• En démantelant Belspo la NVa a engendré un monstre et ruiné une ambition collective

    Ce 27 mars, j’ai interrogé Fadila Laanan, notre Secrétaire d’Etat chargée de la Recherche scientifique, quant aux conclusions du Comité de concertation sur les projets fédéraux, en matière de politique scientifique, pris par le biais de l’ex-Secrétaire d’État à la Recherche scientifique, Elke Sleurs, qui a pris la tragique décision de démanteler BELSPO (SPP Politique scientifique).

    Depuis le début de cette législature fédérale, nous assistons à une stratégie sournoise et parfaitement orchestrée par la NVA et les partis collaborant avec ce dernier : la stratégie du pourrissement.

    On détruit ce qui fonctionne pour ensuite constater que cela ne fonctionne plus et on finit par démanteler, subdiviser, régionaliser ou communautariser, en bref, on annihile tout ce qui nous rassemble.

    On nous avait soi-disant promis de laisser l’institutionnel au placard pendant cinq ans… mais à mi-mandat, le mensonge devient insupportablement édifiant. Un de plus vous me direz…

    Ce que nous savons déjà, c’est ce qui se profile pour la Recherche spatiale qui est touchée par cette décision puisqu’elle ne sera désormais plus organisée de manière globale ou nationale.

    Ceci entrainera une perte en efficacité et ne garantira plus les retours industriels actuels de ce secteur ; or ce sont des retours industriels dont dépendent de nombreuses entreprises belges reconnues et spécialisées dans ce domaine à haute technicité.

    Nous savons combien le secteur industriel est inquiet ! Lors du dernier salon du Bourget, ils l’ont dit à la Secrétaire d’Etat Elke Sleurs. Elle est restée de marbre !

    Le président de la Fédération industrielle belge du spatial (Belgospace) a dit également que la Belgique avait besoin d’une administration fédérale solide et durable, avec des délégations crédibles pour l’ESA. Dès lors, industriels et scientifiques ne partagent pas cette analyse de la révolution.

    Le ministre Marcourt – qui a bien vu que c’est bien entendu la Wallonie qu’elle veut dépouiller – a déjà fait valoir que l’organisation des financements via des règlements communautaires ont provoqué des sous-financements : Ariane 6 est à concurrence de 4%, or Ariane 5 l’était à hauteur de 6%.

    Le 4 juin 2015, interviewé par l’agence Belga, au moment de la sortie de son ouvrage Tant qu’il y aura des chercheurs, le Professeur Halleux, chercheur de renommée internationale, dénonçait déjà l’erreur de la réforme voulue par le Gouvernement : « En deux siècles, la Belgique s’est dotée d’une invincible Armada de la science que la tempête a disloquée. Chaque pilote est réduit à lui-même et devra piloter à vue dans le brouillard. »

    L’émoi dans la communauté des chercheurs en Belgique, tant au Nord qu’au Sud du pays, est immense ! Mais visiblement, la Secrétaire d’État ne s’en soucie guère.

    Pourtant, il faut bien dénoncer le fait que cette soi-disant co-gestion via les Communautés et Régions à quoi s’ajouteront des entités dites « autonomes », à quoi s’ajouteront des dotations, des Comités d’avis, des « partenaires régionaux », tout ceci va relever de la structure ingérable, car, par nature, elle sera tout simplement paralysée et totalement ingouvernable !

    La Secrétaire d’État a dès lors construit un monstre : une Agence spatiale « interfédérale », inutile et coûteuse puisqu’on va tripler le personnel nécessaire, en passant de 17 collaborateurs à une cinquantaine, tout en morcelant les structures de représentation.

    Ici, c’est donc une absence totale de stratégie scientifique ou plutôt c’est une stratégie perverse et honteuse de destruction d’un outil de visibilité internationale qui est en train de disparaître devant nos yeux.

    J’ai ajouté aussi que les conséquences en matière de leadership intellectuel vont être redoutables pour nous, car nous savons pertinemment bien que la Belgique va à contre-courant des politiques scientifiques des grands états fédéraux : elle démobilise ses chercheurs et elle ne donne aucun signal encourageant aux futurs étudiants qui ont de grands rêves, dont ceux d’une vie au service de la science.

    Par conséquent, comment les industriels du secteur et les scientifiques pourront-ils encore travailler avec d’autres secteurs de la recherche qui précisément fonctionnent eux en agences réseautées et, au premier chef, l’Agence spatiale européenne (ESA).

    La Belgique risque donc de perdre des chercheurs de haut niveau, comme elle risque également de n’être plus attractive pour des chercheurs étrangers, qui redouteront la parcellisation des travaux et des équipes de recherche, avec cet effet pernicieux qu’elle produira des effets de concurrence malsains entre les institutions universitaires.

    Devant ces faits et ces tentatives de réponses, on ne peut que déplorer que nous sommes bel et bien entrés dans un moment où la logique politique fédérale génère et provoque le dysfonctionnement, sans se poser la question de savoir si la recherche doit avoir des frontières.

