• Julien Uyttendaele: “L’accessibilité à la pilule du lendemain doit devenir un droit inconditionnel”

    Ce vendredi 20 mai, dans le cadre de la séance des « Questions orales » au Parlement francophone bruxellois, j’ai interpellé la Ministre Fremault sur l’accessibilité à la pilule du lendemain. La Ministre est habituée à m’entendre sur ces questions qui touchent à nos libertés de vivre et d’aimer, dans un esprit progressiste. Voici notre dialogue…

    Dans une société comme la nôtre, la pilule dite « pilule du lendemain » est un moyen contraceptif particulièrement important, pour la liberté des femmes et bien entendu pour la liberté de l’amour parce que, fort heureusement, les relations sexuelles aujourd’hui ne sont plus comprises au gré du système traditionnel « union/procréation » même si l’on sait, par ailleurs, qu’il conditionne et détermine encore, et bien malheureusement, la conception religieuse  des rapports sexuels.

    La « pilule du lendemain », c’est un médicament à base d’hormones, visant à tenter de maitriser la fécondité et ses conséquences. On l’appelle aussi « contraception d’urgence » puisque ce médicament doit permettre d’éviter une grossesse non désirée, après un rapport sexuel non protégé, si toutefois on le prend très rapidement après ce rapport[1].

    Cette « pilule du lendemain » est délivrée sans ordonnance en pharmacie. Elle coûte environ 10€, mais elle n’est actuellement pas remboursée. Par contre, elle est gratuite dans tous les centres de planning familial (Wallonie et Bruxelles).

    Pourtant, les centres ne sont pas ouverts 7jours/7 et 24h/24, comme le sont les pharmacies de garde. Je crois que ceci peut être un frein à l’accès puisque la pilule est surtout efficace dans les 24h suivant le rapport à risque[2].

    Mais s’ajoute à cela un phénomène qui me préoccupe beaucoup. En effet, dans le cadre d’un reportage diffusé mi-avril par France 4 (« L’autre JT »), on a pu voir que de nombreux pharmaciens ne disposaient pas dans leur stock de pilules du lendemain. Et pire encore, on a vu que certains d’entre eux incitaient clairement leurs clientes à ne pas utiliser un tel médicament, arguant – à tort bien entendu – de nombreux effets secondaires, particulièrement pénibles.

    Et quand on creuse un peu, on comprend aussi très vite que, derrière ces attitudes, se cachent des argumentaires idéologiques, souvent influencés par un dogmatisme religieux qui remet en question le fait qu’une femme puisse librement disposer de son corps et qu’elle maîtrise sa fertilité, comme elle le veut et quand elle le veut.

    Il est intolérable à mes yeux que des prescrits religieux prennent le dessus sur de tels enjeux qui touchent à nos libertés les plus fondamentales. Voilà pourquoi je dis haut et fort, notamment en ces moments où la question de la laïcité est largement débattue, que être laïque, revendiquer la laïcité d’un État, c’est aussi militer, avec détermination, en faveur de ces libertés et bien entendu de leur réalisation effective.

    Dans ce cadre, des enquêtes montrent que, selon la Fédération des centres de planning familial, les femmes de plus de 30 ans sont moins familières de ce type de médicament que les 15-30 ans[3]. J’ai donc voulu interpeller la Ministre sur un ensemble de questions liées à ces usages de la contraception et les entraves qu’elle peut malheureusement encore connaître en plein 21ème siècle !

    Cependant, la franchise m’oblige à vous dire que certaines questions n’ont pas été acceptées par le Bureau du Parlement, parce que, selon celui-ci, elles ressortiraient exclusivement de compétences fédérales. Ces questions traitaient de l’existence ou non d’une obligation de disposer de pilules du lendemain et, si tel n’est pas le cas, du pourcentage moyen de pharmacies disposant du médicament et le prix moyen des pilules de lendemain vendues en Région de Bruxelles-Capitale.

