• A la suite de Philippe Close, Julien Uyttendaele clame haut et fort qu’il y a urgence quant à l’ouverture de salles de consommation à moindre risque

    Le 8 janvier dernier, j’étais déjà intervenu, via une question parlementaire à la Ministre Jodogne, sur la question de l’accueil “bas seuil” et des salles de consommation à moindre risque (SCMR), en me basant sur les recommandations du Groupe de travail « Approche intégrée de l’aide aux personnes sans abri » de la Concertation Bruxelloise de l’Aide aux Sans-abri. Ensuite, le 11 janvier, je l’ai également interrogée sur la session spéciale de l’Assemblée Générale des Nations Unies consacrée à la problématique des drogues, en vue de l’UNGASS 2019 !

    Ce matin, j’ai questionné le Ministre Gosuin, en Commission de la Santé, mais cette fois dans le cadre de COCOM.

    Voici le texte de mon interpellation :

    Du 19 au 21 avril 2016 aura lieu à New York une session spéciale de l’Assemblé Générale des Nations Unies consacrée à la problématique des drogues. Cette session est destinée à définir les orientations de la politique internationale des drogues en vue de l’UNGASS 2019. C’est en 2019 en effet que sera défini le prochain plan d’action des Nations Unies pour diminuer la demande de drogues et lutter contre le trafic. Chaque plan d’action étant défini pour une période de 10 ans il s’agit donc d’un rendez-vous important.

    La session spéciale de 2016 est préparatoire, elle mettra l’accent sur le débat en organisant des tables rondes comprenant des représentants officiels, des ONG et des groupes d’experts.

    Plusieurs pays ont assoupli leur législation respective en matière de drogues et d’autres ont montré leur volonté d’aller dans ce sens. La session spéciale de 2016 sera dans ce contexte une occasion de confronter ces initiatives aux traités internationaux. Ces dernières années de nombreux pays, dont la Belgique, ont davantage abordé le défi de la consommation de drogues sous l’angle de la santé publique en soutenant notamment des dispositifs de réduction des risques. Sur le terrain les professionnels de la santé plaident pour une reconnaissance légale de la Réduction des risques et pour la mise en place de nouveaux dispositifs en adéquation avec les besoins des publics concernés. Il y a actuellement, entre autre à Bruxelles, un large consensus en faveur de l’ouverture de salle de consommation à moindre risque exprimé par ces professionnels.

    Dans un tel contexte la session spéciale de 2016 constitue l’opportunité de faire correspondre les politiques drogues à l’évolution de l’offre illégale ainsi qu’à l’évolution des consommations.

    La COCOM est partie des Conventions Internationales, elle a aussi des compétences dans le domaine des politiques drogues menées à l’échelon local. Je souhaite donc savoir :

    – Comment la COCOM compte-t-elle faire valoir sa politique auprès des instances internationales ?

    – Compte-t-elle y être représentée, y envoyer une délégation ?

    – La COCOM a-t-elle à ce stade connaissance de la composition de la délégation belge qui se rendra à New York en avril prochain ?

    – Existe-t-il des échanges avec le pouvoir fédéral et les autres entitées fédérées sur la position que défendra la Belgique au sein de l’UNGASS ? Connait-on cette position ?

     Voici les réponses très utiles du Ministre Gosuin.

    Selon ses informations, la composition de la délégation belge n’est pas encore finalisée, alors que l’Assemblée générale de New-York se tiendra du 19 au 21 avril. Elle sera vraisemblablement fixée trois semaines à l’avance… La COCOM n’enverra pas de délégation et, pour le ministre, ce n’est sans doute pas la priorité. Pour lui, il est plutôt urgent d’avoir une position concertée de cette délégation et d’avoir donc un accord commun de la part des entités fédérées, en sorte de parler d’une seule voix ! Or, dit le Ministre : « A défaut d’accord, vous devez le savoir, et c’est le système belge : il n’y aura rien ! »

    Mais, pour ce faire, faut-il encore se réunir pour se parler, échanger les avis et dialoguer sur un sujet sociétal complexe, où précisément les divergences de vue sont très nombreuses, notamment au Nord du pays où l’on est très, très réservé sur les salles de consommation. Et le ministre note que cette réserve se retrouve aussi très clairement au niveau du Fédéral.

    PHOTO / JOHANNES EISELE

    Le Ministre a aussi rappelé que la coordination des actions se fait via la direction Cormulti des Affaires étrangères, mais, dit le ministre, la COCOM n’a pas encore été invitée, à ce stade ! Elle semble même être oubliée. Contact est donc pris pour corriger cette situation et travailler à l’élaboration d’un consensus, en faisant bien entendu valoir la politique de la COCOM. Le Ministre travaille également en concertation avec le Cabinet de Madame Jodogne sur la question des assuétudes et des drogues, en sorte d’avoir des politiques cohérentes. Pour la question spécifique des salles de consommation à moindre risque, il remarque qu’il y a désormais une attention croissante des acteurs de terrain et également de « certains » acteurs politiques.

    Il rappelle que le Ministre Président Vervoort a clairement inscrit cet objectif comme une des étapes majeures de son action politique, en matière de Sécurité et de prévention. La volonté politique est donc clairement exprimée et des réunions ont déjà faites avec la COCOF, la VGC et la CCC, en vue de constituer un groupe de travail qui se réunira ce 4 février 2016.

