• Julien Uyttendaele: “Avec ses attaques contre UNIA, la NVa fragilise notre cohésion sociale et met en danger notre système de lutte contre les discriminations”

    Le mardi 27 mars dernier, juste avant les vacances de Printemps, en Commission des Finances et des Affaires générales, j’ai interpellé Bianca Debaets, notre Secrétaire d’Etat en charge de l’Egalité des Chances, sur les remises en cause intolérables du fonctionnement d’UNIA.

    A l’heure où la banalisation des discours de haine – mais aussi l’augmentation du racisme et des discriminations – prolifèrent et où il nous faut donc redoubler de vigilance et de proactivité commune!

    Les remises en cause du travail d’Unia mais également la nature de son caractère interfédéral, assorties corollairement d’une proposition de régionalisation, relèvent d’une véritable provocation qui ne sert en rien le combat pour la défense des droits de l’Homme.

    J’ai dit, en séance, qu’il est pathétique et d’une irresponsabilité lourde, tant sur le plan du respect qui doit gouverner tout rapport interhumain que sur le plan de l’action politique et des bonnes règles de la gouvernance, de voir une Secrétaire d’État qui, dans la foulée de sa prise de fonction et visiblement sans connaissance des enjeux majeurs des dossiers en cours, inaugure son travail par ce qui n’est autre chose qu’une offensive en règle contre une Institution avec laquelle elle va devoir travailler pour le bien commun !

    Il est regrettable que ces critiques, par ailleurs peu argumentées et sans fondement objectif car elles ne sont absolument pas instruites, aient été émises de cette façon car elles vont bien entendu troubler et décourager les acteurs – qui n’ont d’ailleurs pas été rencontrés, au risque, tout aussi grave, de jeter l’opprobre, la défiance et le discrédit sur le fonctionnement du Centre.

    En ce sens, comment ne pas rejoindre l’analyse politique de celles et ceux qui estiment que ce faisant la N-Va cherche à disqualifier ou délégitimer le travail patient et quotidien du Centre, mais aussi à laisser sous-entendre qu’en matière de discriminations ethniques et raciales, il y aurait des hiérarchies partisanes et idéologiques !

    Ces propos sont graves et exigeraient une sérieuse mise au point, tant ils pourraient déstabiliser une Institution comme celle-là dans son travail, je le redis, mais également sur le plan de tous les plaignants qui recourent à ses services et pourraient donc désormais penser qu’elle manque aux exigences d’impartialité, d’intégrité et de probité morale dans le traitement des plaintes, ce qui découragerait par avance une démarche pourtant légitime de demande d’avis ou de plainte.

    On comprendra que l’ECRI, l’organe de protection des droits de l’homme du Conseil de l’Europe, a immédiatement réagi en affirmant que « grâce à son interfédéralisation, l’Unia assure l’accessibilité de services relevant de sa compétence à tout individu dans le pays, quelle que soit la législation qui lui est applicable, au moyen d’un point de contact central et, en collaboration avec les Régions, les Communautés, les Provinces et les communes, par des points de contact locaux auprès desquels un signalement peut être déposé ».

    J’estime que cette situation de déstabilisation est gravement préoccupante sur le plan des principes de l’action politique, mais aussi au regard du travail de l’agence dont nous connaissons bien les travaux et l’expertise puisque Unia nous présente annuellement son rapport de travail, celui-ci faisant d’ailleurs l’objet de discussions toujours très stimulantes et légitimement constructives !

    Comment donc ne pas réagir avec fermeté, d’autant que notre Gouvernement bruxellois a décidé de faire de la lutte contre les discriminations l’axe prioritaire de toutes ses compétences et le fil rouge de toutes ses politiques.

    Et d’autant plus que la Secrétaire d’Etat, dans sa Note d’orientation en matière d’égalité des chances, mentionne qu’Unia est un partenaire important dans toutes les actions, mais aussi dans tous les projets qui sont mis en œuvre au sein de notre Région.

