• Julien Uyttendaele fait voter le projet “FUEL SHIFT” en faveur du Gaz naturel compressé

    Comme vous pouvez le lire sur mon site, je suis un fervent défenseur des alternatives à la voiture. Je pense qu’une très grande partie des trajets à Bruxelles peuvent se faire sans voiture. Je défend également le développement du carsharing en libre-service  (DriveNow et ZipCar) ainsi que la disparition progressive de la voiture unipersonnelle dès lors que celle-ci reste généralement inutilisée 95% du temps. Toutefois, le chemin est encore long et nous devons prendre à bras-le-corps le défi de la pollution automobile en réduisant les risques de pollution. Cela implique de déterminer quel(s) est (sont) le (les) carburant(s) qu’il faut soutenir et inciter à utiliser.

    Avec les députés Pierre Kompany, Jef Van Damme, Eric Bott, Els Ampe et Paul Delva, nous avons défendu, en Commission environnement de ce mardi 15 novembre, une proposition de résolution visant à favoriser un fuel shift et le développement d’un réseau de stations au gaz naturel compressé (CNG) pour les véhicules particuliers en Région de Bruxelles-Capitale (n° A-379/1 – 2015/2016).

    Cette résolution veut favoriser le développement d’un mix énergétique, en visant au déploiement de stations au gaz naturel (CNG) en Région de Bruxelles-Capitale.

    Nous connaissons tous les urgences en matière de lutte contre la pollution de l’air, en faveur de notre santé et du développement durable.

    Le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la Santé de mai 2016 affirme que plus de 80 % des gens vivant dans des zones urbaines où la pollution atmosphérique est surveillée sont exposés à des niveaux de qualité de l’air ne respectant pas les limites fixées par l’OMS.

    Pour nous, cela veut dire très concrètement que nous sommes exposés à des concentrations de particules fines (PM2.5) de 18 microgrammes par mètre cube. Or le seuil recommandé est de 10 microgrammes par mètre cube.

    Quant au seuil des particules fines (PM10) mesuré à 26 microgrammes par mètre cube, il est également supérieur à la valeur recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé:  20 microgrammes par mètre cube ! C’est beaucoup trop.

    Les conséquences en matière de santé sont tragiques : accidents vasculaires cérébraux, cardiopathies, cancers du poumon et bien entendu les affections respiratoires, chroniques ou aiguës, y compris l’asthme. On peut aussi rappeler que, chaque année, des centaines de Bruxellois décèdent à cause de ce tueur en série très discret qu’est la pollution de l’air en ville.

    Cette situation est en réalité liée à la très/trop haute proportion de véhicules diesel en Région de Bruxelles-Capitale et il nous faut donc promouvoir des alternatives énergétiques crédibles. Or, dans notre Région, plus de la moitié des véhicules immatriculés roulent au diesel ET EN PLUS 1/7 automobiliste bruxellois roulant au diesel ne parcourt par ailleurs pas assez de kilomètres pour justifier l’utilisation de ce type de carburant.

    Face à cette situation, notre projet de résolution cherche une alternative accessible et prête à l’emploi. Nous pensons que celle-ci est à trouver du côté du gaz naturel. Ce gaz, appelé́ CNG (Compressed Natural Gas), n’est pas un produit pétrolier, mais du méthane et il ne faut pas le confondre avec le LPG (Liquid petroleum Gas), qui est un mélange de propane et de butane stocké sous forme liquéfiée.

    En Belgique, plus de 2.000 voitures roulent déjà̀ au CNG. Ce carburant est moins polluant, moins cher à l’usage que le diesel ou l’essence, et, actuellement, assurément plus rentable et écologique que le véhicule électrique, sans bien sûr parler des avantages économiques et environnementaux.

    Pour les évoquer ici, on retiendra plusieurs aspects :

    1) La carburation ne génère pas d’émissions de soufre, de plomb, de butadiène, de benzène, d’alkylbenzènes ou encore de fumées noires (« black carbon »). Ceci provoque donc une diminution des émissions de particules fines (95 % ; pour les émissions de CO2 de 12 à 25 % et pour celles d’oxyde d’azote 60 % en moins qu’un véhicule diesel ou essence). Le gain est donc écologique et durable.

