• Julien Uyttendaele réitère sa position en faveur de l’assistance sexuelle!

    Ce vendredi 2 février, nous sommes revenus, en séance plénière du Parlement Francophone Bruxellois, sur la question – que j’ai déjà souvent traitée ici – de l’assistance sexuelle des personnes en situation d’handicap.

    Pas la première fois…

    Il y a trois semaines, toujours dans ce même lieu, ma collègue Viviane Teitelbaum avait interpellé, lors d’une question d’actualité, la Ministre Fremault et j’avais assisté, médusé, à un dialogue d’un autre âge entre les deux femmes, mais surtout d’une grande violence symbolique envers les personnes en situation de handicap et celles et ceux qui veulent consoler et aider, en ce compris sexuellement.

    La raison de cette question était bien entendu la publication de l’Avis (texte disponible en ligne, charpenté et argumenté:https://www.health.belgium.be/fr/avis-ndeg-74-assistance-sexuelle-aux-personnes-handicapees) du Comité de Bioéthique sur l’assistance sexuelle. On va y revenir plus loin.

    Durant cet échange, ma collègue Teitelbaum a osé nous dire qu’elle attendait de la Cocof qu’elle mette des « gardes-fous » (sic) comme si mener une politique et apporter une solution précise à une demande précise devait ce faire, en pareil cas, via une telle méthode défensive et implicitement répressive.

    Des propos insupportables

    Mais il m’a été intolérable, comme citoyen de Gauche, soucieux et de la liberté et de l’autonomie et de la dignité de chaque citoyen.ne, d’avoir assisté à cet échange, en plénière, et d’avoir vu tant de partialité devant une question si grave et sensible.

    Je voudrais qu’un jour nous arrêtions définitivement de véhiculer des sophismes dans nos Assemblées, et singulièrement ici en établissant un lien constant entre l’assistance sexuelle et la prostitution. C’est faux, totalement faux.

    Comme socialiste, j’ai un devoir moral de travailler à briser toutes les formes de l’isolement, de permettre la liberté surtout quand elle est entravée, et également d’en finir avec les regards moralisateurs qui ne veulent jamais prendre la mesure du réel.

    En réalité, ce discours n’aide personne et surtout pas celles et ceux dont la Ministre a la charge et la responsabilité : ces praticien.ne.s des soins du quotidien aux personnes handicapées.

    La Ministre compétente Céline Fremault (CDH) partiale dans la presse ?

    Puis, il y a eu aussi cette récente « Carte blanche » dans Le Soir du 29 janvier où – chose très préoccupante dans un dossier en cours – la Ministre Fremault est publiquement sortie de sa réserve et a cessé d’être la Ministre de tou.te.s, en se transformant en représentante d’un collectif. C’est une situation qui m’inquiète parce que j’ai désormais la nette impression que tout le débat pourrait être joué d’avance.

    Une gifle aux personnes handicapées

    Mais, en plus d’être juge et partie, elle signe en fait un texte qui est une nouvelle gifle aux personnes en situations d’handicap ! Et avec elle, qui signe ? Viviane Teitelbaum, mais aussi Catherine Fonck, Joëlle Milquet, Céline Delforge, et d’autres femmes !

    Il faut prendre le temps de lire ce texte pour voir comment il énonce des contre-vérités et avance une série d’amalgames, sans parler des propos très limites et tellement partisans à l’égard du Comité de bioéthique qui, selon les signataires, voudrait « convaincre qu’une prostitution organisée à destination des personnes en situation de handicap… ne serait pas de la prostitution ».

    C’est du jamais vu ! Tout leur texte est ainsi basé sur la confusion entre la prostitution et l’assistance sexuelle et une vision tronquée, uniquement centrée sur les femmes et oublieuses des orientations sexuelles diverses, avec, cerise sur le gâteau, des propos empreints d’un hétérocentrisme petit bourgeois bien pensant.