    Le Ministre fait cependant observer que le Collège des procureurs généraux est réservé sur le sujet et que les contacts avec la Commission santé du Fédéral sont inexistants, sur ce sujet. Il n’en demeure pas moins qu’avec le Ministre Vanhengel, il travaille et veut avancer. Il a donc inscrit cette question à l’ordre du jour de la Cellule politique générale drogue. Et cette priorité a été validée par la conférence interministérielle Santé publique d’octobre 2015 ! Le premier groupe de travail doit se réunir ce jeudi 4 février. Il a pour mandat d’examiner la faisabilité et la mise en œuvre concrète des salles d’injection et les résultats sont attendus pour la conférence de 2016.

    Sur l’UNGASS 2016, le Ministre affirme que la position de la Belgique est articulée à celle de l’Europe. Il rappelle aussi les activités de la Fédération bruxelloise des institutions pour toxicomanes (Fedito Bxl ASBL), en la matière.

    Il a bien évidemment raison ! Je vous rappelle d’ailleurs la prochaine rencontre « Une autre politique “drogues” est-elle possible ? » qui est une matinée d’informations et de débats en présence d’experts et de politiques, ce vendredi 26 février à Bruxelles. Pour plus de détails voyez http://www.feditobxl.be.

    Je serai bien sûr présent !

    Pour la Région, il y a donc ici, selon le Ministre, une priorité, mais il restera à convaincre le Fédéral où les obstacles sont nombreux et à rencontrer les objections fortes du Collège des procureurs.

    Dans ma réponse au Ministre, j’ai dit qu’idéalement la modification de la loi de 1921 est une nécessité. Mais, si le Fédéral veut jouer la montre, ce qui est bien sûr gravement irresponsable à mes yeux, alors il faut prendre ses responsabilités, en créant des salles de consommation ou en ayant une politique d’action proactive, comme à Paris, sur les bornes d’échange.

    Pour moi, c’est évident, il y a ici une URGENCE en matière de santé publique et aussi en matière de politique sociale ! Il faut de l’action et de la prévention.

    Pour vous aider à prendre la mesure de cette urgence, je vous donne quelques phrases chocs d’un entretien tout récent, donné par le pharmacien français, Thomas Dusouchet, qui est le directeur-adjoint de l’association Gaïa et qui est chargée de mettre en place la première salle de consommation à moindre risque dans le quartier de la Gare du Nord à Paris ! C’est prévu à l’automne 2016 !

    Je vous le demande vraiment : prenez le temps de lire. C’est très instructif ! La santé, la prévention et les politiques de soins sont en jeu, mais aussi la réduction des nuisances, en milieu urbain. Je n’ai vraiment pas peur de dire que pour un homme politique il y a quasiment ici un devoir moral !

    ***

    Extraits principaux :

    « Certains usagers de drogue ont parfois des réticences à fréquenter des lieux de soins classiques. Et nous ne voulions pas d’un dispositif où l’usager aurait eu à franchir un hall hospitalier ou des tas de couloirs avant d’arriver chez nous. Là, les personnes pourront venir directement et ce qui nous satisfait, c’est que nous sommes installés au cœur des rues les plus fréquentées par les usagers de drogue dans ce quartier. »

    « Quand l’usager se présentera, il devra donc présenter son produit et on pourra alors mesurer le risque potentiel d’une consommation immédiate. Si on estime que, vu son état, la personne risque une overdose, on le mettra bien sûr en garde. »

    « Cet espace sera placé sous la supervision d’un infirmier pouvant intervenir à tout moment. »

    « Le but est de fournir à ces personnes du matériel d’injection propre, stérile pour éviter tout risque de transmission de maladies infectieuses comme le VIH-sida ou l’hépatite C. C’est un outil de réduction des risques visant à prévenir les overdoses mais aussi tous les risques psycho-sociaux liés à une consommation de drogue dans la rue et la précarité. »

    « Lors du débat parlementaire, plusieurs députés ou sénateurs ont estimé que ce n’est pas en favorisant la consommation qu’on fera sortir ces usagers de la dépendance. Mais c’est un argument récurrent qui a toujours été opposé contre les politiques de réduction de risque. Et qui, dans les années 1980, a provoqué une explosion des contaminations par le VIH et l’hépatite C chez les usagers de drogue. »

    « Notre volonté n’est pas de maintenir ces usagers dans leur consommation mais de leur proposer une prise en charge axée sur la santé publique. »

    « Soyons pragmatiques et donnons la priorité à la réduction des risques qui a fait la preuve de son efficacité dans tous les pays au monde. »

    « Notre objectif est aussi de réduire les nuisances qui existent déjà dans ce quartier où sont déjà très présents les usagers de drogue. Aujourd’hui, il y a des gens qui consomment dans la rue, des seringues qui sont jetées par terre. Avec notre projet, on peut espérer que ces nuisances vont diminuer. »

    * Texte complet sur http://www.la-croix.com/France/A-Paris-premiere-salle-shoot-devrait-ouvrir-automne-2016-2016-01-22-1200733738