• Apprendre les droits sexuels à l’Ecole… sans aucun tabou

    Ce vendredi matin, en séance plénière du Parlement francophone bruxellois, dans la suite de l’interpellation de ma collègue députée MR Mme Viviane Teitelbaum, j’ai interrogé la Ministre Céline Frémault,  sur les animations relatives à l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) en milieu scolaire.

    Je l’ai dit à la Ministre : je suis jeune, je suis député, je suis socialiste.

    La Gauche me porte et la Gauche c’est un combat pour l’émancipation, pour les libertés, pour l’égalité bien sûr. Mais la Gauche c’est aussi un combat pour la protection des droits et libertés individuelles.

    Parmi celles-ci, j’ai mentionné les libertés inhérentes aux sexualités – car il faut toujours dire ce mot au pluriel. Or les sexualités, ce sont des corps et ce sont des façons multiples de vivre les rapports personnels et interpersonnels aux corps bien sûr. Mais les sexualités, ce sont aussi des cultures et des traditions, ce sont bien sûr des désirs et, très malheureusement, ce sont aussi des lieux de la domination et d’atteintes multiples, parfois très violentes, aux principes du Droit.

    Car oui, j’ai redit, parce que je suis un juriste, qu’il y a des « droits sexuels ». Ces droits consacrent le droit de chacun-e de décider librement et de disposer de son corps et de sa sexualité, quels que soient son sexe, son genre, son orientation sexuelle, son origine ethnique ou, je me permets encore de le rappeler, son handicap. Je vous renvoie sur mon poste relatif aux aidants sexuels.

    Ces droits touchent aussi à cette notion essentielle à mes yeux et que j’appellerai ici la santé sexuelle. Car oui, les sexualités, ce sont aussi des corps et des relations physiques, psychiques, sociales et affectives.

    Madame Teitelbaum (MR), dans son interpellation de cette séance, disait que « cette éducation est essentielle à l’heure actuelle tant en matière d’éducation sexuelle qu’en matière de respect de l’égalité entre les hommes et les femmes ». Je suis bien entendu d’accord ! Mais elle ajoutait : « Il a été beaucoup question ces derniers mois du respect des femmes par les migrants. L’idée d’introduire un cours sur ce sujet dans le parcours d’intégration a même été évoquée ». Oui, c’est vrai mais j’ai quand même redit que, pour moi, cela vaut pour tous, qui que vous soyez !

    Et donc, pas seulement un homme, une femme, et bien sûr un réfugié en l’occurrence, dont il est tellement facile de se servir de cette dimension de son existence pour essayer encore un peu plus de le criminaliser ou de le discriminer à tout le moins. Je n’ai pas envie de mêler les choses parce que l’on n’est jamais à l’abri d’un glissement sémantique !

    Dès lors, j’ai redit à la Ministre, que tout ce qui relève de l’information, de l’éducation, donc de l’école et de la vie citoyenne est fondamental. Or à l’École, nous le savons bien, rien n’est simple…Les récents et tragiques événements qui touchent aux harcèlements – dont certains portent sur la vie affective et sexuelle – montrent que l’École est en tension sur ces points et que plus que jamais les jeunes doivent être rigoureusement informés et préparés à pouvoir vivre leur vie sexuelle et leurs droits.

    A cet égard, l’école doit s’assurer de la professionnalisation de ses intervenants, elle doit donner des garanties de rigueur, de pertinence et bien sûr d’émancipation, en sorte que, par exemple, des dimensions culturelles et/ou religieuses puissent faire l’objet d’un regard critique, en tout cas émancipateur, sans bien sûr enfreindre cette liberté fondamentale de croire, mais sans en faire non plus un absolu qui ne pourrait pas être restreint par ces droits sexuels dont j’ai parlé plus haut et que l’École doit dire avec clarté.

    Or 20% des jeunes parmi les 2èmes, 3èmes et 4èmes secondaires n’ont jamais participé à des activités d’animations EVRAS lors de leur parcours scolaire. C’est beaucoup trop ! Un jeune sur 5 ! Imaginez ce que cela veut dire !

