• Julien Uyttendaele demande la multiplication des évaluations in situ de la qualité de l’air

    Le fait de respirer de l’air de bonne qualité est une condition essentielle d’une vie soutenable et durable[1]. Malheureusement, on doit observer que la plupart des centres urbains peine à garantir un environnement de qualité de vie répondant à des exigences sanitaires acceptables. Il y a un constat terrible : de par le monde, plus de 3,7 millions de décès prématurés par an sont, en effet, attribuables à la pollution de l’air[2]. Qu’en est-il dans notre Région? Que se passe-t-il sur le plan des enquêtes de mesure de la qualité de l’air et des effets des innovations liées à la “piétonnisation” des espaces urbains ?

    La mauvaise qualité de l’air génère, auprès de nos citoyens, de nombreux accidents vasculaires cérébraux, des cardiopathies, des cancers du poumon, ainsi que des affections respiratoires, qu’elles soient chroniques ou aiguës, en ce compris l’asthme[3]. Hans Bruyninckx, directeur de l’Agence Européenne de l’Environnement (AEE) évaluait récemment le nombre de décès prématurés annuels à 12.000 pour la Belgique.[4]

    En marge du projet de piétonnier dans le centre de Bruxelles, Bruxelles-Environnement a supervisé une étude ayant pour objet de mesurer la qualité de l’air « in situ » au cœur du Pentagone, désormais presque totalement débarrassé des véhicules motorisés. Le 29 février 2016, dans La Libre Belgique, le Bourgmestre de la ville et l’échevine en charge de la mobilité faisaient état des résultats de cette évaluation : « D’après les mesures effectuées par Bruxelles-Environnement, avant et après la mise en place du piétonnier, les concentrations en black carbon (un traceur de la pollution automobile) ont diminué de 63, 69 % ».

    Dans le cadre de la Commission de l’Environnement du Parlement, mon groupe plaide, depuis bien longtemps, pour des campagnes de mesure « in situ » en ville, pour étudier l’exposition réelle des citoyens aux sources de pollution de proximité de l’air. Comme pour l’exposition aux ondes GSM ou au bruit, il ne semble pas iconoclaste d’imaginer renseigner davantage les citoyens sur les concentrations en particules dans les quartiers densément fréquentés par les habitants, les travailleurs ou ses visiteurs. Or, vu la localisation de nos stations de mesure, le monitoring de la pollution de fond requis par l’Europe ne permet pas de disposer de telles informations.

    Face à l’ensemble de ces constats, j’ai profité de notre travail, dans cette commission, pour poser différentes questions à la Ministre Fremault.

    Concernant l’étude menée par Bruxelles-Environnement, je l’ai interrogée pour savoir quels étaient les raisons, objectifs et données mesurées. J’ai également demandé si cette étude se limitait au Black Carbon et si d’autres types de polluants faisaient également l’objet d’une analyse. De plus, j’ai interrogé la Ministre sur les principaux enseignements et les conclusions majeures que nous pouvions tirer de cette étude.

    Il me paraît également important d’identifier l’impact bénéfique éventuel de la mise en place du piétonnier dans la zone concernée. J’ai également demandé si Bruxelles-Environnement a réalisé seul cette étude ou si des acteurs externes ont également participé à ce monitoring et avec quels matériels de mesure cette étude avait été faite. Il me paraît utile de connaître le coût unitaire des aethalomètres portables.

    Puisque le problème n’est pas uniquement bruxellois, j’ai interrogé la Ministre pour savoir si d’autres études de ce type ont été réalisées en Belgique ou en Europe, notamment pour savoir si une étude comparative avec d’autres initiatives était possible.

    Sur base des résultats de cette expérience, il serait d’ailleurs intéressant  d’établir un atlas des sources d’émissions de proximité à l’image de la méthodologie utilisée pour la création de l’atlas du bruit. De même, à l’instar de l’Institut pour la qualité de l’air intérieur, il serait intéressant de renforcer les capacités de Bruxelles-environnement en ce qui concerne le monitoring de la qualité de l’air extérieur.