    Gifle aussi aux personnes, des femmes ET des hommes – et j’en ai rencontrés – qui pratiquent l’assistance sexuelle et que la « Carte blanche » ose réduire à des femmes « utilisées comme des outils à des fins utilitaristes ou fonctionnalistes ». Les hommes sont passés à la trappe, bien entendu…

    Une « Carte blanche » qui véhicule des Fake News

    Le texte est aussi intellectuellement construit sur des confusions douteuses comme, par exemple, quand il est écrit : « Le Comité ne peut cacher une partie de la question : en éthique, la fin légitime ne justifie pas les moyens. Les moyens pour arriver à une fin légitime doivent aussi être légitimes. Or, la condition nécessaire pour un épanouissement de la sexualité est une relation respectueuse, non pas une aliénation à autrui. »

    Ou pire encore : « Considérer que la sexualité des personnes handicapées devrait s’envisager sur le mode pulsionnel et dans un rapport de nature monétaire leur semble aussi constituer, au regard de la ségrégation sociale déjà pratiquée à l’égard des personnes souffrant d’une invalidité, une atteinte supplémentaire à leur dignité ».

    Tout ceci en mêlant cette difficile question à la campagne de publicité « Rich Meet Beautiful » sur les campus de l’automne passé ou pire encore à l’affaire Weinstein. Des amalgames particulièrement douteux.

    Un nouveau coup du néo-abolitonnisme féministe

    Face à toutes ces « fake news » issues du courant néo-abolitionniste féministe, il m’importe de rétablir quelques vérités !

    Je crois, en effet, décisif d’honorer l’intime des personnes en situation de handicaps et de sortir, dans un pays largement abolitionniste (ce que je ne suis absolument pas), des dangers de l’assimilation du libre exercice de ses droits à la santé sexuelle à ce qui est appelé ici la « prostitution », au sens où elle est entendue aujourd’hui dans nos textes de loi.

    A cet égard, il importe de commencer par reconnaître que le travail du Comité consultatif de bioéthique a été long et très informé. Entre la publication de l’Avis n° 74, ce 13 novembre 2017, et la question posée en décembre 2012, par Ph. Courard, alors secrétaire d’État aux Affaires sociales, aux Familles et aux Personnes handicapées, 5 années de travail se sont écoulées !

    L’Avis du Comité est mesuré et détaillé

    Il suffit de lire attentivement le rapport, pour prendre la mesure de l’ampleur de la réflexion des Sages du Comité, en observant également la grande diversité des signataires.

    Il est donc injuste de tenir des propos à la limite de la suspicion voire de la défiance parce que cet Avis a été rendu à l’unanimité par les membres. C’est un manque de respect envers le travail du Comité dont l’avis est évidemment un texte empreint d’humanité, justement parce qu’il ne discrimine pas sur la sexualité et ne prend pas la voie des slogans et des analyses partiales.

    Un Comité de bioéthique véritablement humaniste

    Le Comité ne pratique aucune distinction selon le type de handicap : mental ou physique ni d’ailleurs en fonction du cadre de vie de la personne : en institution ou en famille.

    Je me permets de citer deux extraits de l’Avis : « Le présent avis adopte, sur le plan de la sexualité elle-même, une perspective d’égalité entre personnes handicapées et personnes non-handicapées. »

    Et celui-ci : « Le Comité se montre généralement neutre quant aux distinctions 1/ de genre ou de sexe, 2/ de type de handicap (physique ou mental), 3/ de mode de vie ou de prise en charge (à la maison en autonomie, en famille ou en institution). (…) il traite de la même manière le handicap physique et le handicap mental, de même que les situations de vie en famille, en autonomie ou en institution. »

    Ce n’est donc pas parce que, chez la personne handicapée, les conditions, les modalités, les circonstances, les actes et les gestes de la vie sexuelle sont différents ou complexes que les aspirations et les besoins sont différents.

    La sexualité de la personne handicapée ne peut pas être discriminée

    Chaque vivant vit du même besoin. Ce qui change ici c’est uniquement la difficulté d’accès parce que la dimension motrice est réduite ou complexifiée et parce qu’il y a des contraintes et des limitations involontaires.