    Dès lors, j’ai posé une foule de questions à la Ministre:

    EVRAS est bien sûr un merveilleux projet. Mais comment s’assurer qu’il intègre pleinement la vie de toute l’école ? Comment s’assurer qu’il soit, par exemple, intégré dans le projet éducatif de l’établissement, qu’il soit, par exemple, à l’ordre du jour du Conseil de participation ?

    De même, comment s’assurer de cette rigueur professionnelle des formateurs ? Quels soutiens leur apporter, en matière de formation continue s’agissant notamment des questions d’aide sociale et médicale, des questions de prévention des discriminations liées au genre, au traitement spécifique des violences entre partenaires, de lutte contre les mutilations génitales féminines, de lois pénalisant l’homophobie ou encore de prévention des conduites sexuelles à risque ?

    Autre question décisive : comment garantir que tous les droits en matière de toutes les sexualités, LGBTQI soient bien évoqués ? Et comment, sur ces points précis, s’assurer que les enfants aient des lieux de liberté, d’expression, de réflexion et aussi d’émancipation ? Comment donc s’assurer – si vous me permettez ce mot – qu’il y ait une neutralité, une impartialité en matière de formation à la vie affective et sexuelle.

    Je voudrais aussi vous demander ce que l’on va faire dans les écoles sur ce lien entre sexualité et virtualité ? Que va-t-on faire sur le lien entre usage des réseaux sociaux et vie affective et parfois vie sexuelle.

    J’ai dit à la ministre que la découverte des formes de la sexualité d’un jeune aujourd’hui ce n’est plus le magazine porno qu’on va acheter à la dérobade ou en toute fierté, c’est selon ! Non, aujourd’hui, c’est autrement plus difficile à vivre, à gérer et à dialoguer parce que c’est précisément dans un monde virtuel que ça se passe.

    J’ai donc demandé à la Ministre comment elle comptait intégrer cette dimension de l’éducation au virtuel, à l’internet, aux réseaux sociaux, aux rencontres virtuelles, aux Webcams, aux images, aux chantages, etc. Et on pourrait allonger la liste !

    Comment s’assurer aussi que les ASBL et les Planning Familiaux plus particulièrement soient effectivement sollicités par les établissements scolaires ? Comment organiser l’interaction entre ces ASBL partenaires, les centre PMS et les Centre de promotion de la santé à l’école?

    Et aussi, comment faire pour que ce projet EVRAS ne soit pas soumis à des pressions idéologiques, venant des parents, par exemple, ou encore de groupes minoritaires qui refuseraient cette dimension objective des droits sexuels, tels qu’ils se traduisent dans nos lois et décrets ?

    J’ai aussi demandé comment éviter qu’il y ait une trop grande disparité dans les formations, comme l’avait déjà mentionné une étude réalisée par l’ULB et l’Unamur, en 2002-2003, où l’on dénonçait trop de disparité dans les initiatives, les thématiques abordées, le temps octroyé, etc ?

    Par conséquent, comment formaliser et pérenniser les partenariats, mais aussi comment avoir un monitoring de leur action pour s’assurer que le cahier des charges soit bien respecté ? Je sais qu’il est en projet de réformer le système et que l’objectif serait de ne plus passer par un appel à projets. Il serait octroyé directement 300.000 euros aux fédérations concernées, qui devraient dont gérer le budget global pour les animations d’EVRAS.

    Mais j’ai quand même demandé ce qu’il en serait de l’évolution de cette réforme et aussi comment s’assurer que l’octroi du budget permettra bien de remplir les missions dans l’esprit évoqué ici ?

    Et ma toute dernière question a porté sur l’état d’un éventuel cofinancement avec la Fédération Wallonie-Bruxelles qui sera nécessaire pour généraliser l’EVRAS à l’ensemble des écoles bruxelloises. Là, j’ai interrogé la Ministre sur les consultations en cours avec la Fédération et, bien entendu, sur l’agenda de celles-ci.

    La ministre a rappelé qu’elle était compétente pour les animations EVRAS effectuées par le personnel des plannings, ce qui constitue donc son seul levier pour la généralisation d’EVRAS. Depuis sa nomination, la ministre a lancé une double évaluation, afin d’améliorer qualitativement et quantitativement les animations EVRAS à Bruxelles.