    Pour une meilleure connaissance de nos quartiers, mais aussi pour la conscientisation de nos citoyens et la promotion d’initiatives en vue de la création de Low Emission Zone, j’ai demandé à la Ministre si un appel à projets, pour les communes ou comités de quartier souhaitant mener ce type de campagne de mesure sur une période représentative dans certaines zones circonscrites, pourrait être envisagé par le Gouvernement.

    Enfin, j’ai interrogé la Ministre sur la possibilité de mettre en place un petit module de formation des citoyens ou associations, afin que ceux-ci puissent être en mesure de participer à ce type de campagne.

    Dans sa réponse, la Ministre Fremault a tenu à rappeler que l’étude visait à évaluer les impacts environnementaux liés à la mise en œuvre du piétonnier dans le centre ville. Les résultats pourront être utilisés à titre indicatif pour d’autres projets similaires de réaménagement.

    Au niveau de la qualité de l’air, l’étude a pour objectif de comparer les niveaux moyens de Black Carbon entre différentes phases. La phase 1 concerne la période avant le piétonnier (juin 2015). La phase 2 concerne la mise en œuvre du piétonnier (29 juin 2015-fin 2017) et la phase 3 porte sur l’aménagement après 2017.

    Le deuxième objectif était d’étudier l’évolution de ces niveaux moyens en fonction de l’intensité du trafic. Le troisième objectif était de cartographier les niveaux de pollution dans le tronçon concerné du boulevard Anspach.

    Pour ce qui est des polluants, l’étude s’est focalisée sur les particules de Black Carbon. En Région bruxelloise, les principaux émetteurs de Black Carbon sont le trafic et dans une moindre mesure les systèmes de chauffage. Le Black Carbon représente le paramètre idéal à mesurer pour évaluer les impacts environnementaux.

    Les résultats de l’étude démontrent que le piétonnier a eu un impact local sur la présence de Black Carbon. Par rapport à la phase 1, la contribution locale du trafic s’est vue réduite de 56% durant les heures de pointe matinales et de 79% pendant les heures de pointe du soir.

    En conclusion, la mise en oeuvre du piétonnier a permis de réduire sur la zone concernée les concentrations de Black Carbon de 35 à 55% (niveau global). En tant que bon indicateur de pollution, la réduction de Black Carbon permet raisonnablement de supposer que la pollution a diminué de manière équivalente.

    La Ministre rappelle que cette étude ne portait que sur la zone du piétonnier. L’influence du piétonnier sur les axes proches de celui-ci est en cours d’analyse. Pour cela, une collaboration entre BRAL et Bruxelles-Environnement a été mise en place. L’étude de Black Carbon a, elle, été entièrement menée par BE.

    Concernant le matériel utilisé, les appareils sont des aethalomètres portables (2 types) qui appartiennent à BE et dont le prix s’élève à 8500 € pièce. Cette étude provenait d’une demande de la ville de Bruxelles, mais elle s’inscrite dans le contexte plus large de ExpAir qui a pour objectif d’établir, pour fin 2016-courant 2017, une cartographie à haute résolution spatiale du Black Carbon. La cartographie du projet ExpAir repose en grande partie sur les mesures mobiles dans les rues de Bruxelles, effectuées par des volontaires à l’aide d’aethalomètres portables, similaires à ceux utilisés par BE.

    En conclusion de ces réponses, je me suis bien entendu réjouis des très bons résultats délivrés par cette étude. J’ai également félicité la Ministre pour l’acquisition des instruments de mesure, ce qui nous permet d’espérer que ce type d’évaluation se multipliera à l’avenir. Enfin, j’ai une nouvelle fois incité la Ministre à amplifier et multiplier ces études afin que les citoyens puissent être bien informés sur le milieu dans lequel ils vivent ou travaillent.

     

    [1] Organisation mondiale de la santé, Lignes directrices relatives à la qualité́ de l’air : particules, ozone, dioxyde d’azote et dioxyde de soufre, mise à jour mondiale 2005, Synthèse de l’évaluation des risques, p.5.

    [2] Organisation mondiale de la santé, Aide mémoire n°313, mars 2014, disponible sur http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs313/fr/ [dernière visite : 27 janvier 2016].

    [3] Idem.

    [4]http://www.lesoir.be/1128745/article/demain-terre/environnement/2016-02-22/belgique-est-pire-pays-europeen-en-termes-qualite-l-air