• Ruches Apicultures Bruxelles

    Pour une Région bruxelloise “Beefriendly” : le besoin d’un équilibre vital entre abeilles sauvages et domestiques

    Ce mardi 14 janvier, en Commission de l’environnement, j’ai interpellé le Ministre Maron, sur l’installation de ruches en Région Bruxelles-Capitale et la gestion des différentes populations d’abeilles .

    Le déclin des populations d’abeilles à travers le monde représente une menace sérieuse. Changement climatique, agriculture intensive, usage de pesticides et pollution sont des facteurs de dangerosité d’une extrême diversité.

    L’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a demandé aux pays “de faire davantage” pour “protéger ces alliés indispensables dans la lutte contre la faim et la malnutrition”.

    Or les abeilles et autres pollinisateurs ont un impact sur 35 pour cent de la production agricole mondiale et près des deux-tiers des plantes cultivées nourrissant la population mondiale dépendent de la pollinisation réalisée par des insectes pour produire des fruits de bonne qualité et des semences destinées à la consommation humaine[1].

    Les résultats publiés en 2013 dans la revue Science[2] mettent en évidence le bénéfice du maintien de la biodiversité́ des abeilles sauvages à proximité́ des milieux de culture. En Belgique, environ 380 espèces d’abeilles ont recensées[3], mais une seule espèce fait du miel, l’abeille domestique ou Apis Mellifera.

    Or des études récentes démontrent très clairement que les abeilles sauvages peuvent être parfois plus efficaces que leurs cousines domestiques[4] pour la pollinisation[5].

    Une étude menée sur une durée de trois ans à Paris montre toute l’importance de l’abeille domestique pour la biodiversité parisienne. Ces abeilles domestiques consomment littéralement toutes les ressources florales disponibles, ne laissant presque rien aux abeilles sauvages.

    La diversité́ des abeilles sauvages n’est cependant pas faible dans les milieux urbains et l’implantation de colonies d’abeilles domestiques s’est faite sans que l’on se soit préoccupé́ des espèces sauvages qui s’y maintiennent encore.

    Paradoxalement, les abeilles sauvages trouvent depuis quelques années refuge dans les zones urbaines car elles peuvent s’avérer être un meilleur refuge que les zones de cultures traitées.

    Moins de pesticides, des températures plus clémentes, une floraison abondante dans certains parcs ou encore la présence d’espaces de nidification insoupçonnés, tous ces lieux urbains regorgent de ressources réelles[6]. Mais malheureusement elles y sont mises en concurrence avec les abeilles domestiques nouvellement installées par l’homme.

    Mettre des ruches partout est une démarche aux intentions louables a priori, mais pas aussi bénéfique qu’il n’y paraît. Ces dernières années, les toits des grandes villes ont assisté à l’installation massive de ruches. On recense près de 500 ruches à Bruxelles.

    Or, dans les villes, l’implantation de colonies d’abeilles domestiques pose vraiment question. L’étude menée par Isabelle Dajoz[7], chercheuse en écologie à l’université Diderot, révèle parfaitement l’effet négatif du trop grand nombre de ruches en ville sur la biodiversité. Et c’est un constat qui avait déjà été établi par des chercheurs de l’Université de Cambridge, dans une étude parue en janvier 2018 dans la revue Science[8].

    Sur le plan légistique, on précise seulement les distances à respecter entre le rucher et une habitation ou la voie publique. Cependant, au-delà de trois ruches, il faut un permis d’environnement, à demander auprès de l’administration communale.

    Il n’en demeure pas moins que la pratique de l’apiculture demande un savoir-faire spécifique. Or, à cet égard, les formations ne sont pas obligatoires à Bruxelles, alors qu’il est patent que l’inexpérience des apiculteurs urbains peut aussi causer des problèmes sanitaires dans les ruches. Il y a donc une question afférente et complémentaire de bien-être animal.

    En réalité, pour retrouver un équilibre dans cet écosystème, il faudrait moins d’une ruche au kilomètre carré, en sorte d’éviter une surpopulation d’abeilles[9]. Par exemple, de telles mesures ont déjà été prises dans plusieurs villes françaises, comme à Besançon et Metz qui ont interdit l’installation de nouvelles ruches sur l’espace public. Aujourd’hui Metz compte douze ruches, pas une de plus. Il en est de même à Montréal[10] où l’on s’interroge aussi sur sa politique apicole.

