• Discriminations: Bruxelles doit aussi soutenir les femmes d’origine étrangère hautement qualifiées

    Ce jeudi 2 février, en Commission des Affaires économiques et de l’Emploi, j’ai interpellé le Ministre Gosuin sur un sujet trop souvent passé sous silence : la situation socio-professionnelle de toutes ces femmes d’origine étrangère et hautement qualifiées, qui sont en attente d’un emploi.

    Je suis bien conscient que c’est, sans aucun doute, un sujet extrêmement complexe à analyser, mais celui-ci est toujours et à chaque fois, comme d’ailleurs toute situation de non-emploi, une tragédie humaine, personnelle et sociale.

    Nous le savons tous, le marché de l’emploi à Bruxelles, comme dans toutes les grandes « villes-mondes », est durement frappé par la question des discriminations à l’embauche. Or si nous sommes paradoxalement dans un monde globalisé et hyperconnecté, nous voyons pourtant revenir les pires comportements protectionnistes, aux effets stigmatisants et caricaturaux qui parfois peuvent  devenir racistes. La vigilance doit donc être de tous les moments.

    Nous savons aussi combien l’accueil particularisé et l’assistance fournie par nos services régionaux et communaux aux jeunes demandeurs d’emploi hautement qualifiés – quels que soient leur sexe ou leur origine – sont un immense défi.

    Et nous savons aussi combien les statistiques d’Actiris sur les caractéristiques des jeunes demandeurs d’emploi montrent, de façon indiscutable, la nécessité d’efforts prioritaires envers les jeunes, cette fois faiblement qualifiés, même si nous savons également fort bien que des secteurs réputés stables (filières en sciences naturelles, milieux bancaires ou encore secteur pharmaceutique) font des coupes sombres dans l’emploi !

    Or, quand elles concernent les femmes d’origine étrangère hautement qualifiées, les paramètres de ces traitements inégaux sont multiples et les modalités d’action peuvent avoir paradoxalement des effets limités.

    Par exemple, si l’on traite la question à un niveau supranational, les États membres de l’UE ainsi que l’Espace Économique Européen ont créé un régime performant de reconnaissance de diplômes et d’équivalences, mais il n’en demeure pas moins que ce système comporte malgré tout ses propres limites, notamment en raison de la délimitation des frontières de l’espace européen de l’enseignement. A titre connexe, nous connaissons bien ce phénomène, par exemple dans le cas des personnes réfugiées.

    Et, enfin, il faut peut-être tout simplement constater qu’il y a, à la base de la question que nous évoquons ici, ce problème quasi fondamental de la difficulté pour une femme de se lancer dans l’entrepreneuriat, ici aussi pour des raisons multiples dont certaines relèvent d’ailleurs d’archaïsmes de l’esprit ou de la culture qu’il nous faut combattre, au nom de l’égalité des droits des hommes et des femmes.

    Quoi qu’il en soit, il faut agir.

    Comme je l’ai suggéré au Ministre, le premier moment de cette action pourrait être de commander une étude circonstanciée sur l’encadrement socio-économico-professionnel des personnes hautement qualifiées.

    Je lui ai, en tout cas, demandé à qui nous avions exactement à faire lorsque nous parlons de « femmes d’origine étrangère » hautement qualifiées sur le marché de l’emploi bruxellois ?

    J’ai aussi demandé quels outils existent dans l’arsenal bruxellois pour être utile et proactif dans les réponses à apporter aux problèmes auxquels ce public est confronté ? Que nous manque-t-il et quelles initiatives pourrait-on prendre ?

    Dans sa réponse, le Ministre a noté que les femmes d’origine étrangère ayant obtenu un ou des diplômes universitaires/supérieurs à l’étranger et qui s’inscrivent chez Actiris sont informées de la nécessité d’obtenir une équivalence de diplôme pour faciliter leur mise à l’emploi.

    Pour cela, Actiris collabore avec le CIRE et des séances d’information ont lieu régulièrement ; les démarches à entreprendre sont alors clairement expliquées et un suivi par le CIRE est proposé pour la constitution et l’introduction du dossier de demande d’équivalence.

    Le Ministre dit encore que, pour autant que ces femmes parlent le français ou le néerlandais, elles bénéficient conséquemment de toutes les actions d’accompagnement en Recherche Active d’Emploi offertes par Actiris, depuis la détermination d’un objectif professionnel jusqu’à la participation à des groupes de Recherche Active d’Emploi dont l’objectif est de les former aux méthodes de recherche d’emploi propres à la Belgique, et aux pays limitrophes.

    Le Ministre a cependant reconnu qu’à ce jour nous n’avons pas d’étude globale sur la problématique des femmes étrangères hautement qualifiées !

    Voilà ce qu’il m’a transmis comme données :

    • Sur 34.000 chercheuses d’emploi, 25.000 sont d’origines étrangères (UE et hors UE)
    • Le chômage de longue durée touche 18.000 femmes étrangère (UE et hors UE) sur un total de 25.000 chercheuses d’emploi entrant dans cette catégorie.

    Mais attention, il s’agit des chiffres du monitoring socio-économique 2015 basé sur les données 2012. Les données plus récentes du même type ne sont pas encore disponibles.

    Le Ministre a, fort heureusement, rappelé que, dans le cadre de la mise en œuvre de la mesure 1 de son plan « Offrir des solutions aux chercheurs d’emploi formés à l’étranger », il prévoit de lutter contrer la discrimination, avec notamment la possibilité de ventiler les chiffres globaux existants selon le genre et de les croiser avec le niveaux d’étude, pour parvenir à des analyses affinées.

    Enfin, le Ministre a aussi estimé qu’on peut mettre en lumière deux obstacles majeurs à l’entrée de ces femmes sur le marché de l’emploi bruxellois. Le premier est la méconnaissance de l’une des deux langues nationales. Si l’anglais est maîtrisé, il existe des possibilités d’emploi à Bruxelles, mais, si ce n’est pas le cas, l’apprentissage d’une des deux langues nationales est un prérequis incontournable.

    Le second obstacle est celui de la non-équivalence des diplômes. Sur ce point, il veut aller plus loin que ce qu’il a mentionné, en renforçant les collaborations avec les Communautés en la matière et plus particulièrement avec la Communauté Française, parce que la situation en Communauté flamande est moins problématique notamment du fait d’un mécanisme d’équivalence automatique des diplômes/qualifications sous certaines conditions et la gratuité de la procédure pour les chercheurs d’emploi inscrits au VDAB ou Actiris.

    Le Ministre veut vraiment travailler à l’allégement de la procédure de reconnaissance, afin d’accélérer l’obtention de celle-ci par les chercheurs d’emploi, comme il veut aussi avancer sur la question de la gratuité de la procédure pour les chercheurs d’emploi bruxellois.

    Dans ma réplique, j’ai toutefois redit que, de fait, il est urgent de travailler sur le problème de la reconnaissance des diplômes et de croiser le plus de données possibles et singulièrement les données genrées.

    L’étude régionale est donc essentielle car nous sommes ici dans une situation hautement paradoxale qui a pratiquement des allures de « gaspillage », si je peux oser employer ce mot et faire une comparaison comme celle-là : nous avons ici des femmes hautement qualifiées – avec des compétences réelles – mais qui ne sont pas sollicitées à leur juste mesure. C’est un devoir citoyen de reconnaître leurs talents et leurs formations, de les intégrer dans les circuits socio-professionnels, avant de recourir à des personnes ressources que l’on irait paradoxalement recruter dans d’autres pays…