exerce au mieux ses différentes missions dans ce domaine, il convient de rappeler qu’il incombe avant tout au fédéral de supporter les conséquences de ses décisions.

    Suite à sa réponse, j’invite toutefois le Ministre à amplifier la communication destinée à ces personnes victimes de réformes injustes afin de leur redonner l’espoir d’un avenir plus rassurant. Pour ce faire, des communications de masse du type “Tu es exclu, contacte les organismes régionaux pour connaître tes droits” devrait être initiée dans le réseau STIB ainsi que sur les réseaux sociaux.

    Le service public doit de manière urgente retrouver la confiance de ces citoyens désabusés par un système excluant et injuste.

    Il est de notre devoir de les retrouver et de les aider.