    On voit donc que, contrairement à ce que dit la Ministre, le Comité prend une posture très remarquable : la question de l’assistance sexuelle touche un besoin élémentaire et un droit : celui d’avoir une vie sexuelle humaine et digne. Il est très clair : « La sexualité fait partie de la santé générale » et il faut que quiconque puisse bénéficier de ce possible de l’existence.

    Nous sommes donc bel et bien dans la cadre d’une liberté incompressible et aussi d’un choix éthique qui doit aussi être politique : la personne handicapée a une sexualité identique à la celle de toute personne humaine.

    L’assistance sexuelle est une nécessité

    Pour ce faire, le Comité demande l’organisation d’une offre de service, agencée et régulée par les pouvoirs publics, avec de la formation et des systèmes de protection juridique, éthique, psychologique et médicale.

    Mais le Comité refuse la gradation des prestations et parle d’une rémunération forfaitaire, non remboursable, signe supplémentaire que l’assimilation à la prostitution est absolument inappropriée !

    Viviane Teitelbaum (MR) se trompe lourdement

    L’opposition, prétendument féministe, de ma collègue Teitelbaum n’en est donc pas une. Je dis publiquement que son attitude relève de l’amalgame et qu’elle illustre une aporie de sa posture prohibitionniste, surtout quand elle mêle tout ceci, dans une regrettable confusion, à un combat, par ailleurs nécessaire et juste, contre la traite des humains.

    Elle déplore également que l’on dise peu sur les assistantes et que l’on focalise sur les personnes en situation d’handicap. Mais à l’entendre quiconque pourrait être assistant.e.

    Eh bien non, le Comité demande précisément du professionnalisme et de la formation.

    Ma collègue s’interroge aussi sur l’absence d’une audition d’un collectif de femmes par le Comité. Mais il me semble que notre tâche n’est pas de remettre en cause et en question, et singulièrement de cette façon, un Comité dont on peut saluer le travail et dont on sait combien, dans sa composition, il tient compte de toutes les sensibilités qui composent notre paysage.

    Le comité a voulu poser la question centrale de la vie sexuelle, au sens plénier de l’expression, de la personne handicapée et il a considéré que les questions relevant des orientations sexuelles, des pratiques sexuelles, des personnes engagées dans la relation ou le partenariat sexuel ne relèvent pas de l’orientation de fond de leur réponse.

    Elle est également partiale dans ses propos

    Ainsi, quand Viviane Teitelbaum dit à la fois que l’avis se focalise très fortement sur la personne porteuse du handicap et que le Comité refuse d’entendre des femmes, considérant donc que peu est dit sur les assistant.e.s sexuel.le.s – dont elle avance qu’il s’agit en majorité de femmes -, je crois qu’elle produit elle-même une contradiction dans son propre raisonnement.

    En soi, on peut toujours corriger une telle erreur… Mais politiquement, les conséquences n’en sont pas moins très lourdes de sens. Pourquoi ? Parce qu’en disant cela, elle refuse de voir ce que sa propre analyse, partiale à mon sens bien entendu, l’empêche de voir.

    Elle reproduit paradoxalement l’attitude qu’elle dénonce dans le chef du Comité : elle se focalise sur les femmes qu’elle réduit à des prostituées – nous connaissons son combat sur ce point – et elle ne voit que des femmes, oubliant par là les hommes, les orientations sexuelles et bien entendu la vraie et la seule question qui est au cœur de tout ceci : la personne handicapée qui nous demande – à nous politiques – de les entendre, de les comprendre, sans venir avec des catégories préconçues et qui n’ont rien à voir avec leur demande.

    Une erreur en droit

    Comme juriste, je dois aussi rappeler deux règles, en matière de droit international des traités. Ce sont les principes “Lex posteriori derogat priori” (la loi postérieure prime sur la loi antérieure) et “Lex Specialis derogat generali” (la loi spéciale prime sur la loi générale).

    Dans la “Carte blanche”, les signataires dont la Ministre elle-même invoquent la Convention des Nations-Unies de 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, ratifiée par la Belgique en 1965.

