• Enfin un cadre légal pour les Salles de consommation à moindre risques en Région bruxelloise!

    En matière de Réduction des risques liés à l’usage de drogues, la Belgique est en retard sur tous ses voisins. Des Salles de consommation à moindre risque sont opérationnelles depuis une trentaine d’années en Europe et à travers le monde . En trente années d’existence, ce dispositif a démontré son efficacité. Les objectifs sont clairs : réduire les risques liés à la consommation de drogues, tisser ou retisser du lien social avec des publics fragilisés pour que, in fine, ces usagers puissent retrouver une certaine dignité dans leur quotidien.

    Les salles de consommation à moindre risque constituent des portes d’entrée majeures vers les services de soins et vers les services sociaux les plus appropriés aux usagers de drogues. Plus que jamais, l’ouverture d’un tel dispositif représentait une urgence sanitaire dans notre Région. Sous mon impulsion et grâce au travail acharné entrepris avec le secteur depuis de nombreuses années, le Parlement francophone bruxellois a adopté ce vendredi 26 mai un Décret visance à offrir un cadre légal aux Salles de consommation à moindre risque.

    En 2017, l’Europe comptait environ 90 Salles officielles dans huit pays. Au Danemark, en Norvège, en Espagne, en Suisse et dans les quatre pays voisins de la Belgique: France, en Allemagne, au Luxembourg et aux Pays-Bas.

    La salle de consommation à moindre risque est un service ambulatoire qui offre aux personnes consommatrices de drogues un lieu protégé, sanitairement encadré, permettant de consommer dans des conditions socio-sanitaires optimales et sous la supervision d’une équipe pluridisciplinaire en vue de diminuer les risques pour leur santé. Mais ces salles constitue aussi un point d’accroche pour ces publics leur permettant un accompagnement socio-sanitaire, psychologique voire administratif sur le court, le moyen et le long terme.

    En trente années d’existence, ces salles ont démontré leur efficacité sur ces différents plans.

    Les Salles de consommation à moindre risque permettent en complément de tous les dispositifs d’accompagnement existant, en complément des StériBornes, de capter des publics particulièrement désaffiliés.

    A quoi s’ajoute qu’il y a là un moyen pertinent de préserver et d’améliorer l’ordre public, en réduisant la présence de déchets liés à l’injection, sans pour autant augmenté la criminalité parfois associée à l’usage de drogues et aux lieux divers où celui-ci se pratique. Ces salles permettront de fortement réduire les scènes de rue, la consommation en plein air ainsi que leurs effets immédiats sur le sentiment tout à fait légitime d’insécurité et de désordre publique.

    Mais le plus important dans l’installation de ces salles c’est qu’il s’agit d’une réponse indispensable et proportionnée au besoin de développement d’une politique cohérente de promotion de la santé et de santé préventive pour les usagers de drogues et à la nécessaire mise en place d’un véritable réseau structuré de réduction des risques.

    Un tel dispositif, tout comme les comptoirs d’échange et les Stéribornes, ont également des vertus au niveau des finances publiques. Quand on sait que la consommation de drogues est responsable de 85% des hépatites C, que 80% des usagers de drogues par injection contractent l’hépatite C, généralement lors de leur première année de consommation et qu’un seul traitement coûte environ 70.000 euros, le rapport coût efficacité de ces salles est patent.

    Ne parlons même pas du nombre d’overdoses mortelles qui peuvent être évitées par ce biais. Constat très important : aucune overdose mortelle n’a été constatée dans ces lieux de consommation depuis leur création.

    Par ailleurs, ces salles permettent également de capter des publics fortement marginalisés en les guidant vers des structures d’aides et d’accompagnement, notamment en matière de réinsertions socio-administratives, de réinsertion dans un logement, en termes d’offre de traitements de substitution, de dépistages voire de sevrages.

    Les objectifs sont clairs : réduire les risques liés à la consommation de drogues, tisser ou retisser du lien social avec ces publics pour que, in fine, ces usagers puissent retrouver une certaine dignité dans leur quotidien.

    En parlant de quotidien, on peut aussi évoquer le quotidien difficile des personnes travaillant dans les dispositifs de réduction des risques, écartelés entre leurs objectifs et les règlementations paradoxales qu’elles doivent respecter. Je pense notamment à ces nombreux comptoirs d’échange qui distribue du matériel stérile et qui doivent ensuite demander à leurs usagers de quitter les lieux pour aller s’injecter leur produit… généralement entre deux voitures, dans un squat ou un parc.

    Il ne sert à rien de distribuer du matériel stérile si l’usager l’utilise dans un environnement sanitairement désastreux.

    Les dispositifs sont aujourd’hui incomplets et ma proposition vise à combler ce vide, ce qui permettra enfin de développer une politique de prévention des risques sanitaires cohérente dans le domaine.

    Cette proposition s’inscrira donc dans la mission de réduction des risques. Des règles claires devront être respectées par les services voulant ouvrir un tel dispositif :

    1. Disposer de locaux adaptés en termes de logique de trajectoire de soins, transdisciplinaire et d’accueil inconditionnel
    2. Organiser une collaboration effective avec un ou plusieurs établissements hospitaliers ;
    3. Disposer d’un contrat à faire signer préalablement par chaque usager de la salle.
    4. Organiser des rencontres périodiques avec le voisinage et disposer d’une ligne téléphonique directe permettant aux riverains de prévenir les responsables de la salle en cas d’événements problématiques.
    5. Disposer d’une convention de collaboration établissant  un lien structurel avec la zone de police concernée et le service de prévention de la commune concerné.

    La proposition de décret fixe également l’équipe pluridiscipinaire minimale que le service doit disposer en propre ou par convention pour ouvrir un tel dispositif. Il s’agit notamment de personnel pour les fonctions médicales, psychologiques, sociales indispensables au bon fonctionnement de la salle.

    En bref, les Salles de consommation à moindre risques visent à remplir huit objectifs:

    1. atteindre la population cible des consommateurs de drogues à hauts risques;
    2. procurer un environnement sain, sécurisé, médicalisé et surveillé par du personnel compétent;
    3. réduire la morbidité́ et la mortalité;
    4. stabiliser et améliorer l’état de santé physique et mentale;
    5. réduire l’usage des drogues dans l’espace public et les diverses nuisances associées;
    6. prévenir la criminalité́ dans et aux abords des lieux de consommation,
    7. réduire les problèmes multiples liés aux dépendances et aux assuétudes
    8. travailler au déploiement de solutions curatives à la toxicomanie, en vue d’une abstinence si possible.

    Enfin cette proposition permettra de moderniser, dans un cadre restreint la loi de 1921 sur les stupéfiants qui avait notamment pour objectif d’interdire les fumeries d’opium (nous étions en 1921…) mais qui, par ce biais, interdisait selon certains la création de salles de consommation à moindre risque.

    Nous donnons donc par ce décret un sérieux coup de jeune à cette loi surannée. En espérant que cette vieille loi ne fêtera pas son 100e anniversaire…

    Un premier grand pas en avant a été franchi aujourd’hui. Le combat continue.