• Arabie saoudite: Les députés Uyttendaele, Susskind et Van Damme demandent des explications

    En Commission des Affaires générales, ce lundi 25 janvier, un nouveau débat de grande qualité s’est tenu sur la question de nos rapports avec l’Arabie saoudite, dans le cadre d’une série d’interpellations au Ministre des Finances Guy Vanhengel.

    Je tiens à vous faire un compte rendu détaillé de ces discussions.

    Mon collègue Jef Van Damme est intervenu avec vigueur sur ce dossier. Il a rappelé que l’Arabie saoudite ne respecte pas les droits des femmes, qu’elle méprise les homosexuels qui sont considérés comme des criminels, qu’elle maltraite les réfugiés et est en total retard quant à sa politique de développement social. Pour Jef, la lutte contre Daesh est évidemment plus qu’ambiguë et son lien avec les radicalisés n’est plus à démontrer. Il l’a dit sans la moindre hésitation : « Ce pays empoisonne le monde entier. » J’y souscris pleinement !

    Comme je l’ai fait à plusieurs reprises devant la Secrétaire d’Etat Cécile Jodogne, Jef demande aussi quelle est la position en cours du gouvernement et ce qu’il en est de l’interdiction ou pas du trafic d’armes, pour notre sécurité, et du traité fiscal qui lie la Région et l’Arabie saoudite.

    Uyttendaele - Amnesty - Raïf BadawiMa collègue Simone Susskind est également intervenue dans ce débat. Elle a rappelé le cas de Raif Badawi, le blogueur libéral coupable d’avoir défendu sur son site la laïcité et condamné à 1000 coups de fouet, plus 10 ans de prison, pour blasphème.

    Elle a parlé d’Ali al-Nimr, ce jeune activiste chiite, frappé de la peine de mort pour avoir manifesté à 17 ans contre le régime. Elle a aussi rappelé que l’Arabie saoudite intervient, depuis 2014, au Yémen, par des bombardements massifs sur une partie du pays, provoquant des victimes civiles et des destructions immenses. Et c’est encore elle qui réduit au silence les minorités chiites du Moyen-Orient, en réaction à la normalisation diplomatique des relations de la communauté internationale avec l’Iran.

    Pour elle aussi, la Région bruxelloise ne peut plus rester muette !

    Elle a donc demandé si « l’Arabie saoudite fera partie des dossiers stratégiques que le Ministre évoquait lors des travaux budgétaires », si « dans la Région bruxelloise une manufacture d’armes est susceptible d’exporter à l’international » et si des « consultations sont organisées entre les différents niveaux de pouvoirs sur ces questions ».

    Je suis également intervenu dans ce débat, en rappelant mes interventions sur cette question et en disant que je partage pleinement ces constats. Pour moi, il est évident que nous sommes à un momentum et que le temps de la réflexion globale est venu. C’est un devoir politique de réfléchir aux critères qui doivent intervenir dans le cadre de l’établissement et/ou la poursuite des partenariats économiques et financiers. Il faut pouvoir le faire selon des critères objectifs et légaux, ceux du droit international, des droits fondamentaux, sans rejeter sans cesse béatement la question vers l’Europe ! La Région est compétente en matière de commerce extérieur, elle se doit de l’exercer au mieux et ne peut donc se limiter à renvoyer la balle aux autres niveaux de pouvoirs nationaux et internationaux.

    La réponse du Ministre a le mérite d’être claire et précise ! L’Arabie saoudite est le 50ème client de la Région. En 2014, cela représente 0,11 des exportations bruxelloises, pour un chiffre de 7 millions d’euros contre 6 millions en 2013. Ce qui veut dire une augmentation de l’exportation de 15 %. Les matières concernées sont du matériel médical et optique essentiellement (Julien Uyttendaele: La mission princière de 2014 semble avoir porté ses fruits…).

