• Julien Uyttendaele demande un cours d’éducation sexuelle sans tabous dans toutes les écoles

    L’information et la prévention en matière de vie affective et sexuelle dans le secteur de la jeunesse est pour moi une préoccupation essentielle. En juillet 2012, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a voté l’inscription de l’EVRAS dans les missions de l’école: “l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle” est donc une obligation pour toutes les écoles de Wallonie et de Bruxelles. Où en sommes-nous?

    Malheureusement, des inégalités persistent entre élèves de l’enseignement professionnel, technique et spécialisé et ceux de l’enseignement général face à ce droit élémentaire.

    En effet, certains établissements scolaires sont parfois plus réticents à organiser des animations EVRAS. Plus grave: les professionnels de terrain constatent que des associations défendant des thèses totalement contraires à nos valeurs fondamentales se baladent dans nos écoles. Par exemple, des groupes catholiques peuvent donc toujours y exposer leur “vision” de la sexualité.

    Comment alors expliquer que nos élèves n’ont toujours pas un accès égal à l’information et à la prévention en matière d’éducation sexuelle et affective?

    Afin de rendre effectif le droit pour chaque jeune Bruxellois à une éducation affective et sexuelle, des efforts ont été fournis, d’autres annoncés. Comme développé par la Ministre Céline Fremault à l’occasion de l’une des mes précédentes interpellations (lire ici), deux étapes majeures ont été remplies afin de renforcer l’accès de TOUS les élèves bruxellois à l’EVRAS:

    1. L’enveloppe budgétaire dédiée a été augmentée en 2016 et 2017. En 2016, le budget était passé de 300.000€ à 400.000€. En 2017, il est passé à 500.000€.
    2. La deuxième étape visait à mettre en place un partenariat avec la Ministre Schyns responsable des centres PMS. Il était alors notamment question de mettre en place une cartographie d’EVRAS couvrant l’activité des centres de planning, mais aussi des Centres PMS.

    En 2017, la Ministre Fremault annonçait par ailleurs avoir financé une mission de prospection afin de convaincre de nouvelles écoles d’effectuer des animations EVRAS via les centres de planning bruxellois. Une collaboration a également été mise en place entre les Cabinets Fremault et Schyns se partageant la compétence. Rappelons enfin que le décret “Missions”  mentionne pour chaque école de la Communauté française l’obligation de répertorier spécifiquement les données des activités EVRAS tous les trois ans.

    Comment expliquer alors (et justifier!) que nos élèves n’ont toujours pas un accès égal à l’information et à la prévention en matière d’éducation sexuelle et affective? Je m’étonne que, face aux révélations de la presse [1], le Cabinet de la Ministre de l’enseignement Schyns regrette ne pas disposer de données exhaustives relatives à la couverture globale de l’EVRAS en milieu scolaire: combien d’écoles ne respectent pas le décret de 2012 qui inscrit l’EVRAS dans leurs missions; pour quelles raisons?

    Pour le savoir, j’ai interrogé ce vendredi 30 novembre la Ministre Fremault, en séance plénière du Parlement francophone bruxellois.

     

    Mes questions étaient les suivantes:

    • Comment expliquer qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle et malgré les efforts annoncés, de recueil de données global sur l’EVRAS et quels sont les contacts à ce sujet avec les autres collègues ?
    • L’augmentation du budget dédié à l’EVRAS a-t-elle permis l’élargissement de la couverture des écoles bruxelloises? Comment se chiffre-t-il? Combien d’heures d’animation EVRAS ont-elles été délivrées durant l’année scolaire 2017-2018? Combien d’élèves et d’établissements scolaires ont-ils été touchés?
    • Annoncé en 2016 dans l’objectif d’identifier les associations qui vont dans les écoles effectuer des animations, quel est aujourd’hui, l’état d’avancement de la création d’un Label EVRAS? Sera-t-il, comme je le demandais, rendu obligatoire pour fournir de telles formations aux jeunes?

    En réponse à mon interpellation, la Ministre Fremault a dressé un un état des lieux des mesures et avancées prises en matière d’EVRAS par le Gouvernement depuis le début de la législature. Voici texto ce qu’elle nous a expliqué!

