• L’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, pour tous les élèves bruxellois!

    Ce matin, en séance plénière du Parlement francophone bruxellois, je suis revenu sur la question de l’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS), en interrogeant la Ministre Fremaud. EVRAS c’est un moyen essentiel pour favoriser la santé et le développement affectif, sexuel et relationnel de tous les jeunes Bruxellois.

    C’est aussi un large processus éducatif mais également citoyen, avec une approche globale de la sexualité, dans toutes ses dimensions. Il y a donc ici un enjeu de société majeur! Je me permets de rappeler que via EVRAS, c’est la recherche de lieux de vie tolérants, ouverts et respectueux des sexualités et des différents styles de vie, et bien sûr des orientations. EVRAS c’est aussi le combat pour l’égalité hommes/femmes, le respect mutuel, une sexualité émancipée et responsable, l’écoute de soi, l’accompagnement lors des changements physiologiques, psychologiques et sociaux liés à la puberté. C’est encore un lieu et un espace où l’on peut recevoir des informations sur les services d’aide sociale et médicale, particulièrement en cas de questions ou problèmes relatifs à la sexualité et où l’on se forme et s’informe sur la communication en matière de sexualité, d’émotions et de relations, mais aussi des infections sexuellement transmissibles, des discriminations liées au genre, des violences entre partenaires, des conduites à risque adoptées par les jeunes les plus vulnérables.

    Dans mon interpellation de ce matin, j’ai insisté sur le fait que nous avons désormais des chiffres et une cartographie, reprenant un ensemble de données précises sur les animations EVRAS fournies. Or ceux-ci nous permettent de constater que 20% des jeunes parmi les 2, 3 et 4èmes secondaires n’ont jamais participé à des activités d’animations EVRAS. A quoi s’ajoute que ce sont les communes du nord-ouest de Bruxelles, ainsi que celles du sud, qui sont moins bien desservies.

    Ce fait est très interpellant et je pense qu’il faut y voir une des nombreuses dimensions de la dualisation de notre Région. Car il existe visiblement des discriminations entre élèves de l’enseignement professionnel, technique et artistique et ceux de l’enseignement général. De même, il y a des différences sur le plan de l’engagement en faveur de la formation, notamment en fonction des établissements scolaires, certains étant parfois plus réticents à organiser des animations, à aborder certains contenus, voire à connaître des problèmes d’organisation quant à la taille ou la mixité des groupes d’élèves.

    Au vu de tout cela, force est de constater que l’éducation à la sexualité n’échappe pas aux inégalités présentes dans notre société et dans l’enseignement.

    A cet égard, on pourrait problématiser ces données chiffrées relatives à EVRAS, en relayant, par exemple, ce que faisait observer, hier matin, dans la DH, Madame Caroline Sagesser, chercheuse à l’Observatoire des religions et de la laïcité de l’ULB, qui commentait les premiers chiffres relatifs au choix des parents en matière d’inscription complète au cours d’EPC, dans les écoles communales bruxelloises.

    Elle faisait ainsi observer qu’une première approche montre une Région coupée en deux, une Région ici aussi fortement dualisée : d’un côté, les communes à l’ouest du canal (Berchem, Jette, Koekelberg, Ganshoren, Molenbeek et Anderlecht) et le bas de Bruxelles-Ville et Schaerbeek, et de l’autre, des communes aux indices socio-économiques plus élevés.

    J’ai donc demandé à la Ministre quels nouveaux projets allaient voir le jour ou ceux qui seraient en cours pour soutenir une action commune contre ce qu’il faut bien appeler la « dualisation » de la Région. Comment compte-t-elle améliorer l’échange et la coordination entre les différents acteurs, notamment avec les associations de terrain ?

    Je lui ai aussi demandé comment elle comptait travailler pour engager tous les jeunes – et je pense singulièrement aux écoles techniques, professionnelles et spécialisées évoquées plus haut – dans ce processus de formation, sans qu’il y ait certes de la discrimination mais sans qu’il y ait également des différences de traitements des thématiques et contenus abordés, pour des raisons qui seraient bien entendu à mettre en évidence.

