• Ne dites plus « crise des réfugiés » mais plutôt « crise du management »

    Ce 4 février 2016, les deux sections du Parti Socialiste de Woluwe-Saint-Lambert et de Woluwe-Saint-Pierre se sont rejointes pour une soirée de rencontre, de réflexion et de débats autour de la question des réfugiés, avec deux éminents spécialistes de la question : Andre Rea, sociologue de l’ULB et Philippe Hensmans, Président d’Amnesty international Belgique, avec aussi la présence de Ramzan Shamiliov, ancien demandeur d’asile dont le témoignage fut percutant.

    Bien entendu, difficile de résumer en quelques lignes cette rencontre d’une extrême richesse. Mais voici quelques réflexions pour rester informé et vigilant, mais surtout pour voir et prendre la mesure de ce qui va arriver avec le retour des « beaux jours » qui pourraient encore malheureusement se transformer en jours d’horreur et de manque de solidarité, si pas de lâcheté !

    Rappelons d’abord quelques faits qui ont été commentés durant cette soirée. Selon l’étude IPSOS sur le Baromètre du moral des Belges de janvier 2016, il apparaît que 66% de nos concitoyens, à l’échelle du pays, jugent que la Belgique accepte « trop » de demandeurs d’asile, 30 % estiment qu’elle en accueille « suffisamment », 4 % ouvriraient les portes davantage. Or, en rapport à octobre 2015, les chiffres ont augmenté de façon plus que préoccupante : 55 % disaient « trop », 39 % « suffisamment » et 6 % « trop peu » !

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    En trois mois, la progression est considérable… qu’en sera-t-il en mars ou avril 2016 ? Le pire est à craindre, avec également le retour des populismes les plus sordides ! On ne peut pas non plus ne pas évoquer ce que dit le sondage quant à l’analyse des intentions de vote des personnes interrogées.

    80 % d’entre elles disent voter en faveur de la N-VA et jugent qu’il y a « trop » de réfugiés chez nous, 72 % de libéraux-réformateurs, 66 % d’électeurs socialistes, 58 % Groen, 56 % de PTbistes, 46% d’électeurs Ecolo, 44 % SP.A et 44 %CDH. Il y a donc de la méfiance, de la crainte, de l’hostilité et les chiffres montrent donc qu’il y a plus de méfiance en Région bruxelloise !

    A cela s’ajoutent la désunion des pays européens et le grave regain de racisme que l’on voit apparaître, avec la remise en cause de Schengen, les collusions malheureuses avec le terrorisme, sans parler des épisodes de Cologne et tant d’autres qui montrent combien les réfugiés sont d’emblée accusés de tous les maux… pour en suite se rétracter, comme c’est le cas à Cologne ! Il est donc inquiétant de voir qu’une action essentielle de solidarité entre les peuples, par ailleurs régulée par des Conventions internationales, soit aussi fortement mise à mal, et que se dressent les murs de la méfiance et de la haine, ceux-là qui mettent à mal nos modèles de vivre ensemble.

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    Plusieurs choses sont apparues avec clarté dans le débat. Tout d’abord nos deux spécialistes sont unanimes pour dire qu’il y a eu une imprévoyance et une impréparation totales dans la gestion du dossier. Il est évident qu’elle laisse apparaître un déni d’humanité et un déni de solidarités, avec une ligne idéologique forte qui est celle de la droitisation du champ politico-social.

    Il est aussi évident que le Politique n’a pas été capable de faire à la réalité de ce qui se passe et a laissé s’installer un vrai vide, mais qui a eu paradoxalement le mérite de montrer des vrais et généreux élans de solidarité populaire. La solidarité s’est donc montrée citoyenne et effective et il est évident que les associations de solidarité citoyenne mettent singulièrement en crise la gestion qui est menée par le politique et, en ce sens, il faut dire que cette gestion politique n’a pas correspondu et ne correspond pas à la réalité de la situation.

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    En particulier, il y a également un refus de prendre la mesure bénéfique de l’accueil des réfugiés, dans son lien avec la question de la démographie et de l’importance et des bienfaits d’une immigration économique. Il y a donc, pour Philippe et Andrea, une erreur lourde de conséquences par rapport aux politiques de dissuasion ou encore face aux politiques discriminatoires qui refusent le droit au regroupement familial.

    Pour nos deux experts, il est également urgent d’arrêter de criminaliser la solidarité, comme c’est arrivé à maintes reprises, sachant bien sûr que le réfugié est devenu le bouc émissaire d’une société qui cherche des causes faciles à ses drames et déboires socio-économiques.

    Dans le même sens, nos intervenants ont insisté pour dire qu’il ne fallait pas parler de « crise des réfugiés », mais d’une « crise du management », sans la moindre politique commune et sans la moindre vision politique de l’avenir de… l’Union européenne.

    Pour aller plus loin, écoutez Philippe via ce lien :

    https://www.rtbf.be/video/detail_projet-europeen-concernant-la-crise-migratoire?id=2078467