    La position de Biance Debaets, dans cette affaire, est connue : elle a déclaré dans plusieurs organes de presse, devant les propos tenus par vos homologues Zuhal Demir et Liesbeth Homans vis-à-vis d’Unia, qu’il n’est pas « raisonnable que des femmes ou des hommes politiques nourrissent les conflits de société. On ne construit pas des ponts avec des allumettes. L’égalité des chances mérite un sérieux débat de société. Et quand on mène ce genre de débat avec autant de nonchalance, on ne fait qu’alimenter de la rancœur et de l’antipolitique ».

    J’ai donc demandé à la Secrétaire d’Etat si l’on pouvait rester à ce stade de la contestation et de la plainte si l’on s’accorde sur l’hypothèse que les propos de Madame Demir sont inappropriés et contestables.

    J’ai également demandé à Bianca Debaets si dans les dossiers, chantiers ou projets pour lesquels la Secrétaire d’Etat avait consulté Unia voire les avis qu’elle avait reçus et eu égard aux recommandations qu’UNIA a fournies pour notre Région qui ont été mises en œuvre au sein de sa politique, elle avait connu des situations qui pourraient valider ou invalider les propos de Madame Demir.

    Enfin, j’ai interrogé la Secrétaire d’Etat pour savoir quel soutien elle comptait apporter à UNIA pour mener à bien ses missions, dans pareilles circonstances.

    Dans sa réponse, Bianca Debaets a tenu a rappeler que le racisme et la discrimination restent malheureusement un problème persistant et que nier ce problème, c’est nier la réalité. Chiffres à l’appui, la Secrétaire d’Etat a indiqué qu’Unia avait enregistré une hausse de 20% des plaintes l’an dernier. Une telle hausse en un an ne peut pas être négligée selon la Secrétaire d’Etat.

    La campagne « Racism Game Over » menée en collaboration avec les trois syndicats dans les sociétés a une fois de plus démontré que la discrimination persiste sur le marché de l’emploi, que ce soit au moment de l’embauche ou lors d’une promotion au sein même d’une société.

    La Secrétaire d’Etat a tenu à rappeler que bien que la vision d’un(e) responsable politique puisse diverger d’une institution ou d’une association, il n’est pas raisonnable de diffuser une information erronée. Il est, selon l’avis personnel de la Secrétaire d’Etat, indispensable d’étudier préalablement les dossiers avant de se prononcer.

    Selon Bianca Debaets, Unia peut faire un travail d’information et de sensibilisation puisque la dénonciation des comportements discriminatoires entraine une hausse des plaintes liées à ces comportements et participe donc à la sensibilisation de la population à ce type de problème. La Secrétaire d’Etat reconnaît qu’il reste du travail à faire sur cette question.

    En 2012, le Gouvernement fédéral, les Régions et les Communautés ont conclu un accord pour interfédéraliser le Centre interfédéral pour l’égalité des chances désormais Unia. Ses compétences en matière de lutte contre la discrimination ont alors été élargies à celle des Régions et des Communautés.

    En 2015, Unia a été désignée comme point de contact pour la Région bruxelloise. La mission est de promouvoir l’égalité de traitement conformément à l’ordonnance de 2008. Unia est aussi désigné comme service de conciliation et comme l’organe pouvant défendre en justice les personnes victimes d’une discrimination, remplissant ainsi une fonction d’aide et d’encadrement.

    La Secrétaire d’Etat indique qu’elle organise également des évènements en collaboration avec Unia comme le projet « Rainbow House ». A ce propos Bianca Debaets n’a aucune critique à formuler à l’égard d’Unia.

    En vertu de l’accord de coopération qui lie la Région bruxelloise et Unia, Unia reçoit un subside de 51 000 euros par an pour accomplir les missions qui lui ont été attribuées. Unia formule alors des avis et des recommandations, mais propose également des accompagnements. Rendre des avis et des recommandations sur le travail législatif de la Région bruxelloise est donc également une mission d’Unia.