    Uyttendaele-Arabie Saoudite

    L’Arabie saoudite est le 66ème fournisseur de la Région, avec 0,01 % d’importation. Cela signifie 1 million d’euros, pour 2014, avec ici aussi une augmentation de 600.000 euros, par rapport à 2013. Les matières concernées sont des collections artistiques et des antiquités, des métaux précieux et un peu d’importation de produits végétaux.

    Le Ministre a rappelé qu’il n’y a pas eu de mission en 2015 et qu’il n’y en aura pas en 2016 !

    De même, depuis 1989, date de création de la Région, il n’y pas de relation politique avec l’ Arabie saoudite et l’intention d’en nouer n’existe pas ! Il n’y a pas non plus de licences d’armes et pas de demande non plus.

    Enfin, sur la question que j’ai posée relativement au momentum, le Ministre a rappelé qu’il est utile d’avoir une position cohérente, dans le cadre de la conférence interministérielle, en respect du principe de loyauté fédérale !

    Dans le retour vers les députés, après cette intervention que je trouve responsable et informée, mon collègue Jef a demandé s’il y avait du transit d’armes. La réponse est négative !

    Il est aussi revenu sur la question du traité fiscal, en sorte de savoir, en cas de désaccord bien sûr, quelle serait alors la position du Gouvernement bruxellois. Pour le Ministre, il s’agira d’avoir une discussion entre le Gouvernement et le Parlement, en sorte de trouver un accord. Mais il a fait observer que si ceci débouche sur un désaccord, alors il conviendra de se poser la question de savoir qui on sanctionnera… “Les entreprises ?”, demande le Ministre. Bref, des considérations économiques encore une fois … Comme je le dis souvent:” Si l’argent n’a pas d’odeur, c’est que nos principes s’enrhument.”

    Quoi qu’il en soit, il a demandé d’inscrire cette problématique à l’ordre du jour de la Conférence interministérielle “Affaires Etrangères” et attend avec impatience la convocation de son Président, le Ministre Reynders.

    Au terme de cette passionnante commission, je suis convaincu, une nouvelle fois, qu’il est important d’avoir un débat plus large sur les impératifs juridique et éthique de TOUTES nos relations économiques internationales. Je suis également certain que des opérations économiques dépourvues de ces exigences peuvent avoir et auront sans aucun doute, par ces situations d’injustice, d’iniquité et de déni démocratique qu’elles cautionnent, des conséquences redoutables et mortifères sur la vie des individus et des communautés !

    Bien entendu, je ne suis pas un naïf ou un doux rêveur ! Je peux parfaitement concevoir que les « procédures sont extrêmement rigoureuses » et que « la Wallonie est un tout petit vendeur comparé à la France », comme le dit le Ministre-Président Magnette. Il y a du contrôle, c’est évident. Et bien sûr, je prends la pleine mesure de l’argument financier et des effets gravissimes de la rupture de liens économiques, notamment pour nos entreprises, et cela où qu’elles soient !

    Mais, il faut être lucide : l’Arabie est impliquée dans un conflit armé violent au Yemen et elle est coutumière des violations des Droits de l’homme ! Il est avéré qu’elle finance des organisations terroristes. Le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) est très clair : l’Arabie saoudite est le deuxième importateur d’armes au monde et ses chiffres de l’importation ne cessent de grimper. Elle est aussi le pays dont les dépenses militaires par habitant sont les plus fortes !

    Les chiffres en disent long, pour l’année 2014 :

    2 747 USD par habitant pour AS

    1 912 USD par habitant pour USA

    414 USD en moyenne pour l’UE.

    Or 59 % des importations saoudiennes proviennent d’Europe et, entre 2009 et 2013, l’Union européenne a octroyé plus de 19 milliards d’euros à des licences d’exportation d’équipements et de technologies militaires vers l’Arabie saoudite.

    Bref, dans un pays où les violations du droit sont flagrantes, où on manie le sabre et le fouet au quart de tour, où l’on prononce, de de façon honteuse et criminelle, des condamnations à mort, et où l’on inflige châtiments corporels, la prudence s’impose !