    La ministre a énuméré les différentes avancées significatives opérées en 18 mois: l’appel à projet initialement prévu à été réformé, l’ensemble des subsides est attribué à la Fédération des centres afin de donner plus de cohérence aux animations. Cela a notamment permis de récolter et de financé un recueil de données sur les animations EVRAS effectuées par les centres de planning. La ministre assure ainsi disposer aujourd’hui de tous les chiffres, commune par commune, école par école, quartier par quartier, par thématique abordée et par âge. Ceci représente aux yeux de la ministre un préalable indispensable à la question de la généralisation d’EVRAS. Bien que ce travail ait pris un an, la ministre a souligné que ce temps n’était rien, au regard du succès de l’opération.

    La ministre a remercié les animateurs des centres qui ont pris l’habitude d’encoder une série de données, en vue de la généralisation des actions. Elle nous a donné une série d’indicateurs que voici:

    213 écoles ont été concernées par les animations EVRAS à Bruxelles pour l’année 2014-2015;

    22 000 élèves ont eu au moins une heure d’animation EVRAS;

    Les animations ont concerné 1512 classes pour l’année scolaire 2014-2015

    Les communes du nord-ouest de Bruxelles ainsi que du sud sont moins bien desservies que le reste de Bruxelles.

    Pour la ministre, il est temps de mobiliser les acteurs en élargissant petit à petit les heures d’animation. Deux étapes majeures ont été remplies: élargir l’enveloppe budgétaire (de 300000 à 400000€). Cette enveloppe permettra de toucher plus de classes et plus d’enfants pour l’année 2016. Cet élargissement se fera sur base des données récoltées.

    Toutes les écoles doivent pouvoir bénéficier d’EVRAS, tant les écoles fondamentales, techniques, professionnelles et spécialisées. La  deuxième étape consistait à mettre un partenariat en collaboration avec la ministre de l’enseignement qui est responsable des centres PMS. Pour la fin de l’année scolaire, on disposera donc de la même cartographie d’EVRAS avec les centres de plannings mais aussi les PMS. La ministre nous a informés qu’elle travaillait actuellement à la possibilité d’inclure certaines Asbl dans le recueil de données.

    Pour résumé, la ministre a souligné que le budget est augmenté, les données recueillies sont plus précises et elle a signalé que des collaborations sont mises en place. L’objectif est donc aujourd’hui de généraliser EVRAS en fonction des zones non couvertes sur Bruxelles. Selon la ministre, l’avantage de la solution proposée est qu’elle permettra une véritable coordination entre les actions des centres PMS et ceux des plannings.

    Concernant les publics cibles, il faudra à terme cibler l’âge idéal pour mieux appréhender au mieux l’EVRAS. Des discussions sont actuellement en cours  entre les différents ministres concernés sur cette question. La volonté actuelle est de désigner un public prioritaire (dernier degré du primaire et premier  degré du secondaire). Si ce public peut être atteint alors, selon la ministre, la généralisation d’EVRAS deviendra une réalité.

    Enfin, la ministre a annoncé travailler à la création d’un label EVRAS avec Madame Milquet, Monsieur Prévot, Madame Jodogne. L’objectif est d’identifier les associations qui vont dans les écoles effectuer des animations. Elle a aussi indiqué qu’elle rencontrerait la plateforme EVRAS pour discuter du contenu des animations.

    En réponse à ma question concernant les programmes scolaires, elle m’a assuré qu’une collaboration était organisée avec la ministre de l’enseignement au niveau de FWB.

    Concernant la pornographie, la ministre m’a assuré qu’un plan intra-francophone concernant les violences conjugales et affectives est mis sur pied et traitera cette question.  Il y a d’ailleurs une campagne qui est destinée aux jeunes adultes par rapport notamment à la question du harcèlement.

    Enfin, concernant le co-financement de la FWB, il sera évidemment nécessaire. Les contacts sont en cours mais le plus important est maintenant de finaliser tous le projets évoqués ci-avant.

    Une belle réponse de la ministre qui prend toute la mesure du projet EVRAS, dans les respects de ses compétences.