    Pour autant, cette atomisation du pays n’est pas bonne pour le positionnement de Bruxelles qui regroupe plusieurs établissements scientifiques, ce qui aura bien entendu des effets sur le plan de la gestion des patrimoines.

    La politique scientifique belge est aujourd’hui dans le couloir de la mort et nous ne pouvons pas l’abandonner face à cette stratégie du pourrissement que nous condamnons en tant qu’Européen, en tant que Belge et en tant que Bruxellois.

    Si je suis revenu vers la Secrétaire d’Etat, c’est parce qu’elle avait annoncé qu’elle avait déposé, avec le Ministre-Président, une note au Gouvernement afin de saisir le Comité de concertation à propos des projets de la Secrétaire d’Etat, une manière pour le Gouvernement bruxellois de relayer les inquiétudes du monde scientifique et universitaire face à ce qu’elle avait très justement défini comme une volonté claire de tendre vers le démantèlement de l’Administration de la Politique scientifique. Ce comité s’est réuni le 14 décembre dernier.

    Parmi les demandes au Gouvernement fédéral, la Secrétaire d’Etat avait pointé trois éléments : le renoncement de l’autonomisation de 10 établissements scientifiques fédéraux, le renoncement à la création d’une agence Spatiale interfédérale et l’abandon du projet de suppression du SPP Politique scientifique.

    J’ai donc demandé quelles étaient les conclusions du Comité de concertation concernant ces trois demandes spécifiques. J’ai également demandé si une concertation avec les autres entités fédérées était d’actualité et dans l’affirmative s’il existait un consensus entre les autorités fédérées pour s’opposer aux projets du Gouvernement fédéral.

    D’une manière plus globale, j’ai aussi interrogé la Secrétaire d’Etat pour savoir quelle était la position du Comité de concertation sur les mesures prises par le Gouvernement fédéral en matière de politique scientifique.

    Devant cet état des lieux préoccupant et devant ces décisions arbitraires, j’ai enfin demandé quelles étaient les opérations de consultation et de prises d’avis menées auprès de nos Institutions scientifiques régionales, notamment INNOVIRIS, en sorte de mesurer leurs impacts et d’avoir une prospective la plus réactive possible.

    Dans sa réponse, Fadila Laanan a dit combien elle partage mon analyse sur ce qui se joue à la Politique scientifique fédérale. Nous allons perdre de nombreuses synergies et également la mutualisation de nombreux services d’appui.

    Selon elle, « la NVA a obtenu, lors des négociations qui ont conduit à la formation du Gouvernement fédéral, le principe de la disparition de cette Administration qui compte 3.000 agents et dont le budget annuel tourne autour des 500 millions d’euros. Cette disparition est inscrite dans l’accord de Gouvernement ».

    Pour détruire cet outil fédéral performant, la NVa a utilisé l’autonomisation des établissements scientifiques et la création de l’agence spatiale interfédérale, tout en supprimant tous services d’appui communs mis à disposition par BELSPO, mais aussi en sapant toutes les dimensions patrimoniales.

    La Secrétaire d’État explique que c’est une véritable usine à gaz qui sera mise sur pieds, avec des coûts de fonctionnement explosifs, mais aussi un processus décisionnel « incompatible avec les impératifs liés à des négociations internationales au sein tant de l’Agence spatiale européenne qu’au niveau de l’Union européenne », si bien que « les intérêts particuliers de chaque Région vont ruiner une ambition aujourd’hui collective et bénéficiant à toutes les entreprises et aux scientifiques du pays ».

    Fadila Laanan explique qu’elle a fourni une note au Gouvernement bruxellois afin de saisir le Comité de concertation. Le Gouvernement l’a adoptée ! Elle a demandé au Comité de concertation de « prier le Gouvernement fédéral d’abandonner ses projets de suppression du SPP Politique scientifique, d’autonomisation des établissements scientifiques et de création d’une Agence spatiale interfédérale ».

    Le Comité s’est penché sur le texte le 14 décembre dernier. Puis, une réunion s’est tenue au Cabinet de Mme Sleurs, en présence des représentants des Ministres régionaux de la politique scientifique. Point de réponse digne de la situation cependant, singulièrement sur les aspects opérationnels.

    Pour Fadila Laanan, il est patent que « Mme Sleurs se moque éperdument du point de vue exprimé par le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale. (…) Il ne s’est nullement agi d’une concertation. C’était une présentation suivie d’un numéro d’autojustification ».

    Bref, la situation est plus que tragique et je reprends les derniers mots de notre Secrétaire d’État : « Non, le Fédéral n’a pas mis le communautaire au frigo. Dois-je rappeler par exemple la saga des numéros INAMI, celle du RER, les déséquilibres linguistiques au niveau des fonctions à mandat dans les Administrations fédérales, la répartition déséquilibrée des portefeuilles ministériels ? Je ne suis pas certaine qu’un frigo comme ça passerait avec succès les contrôles de l’AFSCA.”

1 Comment

  1. Philippe Mettens says: 28 mars 2017 at 9 h 57 minRépondre

    Merci Julien !

    Bien vu… 😉

    Phil.