    “D’abord : la mise en place d’une véritable cartographie bruxelloise reprenant l’ensemble des animations effectuées par les centres de planning familial par le biais d’un logiciel performant. Pour rappel, la généralisation des animations EVRAS est inscrite noir sur blanc dans l’accord de majorité. Depuis le début de la législature, nous avons souhaité renforcer les animations EVRAS, via les centres de planning familial, dans les écoles bruxelloises. Depuis 2014, nous avons fait des efforts conséquents puisque le budget a été doublé pour renforcer les animations EVRAS dans les écoles, passant de 300.000 à 600.000 euros.

    Le label reste une priorité. Il importe, en effet, de labelliser une série d’acteurs comme les asbl spécialisées et les centres de planning afin de s’assurer qu’ils ont l’expérience requise pour pouvoir entrer dans les écoles et effectuer des animations EVRAS. Nous espérons toujours aboutir à un accord sur le projet de label. Concernant le caractère obligatoire du dispositif, la question n’a pas encore été tranchée en Fédération Wallonie-Bruxelles. Faute d’accord sur le projet entre les ministres concernés dans les semaines prochaines, nous envisagerons alors la création d’un label bruxellois.

    Nous comptons approfondir la réflexion, car le projet EVRAS aborde un moment-clé de son évolution.

    J’aimerais toucher un mot sur le recueil de données commun en matière d’animations. En effet, tous les centres PMS doivent encoder leurs animations dans les écoles grâce au soutien de la ministre de l’Enseignement depuis l’année scolaire 2015-2016. La ministre de l’Enseignement a financé l’adaptation du module EVRAS dans JADE, un processus informatique, afin qu’il soit accessible aux centres PMS.

    Les formations des quelque 200 centres ont été assurées. Il s’agit d’une avancée majeure qui nous permet d’avoir une vision complète des animations à Bruxelles, c’est-à-dire un recueil de données unique, complet, et actualisé avec les animations effectuées par les centres de planning, et par les centres PMS. Nous voulons donc renforcer la présence des animations Evras dans les écoles qui ne sont pas encore touchées. J’ai lancé une mission d’objectivation de ces animations à travers la cartographie effectuée par les centres de planning. Aujourd’hui, le résultat est plus que satisfaisant. Nous disposons d’une véritable cartographie des animations bruxelloises réalisées par les centres de planning à Bruxelles, reprenant le nombre d’écoles touchées, le nombre d’élèves et les thèmes abordés. Ce bel outil sert de base indispensable à la généralisation de l’EVRAS. Nous pouvons formuler aujourd’hui des données précises, et non plus des estimations comme par le passé.

    Je peux aujourd’hui vous communiquer les données suivantes pour l’année scolaire 2017-2018, données ont été récoltées grâce au logiciel :

    230 établissements scolaires ont bénéficié d’animations Evras, contre 190 en 2015-2016 (soit une hausse de 40 unités), ce qui correspond à minimum 28.628 élèves. Les 27 centres de planning familial laïques et pluralistes ont dispensé 6.229 heures d’animations, tous financements confondus, contre 4.268 heures pour l’année scolaire précédente. Enfin, le total de 10.552 heures animateurs sont réparties comme suit : 4.357 dans le cadre de l’agrément Cocof et 5.861 dans le cadre de l’appel à projets.

    L’augmentation du budget consacré à l’EVRAS a effectivement permis d’élargir la couverture des écoles bruxelloises. Cependant, il convient de souligner un élément important, qui devrait faire l’objet d’un travail en commission. Nous nous sommes rendu compte que, malgré nos efforts budgétaires, certaines écoles et certains élèves n’ont pas la chance de bénéficier d’une animation EVRAS. L’enseignement primaire et secondaire ordinaire en est le principal bénéficiaire. Les autres niveaux et types d’enseignement restent peu touchés.

    En concertation avec le secteur, nous avons demandé une étude d’évaluation, afin de comprendre pourquoi, malgré un effort budgétaire important, les heures d’animation n’augmentaient pas au même rythme partout et pourquoi certaines écoles en restaient exclues.

    Les principaux objectifs de l’étude sont l’identification des obstacles, des contraintes et des freins que rencontrent ces écoles. Cette recherche-évaluation a débuté et un premier comité de suivi s’est déjà réuni. Afin d’accompagner la démarche méthodologique de la recherche et de conseiller la chercheuse et les partenaires, le comité de suivi est composé de membres des centres de planning familial laïques et pluralistes, du Centre d’expertise et de ressources pour l’enfance (CERE), de chercheurs et experts indépendants et de membres de la Cocof. Il importe également d’intégrer une dimension d’évaluation au dispositif. Nous espérons que ce regard réflexif et cette recherche-évaluation aboutiront rapidement à des pistes concrètes d’amélioration et d’action, à partir des constats et des expériences. Cette étude est fondamentale pour l’avenir de l’EVRAS. Il est également fondamental de poursuivre ce travail en nous interrogeant sur ce que nous voulons dans les années à venir pour les écoles qui ne sont pas suffisamment touchées.