    Quoi qu’il en soit, j’ai quand même demandé si des campagnes de communication sur la contraception du lendemain sont actuellement mises en places en Région de Bruxelles-Capitale et si des campagnes visant spécifiquement les femmes de plus de 30 ans sont mises en place en Région de Bruxelles-Capitale?

    La Ministre, dans sa réponse, a souhaité rappeler le champ de répartition des compétences, en sorte de se limiter aux siennes. Elle a d’abord redit que, pour la Cocof, « on peut faire difficilement mieux en terme d’accessibilité ». Elle a rappelé que l’article 12 du Décret relatif à l’offre de services ambulatoires dans les domaines de l’action sociale, de la famille et de la santé (mars 2009) est explicite sur l’action dont ma question relève. Cette article 12 dit ceci : « Le centre de planning familial est un service ambulatoire extra-hospitalier ayant pour objet l’accueil, l’information et l’accompagnement des personnes, des couples et des familles dans le cadre de la vie affective et sexuelle. »

    Selon la Ministre, l’accueil et l’accompagnement se font par ces moyens et les Centres distribuent la « pilule du lendemain », selon un protocole spécifique et des conseils ad hoc. Elle rappelle aussi que des personnes sont formées, notamment des psychologues.

    Il faut encore souligner que la Ministre m’a fait valoir que, dans les cas d’urgence, un entretien est toujours prévu, avec des informations circonstanciées, en sorte, a-t-elle dit, qu’il n’y ait pas – je la cite ici – « d’automatisme plein et entier » et qu’un dialogue ait chaque fois lieu… Il y doit y avoir ici matière à réflexion.

    Je vous le demande: est-il nécessaire d’organiser automatiquement un tel entretien? Je n’en suis pas convaincu. En quoi et pourquoi cette situation d’urgence doit-elle nécessairement impliquer cet “entretien”?

    Enfin, sur le plan financier, la Ministre rappelle que la subvention des Centres est à hauteur de 40.000 euros et que la Fédération Laïque des Centres de Planning Familial prend en charge les informations.

    Encore un important dossier à suivre !

    [1]http://www.planningsfps.be/federation/publications/Pages/Analysecontextuellesurlapiluledulendemain.aspx

    [2] Idem.

    [3]http://www.planningsfps.be/federation/publications/Pages/Analysecontextuellesurlapiluledulendemain.aspx

2 Comments

  1. Schillebeeckx says: 23 mai 2016 at 14 h 01 minRépondre

    Bonjour,
    J’ai lu attentivement votre billet. Je retiens le fait que vous souhaitez la délivrance automatique et gratuite de la pilule du lendemain, 7 jours sur 7, 24h sur 24. “automatiquement” en gras et souligné.
    Pragmatiquement, je ne vois qu’un seul moyen : des distributeurs automatiques en façade des pharmacies, centre de planning, cabinets médicaux.
    Il n’y aurait qu’à exécuter un tour de poignet et la pilule tombera dans la main.
    Si pour une raison ou une autre, cette solution vous semblerait inadéquate, infaisable ou farfelue, il y aurait peut-être quelque chose à revoir dans le raisonnement. Surtout dans le caractère automatique de la délivrance.
    Et alors un dialogue, une réflexion peut commencer…
    En tout état de cause, je salue votre engagement en faveur des droits sexuels et reproductifs.
    Il y a juste l’avant dernier paragraphe qui dérape.

    V. Schillebeeckx
    Psychologue en centre de planning familial

  2. Julien says: 16 juin 2016 at 8 h 59 minRépondre

    Bonjour,

    Merci pour votre commentaire. J’avais, avant de déposer mon interpellation, envoyé un courriel aux centres de planning familial pour avoir leur avis sur cette importante question. Malheureusement, je n’ai pas reçu de réponse à temps. Je serais ravi de pouvoir en discuter de vive voix avec vous.
    Belle journée!
    Julien