• J. Uyttendaele: “La reconnaissance, ce 15 juillet 2016, de la réduction des risques est une avancée majeure pour l’aide aux toxicomanes!”

    Ce matin, en séance plénière du Parlement francophone bruxellois, j’ai présenté une série d’amendements – que je cosigne avec mes collègues Dubus, Maingain et Moureaux et Colson – qui visent à consacrer la “réduction des risques” (RdR), dans notre cadre décrétal. Une avancée majeure pour le secteur de l’aide aux toxicomanes!

    C’est en effet un moment important qui marque une étape décisive, dans le domaine des politiques en matière de santé publique, après plus de 15 années de lutte menée par le secteur. Et, aujourd’hui, les amendements apportés sont le signe d’un réel progrès, d’autant plus significatif qu’ils sont le fruit d’une large concertation avec les secteurs concernés.

    La « réduction des risques » est un concept qui a bien entendu une longue histoire. Pour tenter de brièvement l’expliquer, on peut dire que c’est d’abord une stratégie de santé (et j’insiste fortement sur ce mot) publique qui est par nature pragmatique et dont toute l’action porte sur la volonté de tenter de limiter et de contenir les effets les plus directs des dangers, des dommages et des complications premières de la consommation de « drogues ».

    Par « drogue », on entendra précisément toute substance psychoactive, licite ou illicite, pouvant provoquer des dommages pour la santé mentale, physique et sociale, susceptible d’un usage abusif et pouvant ou non faire l’objet d’une dépendance.Cette action RdR porte donc directement sur la volonté de chercher des limites aux risques multiples liés à la consommation, sans nécessairement avoir comme premier objectif le sevrage et l’abstinence.

    Intervention Parlement Julien Uyttendaele

    En réalité, on part ici d’un constat brut : des usagers de drogues ne peuvent pas/plus ou ne veulent pas arrêter leur consommation ; et, en-deçà de toute interprétation morale ou éthique, il s’agit alors de travailler à réduire les effets et les conséquences, à la fois individuelles et collectives, de ces consommations risquées, en portant une attention forte au niveau sanitaire et social de la pratique.

    De cette façon, on recherche aussi à intervenir et à agir sur la haute probabilité de morbidité et de mortalité, mais aussi sur les mécanismes d’exclusion psycho-sociale liés à la consommation. Ainsi, sans être d’emblée condamné ou stigmatisé ou jugé voire discriminé en matière de soins et d’aide urgente, le consommateur est compris et accueilli comme un citoyen à part entière, doté de droits et de devoirs même si, par ses comportements, il perturbe l’environnement et de la vie de la cité.

    La réduction des risques concerne tous les usages, qu’ils soient expérimentaux, récréatifs, ponctuels, abusifs ou inscrits dans une dépendance. Elle peut également s’adresser aux personnes qui envisagent une première expérimentation.

    Quant aux risques principalement associés aux drogues, on vise ceux de dépendance, de lésions somatiques et également tous les effets psychosociaux. C’est donc une approche qui s’inscrit dans une démarche de promotion de la santé physique, mentale et sociale. Mais, il faut toutefois bien distinguer la RdR de la prévention de l’usage et des traitements, dont elle se veut complémentaire.

    En effet, si les traitements ont pour objectif un changement d’ordre sanitaire et/ou psychosocial, si la prévention a pour but de diminuer l’incidence de l’usage de drogues dans la population, la réduction des risques, quant à elle, a pour objet de réduire les risques que l’usage de drogues peut occasionner chez ces personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas s’abstenir d’en consommer.

    Tout ceci prend aussi consistance dans le cadre du Plan bruxellois de Réduction des Risques (RdR) liés à l’usage de drogues, publié en 2014 et commandité à l’époque par Céline Frémault. Il vise à faire un état des lieux complet du contexte de la RdR à Bruxelles et à proposer un Plan formulé par les acteurs à partir de cet état des lieux. On notera d’ailleurs que ce Plan recommande évidemment, de manière unanime, la mise en place d’une réelle stratégie de réduction des risques, ainsi que la mise en place de SCMR et de Distribox/Stériborne. Et il faut saluer le fait que l’accord de majorité de la COCOF s’engage, dans le cadre des moyens disponibles, à mettre en œuvre ce plan. C’est dire qu’il y a encore du pain sur la planche pour le développement d’une telle stratégie qui est également recommandée avec insistance par l’ONU, l’OMS et l’Union européenne.

    Dès lors, tout ceci est le fruit d’une concertation totale, pleine et entière avec le secteur des institutions pour toxicomanes et notamment avec la FEDITOModus VivendiTransit et Dune ! Il faut les remercier chaleureusement pour leur détermination, leur engagement et également l’ouverture d’esprit dont ils font preuve jour après jour.

    Je compte bien prolonger cette collaboration pour l’introduction de distribox/stériborne et de salles de consommation à moindre risque à Bruxelles.

    Les défis sont sans doute encore nombreux, mais ce qui est essentiel, c’est que cette première brique soit posée.