    La constante réflexion se poursuit aussi au travers de l’élaboration de salons EVRAS, un dispositif que j’ai initié pour la première fois en 2016. La première édition s’est tenue à Bruxelles et a permis à tous les acteurs de se rencontrer, de réfléchir aux problématiques et d’avancer ensemble dans la même direction. Vu le succès de cette première édition, nous avons organisé, le 25 octobre 2018, un second salon EVRAS, qui a rassemblé plus de 200 participants. Il avait pour thématiques les approches, les initiatives et les cadres de référence européens, en raison du travail sur les recommandations internationales, qu’il fallait présenter. Il est, en effet, également fondamental de se pencher sur la façon dont le sujet est traité chez nos voisins. L’analyse des cadres de travail utilisés à l’étranger peut bien évidemment inspirer nos propres pratiques, ainsi que les politiques à déployer en matière d’éducation à la vie sexuelle et affective. De nombreux intervenants originaires de France, des Pays-Bas, de Suisse et de Flandre, de même que le partenaire IPPF (International Planned Parenthood Federation, Fédération internationale pour le planning familial), ont fait le déplacement pour participer à l’événement.

    J’attends à présent le débriefing du deuxième salon, ainsi que les résultats de la recherche-évaluation sur l’EVRAS. Je vous propose de venir présenter les résultats en commission lorsque je les aurai reçus. Sur la base des recherches effectuées, de la présentation des outils et de la cartographie, le plus intéressant serait, selon moi, que le parlement formule une résolution prospective qui identifie les priorités à définir en la matière pour la prochaine législature. Nous avons beaucoup travaillé et bien progressé. Les outils, ainsi que la cartographie, sont là. Le plus intéressant est que le parlement s’empare de la question une fois que la recherche sera dans mes mains. Je vous en présenterai les résultats avec les chercheurs, et vous pourrez prendre une initiative parlementaire suite à cela.”

    Dans ma réponse, j’ai salué le travail mené : beaucoup de bonnes nouvelles. Partant du principe que tous les élèves doivent bénéficier de l’EVRAS, la réalisation d’une cartographie s’imposait. En Région bruxelloise, le nombre de formations tend clairement à augmenter et les écoles concernées sont passées de 190 à 230. Je me réjouis par ailleurs de la recherche-évaluation annoncée. Pour atteindre l’objectif de 100%, il importe en effet de recenser les difficultés rencontrées par certaines écoles. Les résultats de cette étude devraient, selon la Ministre, être disponibles au premier trimestre 2019 afin qu’un travail parlementaire puisse encore se faire.

    Selon moi, d’autres associations que les seuls centres de Planning familial et centre PMS sont accueillis dans les écoles. J’ai donc souligné l’opportunité de collecter les informations disponibles auprès des écoles elles-mêmes et non exclusivement auprès des centres de planning familial et des centres PMS.

    Pour l’avenir, et dans l’attente des résultats de l’étude en cours, je pense qu’un label contraignant est indispensable. La Ministre évoque, en cas d’échec des discussions avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, la création d’un label bruxellois. Un label général (et contraignant !) pour l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles serait évidement préférable.

    Je serai tout particulièrement attentif au développement de ces discussions.

    Enfin, dans l’objectif du respect du décret de 2012 et d’une généralisation de l’EVRAS à l’ensemble des élèves, j’ai poussé l’opportunité également d’adapter les formations EVRAS au type de public qui reçoit ces formations. Ayant moi-même participé à la deuxième édition du Salon EVRAS cette année, je constate que, dans l’enseignement spécialisé notamment, il faudrait prolonger la réflexion sur le cadre de référence et travailler de manière spécifique le contenu des animations EVRAS.

    La Ministre Fremault s’est engagée à faire en sorte que l’évaluation soit disponible le plus rapidement possible afin de pouvoir nous la présenter au mois de mars. En fonction, le Parlement pourrait pour déposer une proposition de résolution sur le sujet.

    Rendez-vous dans quelques mois pour le suivi…

    [1] Via sudpresse le 5 octobre dernier