• Julien Uyttendaele: “Et si Bruxelles montrait l’exemple dans ses partenariats économiques et commerciaux ?”

    Il y a de ça maintenant quelques semaines, une mission économique rassemblant les Régions et le Fédéral s’est effectuée en Israël et à Ramallah.

    Nous connaissons le contexte actuel difficile : immobilité des pourparlers israélo-palestiniens, décision européenne d’étiqueter les exportations israéliennes produites dans les territoires occupés, l’exclusion de l’Union Européenne des pourparlers israélo-palestiniens, et malheureusement la poursuite intensifiée de la colonisation, ainsi que le blocus de Gaza.

    La question de notre relation avec Israël ne doit toutefois pas occulter le débat plus large que le Groupe socialiste entend soumettre à la majorité bruxelloise : il est urgent qu’un cadre cohérent s’impose aux relations économiques internationales qu’entretiennent nos pouvoirs publics et nos entreprises. C’est de la cohérence de ce cadre, et des principes auxquels il se réfère, que prospèreront ces relations économiques sur le long terme.

    Au-delà de la question de la relation de la Région avec Israël, il n’est plus possible de faire l’économie d’un débat de fond sur les critères éthiques et légaux des missions économiques, au moment de la mise en place des accords de coopération et dans leur suivi.

    Il est urgent d’ouvrir un débat sur l’impératif éthique d’avoir un cadre juste et cohérent pour l’organisation, la planification et la réalisation de TOUTES les relations économiques internationales qu’entretiennent nos pouvoirs publics et nos entreprises.

    Les activités économiques ne peuvent pas se soustraire aux exigences en matière de droit international et de droits fondamentaux et il faut s’assurer que chacun de nos partenaires les respecte. La recherche du profit économique ne peut plus supplanter ce que nous sommes dans le plus profond de notre être : des démocrates, des légalistes, des citoyens du monde.

    Aussi, l’actualité tragique de ces derniers mois montre que des activités commerciales peuvent avoir, par les situations d’injustice, d’iniquité et de déni démocratique qu’elles cautionnent, parfois implicitement, des conséquences redoutables et mortifères sur la vie des individus et des communautés.

    Il faut donc publiquement condamner les soutiens financiers et idéologiques qui sont apportés, depuis trop longtemps, à des pays qui apportent un appui matériel ou immatériel au terrorisme international et bafouent les droits fondamentaux.

    Une meilleure traçabilité des flux financiers extérieurs permettra d’avoir une plus grande transparence et de prendre des mesures prohibitives à l’encontre des individus, des organisations voire des États qui se rendent complices de manquements aux Droits de l’Homme.

    Si l’argent n’a pas d’odeur, c’est que nos principes s’enrhument.

    J’ai profité de cette commission pour poser les questions suivantes:

    – Quels contacts commerciaux ont pu être noués à cette occasion, principalement dans les territoires palestiniens pour qui c’était une première ?

    – Quelle est la position du gouvernement bruxellois sur la décision d’exclure l’UE des pourparlers dans le cadre du Quartet ? Comment cela impacte-t-il nos contacts avec Israël dans l’avenir ?

    – Est-ce que les guidelines concernant les produits issus des colonies ont été rappelées aux entreprises faisant partie de la délégation ?

    – Pourquoi Israël constitue-t-il une des rares destinations qui fait l’objet d’une mission récurrente?

    – Enfin, est-ce qu’une remise à plat de nos relations économiques et commerciales a été ou sera initiée par le gouvernement?

    Dans sa réponse la Secrétaire d’Etat, Cécile Jodogne, a rappelé que la dernière mission en date était organisée conjointement avec la Wallonie et la Flandre. Son but était de permettre aux entreprises bruxelloises de nouer des contacts sur place, afin d’établir par la suite des contrats commerciaux.

    Concernant le volet palestinien de cette mission, la Secrétaire d’Etat a souligné que la visite de Ramallah avait été précédée d’un séminaire réunissant des entrepreneurs israéliens et palestiniens qui coopèrent dans le milieu de l’IT. L’équipe d’accompagnement du Quartet, organisme intergouvernemental piloté par les Nations Unies, l’UE, la Russie et les Etats-Unis, a ensuite présenté sa vision principalement concernant le secteur de l’IT et le projet de construction d’une “smartcity” dans la ville de Rawabi.

    La Secrétaire d’Etat a indiqué que plusieurs acteurs locaux ont insisté sur la nécessité de maintenir ce type de mission économique, en termes de visibilité et de crédibilité, pour les entreprises locales. Elle a également rappelé que les entreprises bruxelloises présentes provenaient du secteur du service et que, par conséquent, la question de l’étiquetage des produits ne s’est pas posée. Madame Jodogne a toutefois souligné que les consignes posées par le Ministère des Affaires étrangères ont été spécifiquement rappelées aux entreprises bruxelloises participantes.

    La Secrétaire d’Etat a rappelé qu’il s’agissait de la troisième mission économique en Israël depuis 2010 (2010-2013-2015). Le choix récurent d’Israël est motivé par la pertinence du marché israélien pour nos entreprises, mais, pour Cécile Jodogne, il est important de rappeler que des missions sont menées chaque année dans d’autres pays, comme la Chine, les Etats-Unis, le Burundi ou le Maroc.

    Concernant une remise à plat de nos liens commerciaux, Cécile Jodogne, a indiqué que le Gouvernement bruxellois s’allignait sur la position du Gouvernement fédéral et de l’UE. Bruxelles ne décidera pas seule du devenir de ses relations avec l’Etat d’Israël.

    Dans ma réplique, j’ai bien entendu remercié Cécile Jodogne pour la franchise de ses réponses et j’ai souligné l’importance du fait que, suite à cette mission économique, des entreprises palestiniennes ont pu nouer des contacts avec des entreprises bruxelloises, pour aller vers des accords commerciaux durables. Par contre, la Secrétaire d’Etat a fait valoir qu’il n’y avait pas, en tant que tel, une portée politique à la mission (par conséquent, sans représentation politique officielle) qui n’était donc que de nature économique. Pourtant, il est pour moi évident que cette mission a bénéficié du soutien officiel et affiché de notre Région. La question reste donc de savoir où l’on place le curseur et si l’on a une vision globale ou englobante de la politique ou alors si l’on en a une vision compartimentée!

    Bien entendu, je comprends l’avis de la Secrétaire d’Etat quant au besoin de travailler par consensus et d’éviter les initiatives isolées. Mais, quand personne ne bouge et que les principes élémentaires du Droit et du respect de la dignité humaine sont bafoués, quel que soit par ailleurs le pays concerné (et ils sont nombreux !), alors on peut aussi estimer que le rôle de Bruxelles – qui reste bel et bien compétente en matière de commerce extérieur et qui est aussi la Capitale de l’Europe – est de montrer l’exemple.

    Nous pouvons et nous devons prendre nos responsabilités !