    Dans un autre axe d’action, j’ai demandé à la Ministre ce qu’il en est du travail mené contre les mutilations génitales féminines (MGF) qui constituent une atteinte aux droits humains et à la santé mentale et physique des femmes ? Dans les recommandations du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines (GAMS), en ce qui concerne l’EVRAS dans les écoles, il y a, en effet, une interpellation très claire sur ce point. Or les thèmes abordés par les centres de Planning familial sont définis de manière très précise dans une liste établie par la Région wallonne ou la COCOF et seuls les thèmes repris dans cette liste sont comptabilisés dans les activités du planning et sont donc par conséquent subsidiés. Pourtant, les MGF n’en font pas partie de manière claire. J’ai donc demandé ce qu’il en était de la sensibilisation à cette problématique au sein des centres de planning familial ?

    J’ai également demandé à la Ministre quelle était sa vision politique de la gestion financière de l’action Evras, dans le cadre bien sûr du cofinancement avec la Communauté française qui sera nécessaire pour généraliser l’EVRAS à l’ensemble de nos écoles bruxelloises. Elle me disait, lors de ma précédente interpellation, espérer des moyens supplémentaires qui pourraient être trouvés du côté de la CF, je lui ai donc demandé en quel sens allaient les consultations en cours.

    Enfin, je suis revenu, dans une dernière question, sur un point important que révèle la collecte des données chiffrées: celle du volet de la formation des formateurs. En effet, il est important d’avoir des connaissances spécifiques et rigoureuses en matière d’éthique et de morale pour organiser de telles animations destinées aux jeunes enfants. J’ai donc demandé ce qu’il en était de l’identification et de la certification des associations qui vont dans les écoles effectuer des animations EVRAS et, de la sorte, où en étaient les travaux quant à création d’un label EVRAS en groupe intrafrancophone.

    Dans sa réponse, la Ministre a rappelé qu’EVRAS était et restait une priorité du Gouvernement et que cet engagement était dans la déclaration de politique générale. Elle entend donc généraliser les formations et elle a fait observer que l’enveloppe budgétaire était passée à 400.000 euros pour cette année, ce qui est une augmentation de 100.000 euros avec donc 25% d’augmentation des heures. 235 écoles sont concernées et environ 22.000 élèves touchés.

    Grâce aux données encodées sur le nouveau logiciel pour l’année 15/16, la Ministre note que ce sont les relations affectives, la contraception et la puberté qui sont les contenus les plus traités.

    Quant à la question d’une différence quantitative liée à la géographie bruxelloise et surtout le nord-ouest, la ministre pense que ceci est du au fait qu’il y a là moins de centres de planning familial et que l’on fait donc moins appel aux animateurs. Elle pense qu’il faut continuer à travailler en concertation avec les PMS et des ASBL partenaires, en travaillant à la création de nouveaux appels à projets sur des zones moins couvertes, en sorte qu’il y ait des écoles prioritaires. Elle rappelle qu’en ce sens, elle a décidé de financer l’asbl « Touche pas à ma pote », pour lutter contre tous les phénomènes de harcèlement.

    La Ministre nous aussi averti de la tenue d’un premier salon Evras, à Tour et Taxi les 24 et 25 novembre 2016, pour améliorer la connaissance de l’action, prendre la mesure des initiatives, des partenariats et des synergies, mais aussi la complexité du travail en matière d’éducation affective et sexuelle.

    Enfin, elle nous a garanti que le travail sur le label et les conditions d’accès aux écoles, en Communauté française, avançait bien et qu’une rencontre constructive avec la plate-forme Evras avait eu lieu en avril, laissant entrevoir l’arrivée d’un accord. C’est en ce sens également qu’elle entend mettre en place un réseau de travail et d’action sur la question des mutilations génitales, en concertation avec l’ensemble des acteurs.