    2) Le CNG est avantageux à la pompe. L’absence d’accises le rend 30 à 50 % moins cher que les carburants classiques comme l’essence ou le diesel, en sorte que le surcoût du véhicule peut être effacé en deux ans compte tenu du faible coût du gaz naturel, à quoi s’ajoutent la rapidité du remplissage du véhicule et les effets technologiques sur la durée du moteur car il y a moins de résidus de combustion.

    3) La technologie est immédiatement disponible, en terme de compatibilité avec le véhicule équipé d’un moteur essence conventionnel. Le coût (± 2.000 euros) est rentable, en comparaison avec le surcoût d’un véhicule diesel. S’ajoute à ceci la présence du second réservoir qui, une fois le CNG épuisé, permet de repasser au mode conventionnel (essence). L’autonomie du CNG est de 400 à 500 kilomètres en fonction des modèles sur le marché. L’adaptation d’un véhicule actuellement en circulation rentre clairement dans l’objectif social que nous poursuivons en terme environnemental. Les voitures non polluantes ne peuvent être réservées qu’aux plus nantis, ce qui est pour le moment le cas avec les voitures électriques.

    4) Quatrièmement, il s’agit d’un carburant bénéficiant de sources d’approvisionnement multiples. Le gaz naturel est acheminé, en Belgique, par les gazoducs et des navires méthaniers en provenance de pays diversifiés, ce qui permet de réguler les phénomènes de dépendance économique et de favoriser l’écologie, en raison de systèmes de transports eux-mêmes plus écologiques que ceux habituels du pétrole.

    5) Cinquièmement, l’impact environnemental de l’installation des stations CNG sur les sols est nul par rapport aux carburants fossiles liquides à forte écotoxicité́, comme est également très faible le coût de l’équipement en réseaux de distribution et espaces de stockage, en raison des raccords directs.

    6) Le CNG présente moins de contraintes à l’usage, pour l’automobiliste, que le LPG, en raison de sa composition en méthane, qui n’est pas soumise à interdiction d’accès dans les espaces souterrains.

    7) Les véhicules CNG peuvent également rouler au biogaz car les systèmes de motorisation sont compatibles avec l’usage de biométhane issu de la fermentation de matières organiques végétales, ce qui est économico-écologico-rentable.

    Cependant, eu égard à ces nombreux avantages, il y a un hiatus, en Belgique. Car si de plus en plus de constructeurs automobiles proposent des modèles équipés au CNG, le nombre de stations-services CNG est quasi-inexistante en Région de Bruxelles- Capitale, alors que dans d’autres pays européens le réseau se développe.

    De même, la Flandre s’est fixée un objectif de 300 stations d’ici 2020, avec déjà 50 stations de plus d’ici mars 2018. La Région wallonne prévoit 30 stations, à pareille date.

    Or, pour Bruxelles, il n’existe actuellement qu’une station distribuant du CNG, à Anderlecht.

    Le projet propose donc d’aller de l’avant et d’être proactif pour notre Région, en sorte également de nous conformer aux exigences du Livre blanc de 2011 (Feuille de route pour un espace européen unique des transports. Vers un système de transport compétitif et économe en ressources) de la Commission européenne.

    Nous avons tout à gagner sur bien des points : la sécurité économique, la compétitivité  économique, la stratégie rentable en matière de lutte contre la pollution et en faveur de la promotion des énergies durables et alternatives et, bien entendu, la promotion d’une meilleure assurance sanitaire.

    Comme notre pays est l’avant-dernier pays européen en termes de qualité de l’air et que l’Agence européenne pour l’Environnement évaluait récemment le nombre de décès prématurés annuels liés à la mauvaise qualité de l’air à 12.000 pour la Belgique, il nous faut vraiment aller de l’avant.

    Voici toutes les raisons et toutes les circonstances qui font que nous demandons au Gouvernement de la Région de Bruxelles- Capitale :

    De faciliter le déploiement et l’installation de stations CNG sur l’ensemble du territoire de notre Région, tout en assurant la concertation avec le régulateur bruxellois des marchés du gaz et de l’électricité.

    D’assurer une meilleure sensibilisation et information des consommateurs sur l’impact environnemental du choix de carburant de leurs véhicules.

    De favoriser toute autre mesure pouvant contribuer à la mise en œuvre d’un réel « fuel shift » dans notre Région, en sorte de nous assurer une meilleure qualité de l’air.

    Ce texte est résolument pragmatique et offrira, in fine, une alternative économique et respectueuse de l’environnement à un très grand nombre de conducteurs.