    Mais les signataires se trompent et ils trompent les lecteurs! Ils oublient totalement la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes en situation de handicap du 13 décembre 2006, un texte ratifié par la Belgique le 2 juillet 2009 ! Etrange oubli car j’avais déjà cité ce texte et un article pertinents pour notre débat, lors d’une précédente séance plénière.

    Or cet article 25 de la Convention, que le comité reprend également dans son avis, mérite d’être, une fois de plus, rappelé car il précise très clairement que les Etats doivent fournir aux personnes en situation de handicap « des services de santé sexuelle et génésique et des programmes de santé publique communautaires ».

    Il est urgent d’être humaniste

    Il faut prendre de la hauteur dans ce débat intime et profond, faire preuve d’humanisme et ne pas rajouter une souffrance à une souffrance en venant avec des analyses partisanes d’un avis d’un Comité de Sages que j’entends personnellement respecter.

    Quelles sont alors les urgences ? Elles sont nombreuses, à mon sens, et j’en liste quelques-unes.

    1. Travailler aux conclusions de l’Avis via des dispositifs législatifs, pour « promouvoir, protéger et assurer la pleine et égale jouissance de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales par les personnes handicapées et de promouvoir le respect de leur dignité intrinsèque » (Avis 74).
    2. Trouver les pratiques adaptées pour les institutions dans lesquelles la personne handicapée séjourne ou pour l’association à laquelle elle appartient.
    3. Engager des mesures de protection des personnes handicapées face au risque de maltraitances sexuelles.
    4. Répondre aux difficultés des soignant.e.s quand il y a une trop lourde érotisation de la relation de soin, ce qui est par ailleurs absolument normal. Il faut, comme le note l’Avis, « délester les relations d’aide et de soin d’une ambiguïté parfois difficile à vivre pour les aidants et les soignants ».
    5. Sensibiliser, donner l’information et la formation en matière de vie sexuelle et affective, que l’on soit accompagnant.e professionnel.le ou accompagnant.e naturel.le.
    6. Voir si chaque institution prévoit la possibilité d’une écoute attentive, de solutions pratiques et de plans d’actions concrètes et pas spiritualistes. L’avis veut que l’on regarde si les « infrastructures matérielles et les règles de fonctionnement des lieux de vie communautaires, qui a pour but de ménager aux usagers des espaces d’intimité, sont protégés de l’intrusion d’autrui (soignants ou usagers) ».
    7. Travailler à l’élaboration de chartes définissant des règles et une vraie politique en matière d’assistance sexuelle et permettre à la personne handicapée d’être elle-même l’acteur de sa propre vie.
    8. Travailler à l’autonomisation, l’intégration et de qualité de vie des personnes handicapées, avec, comme le demande l’Avis, une « approche sociale du handicap qui n’exclut pas une approche anthropologique ».
    9. Je cite cette phrase forte : « Le droit à vivre sa sexualité ne se pose pas comme un « droit-créance », mais plutôt comme un engagement de la part de la société, à garantir autant que possible à tous ses membres un accès égal à l’exercice de ce droit. »

    En finir avec un faux féminisme !

    Un tout dernier mot. Dans la “Carte blanche” et dans de multiples interventions apparaît un recours au féminisme. J’ai dit plus haut combien ce n’en est pas un et combien il oublie les hommes, les orientations sexuelles et également combien il est malheureusement hétérocentré et hétéronormé.

    Le Comité fait d’ailleurs remarquer que l’ « asexuation » que l’on inflige aux personnes handicapées est bien plus grande et plus lourde à vivre chez les femmes handicapées. Signe pour moi que mes collègues féministes – en fait elles sont abolitionnistes – sont totalement partiales.

    A leur pseudo-féminisme, je préfère celui de Christiane Taubira qui disait récemment dans Libération : « Le féminisme est un humanisme, ce n’est pas une guerre de tranchées. Être impitoyable envers un comportement sexiste n’est pas faire la guerre à l’autre sexe. »

     

    http://plus.lesoir.be/136917/article/2018-01-29/assistance-sexuelle-le-corps-des-femmes-nest-pas-vendre