    Au regard de cet ensemble, voici les questions que j’ai posées au Ministre :

    • Avez-vous des informations sur l’état des colonies d’abeilles sauvages en Région Bruxelles-Capitale ?
    • Un cadastre des ruches en région Bruxelles-Capitale existe-t-il ?
    • Quels sont les outils permettant de vérifier que la réglementation en vigueur est respectée ?
    • Une étude d’impact sur l’installation de ruches en milieu urbain a-t-elle été réalisée ?
    • Comment s’assurer qu’un propriétaire de ruches est suffisamment formé pour gérer 10 000 (en période hivernale) à 40 000 abeilles ?
    • Quelles sont les garanties nécessaires pour s’assurer que la surveillance et la prophylaxie des maladies des abeilles sont conduites selon la règlementation et les procédures les plus efficaces connues à ce jour ?
    • A qui incombe la responsabilité de récupérer les essaims qui se retrouvent dans l’espace publique suite aux essaimages ?
    • Enfin, il arrive que des colonies se montrent très agressives[11], si bien que peu d’apiculteurs même chevronnés y sont préparés. Comment dès lors retrouver la ruche d’origine et quelles sont les mesures à l’encontre de son propriétaire ?

    Dans sa réponse, le Ministre a d’abord rappelé que le miel bruxellois est indéniablement qualitatif et ce, en partie, grâce à la faible présence des pesticides. La présence de ruches peut également faire l’objet de projets pédagogiques intéressants. Néanmoins, il convient d’être vigilant, de réaliser un état des lieux et de veiller à un équilibre entre les populations d’abeilles sauvages et domestiques et préserver la biodiversité.

    Il a mentionné la présence d’un Atlas des Abeilles Sauvages de la Région de Bruxelles-Capitale qui est en cours de réalisation sous le nom wildbnb. Il s’agit d’un projet de recherche et d’éducation financé par Bruxelles Environnement pour 2019-2020 et ayant pour objectif de mieux cerner la diversité, la répartition, l’abondance, l’évolution des populations et les besoins écologiques de plus de 150 espèces d’abeilles sauvages présentes à Bruxelles. Cet atlas est basé sur des observations dans l’espace public et il devrait être finalisé pour le second semestre 2020.

    Par contre, un cadastre des ruches doit encore être établi sur la base des déclarations annuelles des colonies comprenant les données de localisation, de race, ainsi que l’état sanitaire de la colonie.

    Pour le Ministre, c’est une étape importante pour établir une politique cohérente de conservation et actuellement cette vue d’ensemble n’est pas disponible. Il est donc difficile de réaliser une mesure d’impact mais une avancée sur ce point à présent prévue.

    Sur le plan des obligations qui s’appliquent à l’apiculture, elles sont régies par le code rural de … 1886 !

    Leur contrôle est évidemment rendu difficile par le manque de connaissance de la localisation des ruches. En 2015, moins de la moitié des ruchers connus faisaient l’objet d’un permis d’environnement. Les apiculteurs se limitent souvent à 3 ruches, seuil en deçà duquel ils bénéficient d’une exemption de permis.

    La question du contrôle, qui incombe pour l’instant aux Communes, devra donc se poser et faire l’objet d’un rapprochement avec Bruxelles Environnement, surtout si de nouvelles dispositions légales devaient voir le jour. À titre d’exemple, le code rural n’a pas prévu à l’époque de disposition quant à l’installation de ruches en toiture.

    Le contrôle sanitaire dépend, quant à lui, des compétences fédérales et de l’AFSCA en particulier.

    Sur le plan de la formation, le Ministre reconnaît qu’actuelle aucune n’est obligatoire. Il existe pourtant des formations reconnues dispensées par les fédérations apicoles et divers organismes.

    Il a annoncé que Bruxelles environnement contactera à cet effet les responsables au sein de la COCOF pour traiter du contenu de ces formations et des subventions qui y seront allouées.

    Pour  la question de la responsabilité de récupérer les essaims, après les essaimages, le Ministre a expliqué que, selon le code rural, un apiculteur reste propriétaire de l’essaim d’une de ses ruches tant qu’il le suit du regard et le réclameSi cela fait sourire, c’est bien parce qu’elle est d’un autre âge.

    Si le propriétaire de l’essaim n’exerce pas son droit de suite ou cesse sa poursuite, l’essaim est alors abandonné et redevient « sans maitre » : RES NULLIUS. L’article L 211-9 du Code Rural nous dit que l’essaim appartient au propriétaire du terrain sur lequel il s’est « fixé ».

    Mais les essaims sont généralement récupérés par des apiculteurs appelés à la rescousse ou par les services des pompiers de plus en plus formés à ce type d’intervention. Mais quoi qu’il en soit, il reste difficile d’identifier un essaim surtout en l’absence de cadastre.

    Dans ma réponse, j’ai dit au Ministre combien je me réjouis de la création d’un Atlas dédié dont la finalisation est annoncée pour le seconde semestre de cette année.

    Concernant la création du cadastre,  de la formation, de la mesure d’impact et de l’adaptation des textes, nous n’en sommes pour l’instant qu’au début et rien n’est encore à l’agenda.

    Je serai vigilant quant à l’évolution de ce dossier dans lequel le très petit peut avoir de grandes conséquences sur notre environnement.

    Suite à mon interpellation, retrouvez l’article dans le soir :
    https://plus.lesoir.be/273195/article/2020-01-15/les-abeilles-restent-dans-le-brouillard

     

    [1]   Le déclin des populations d’abeilles menace la sécurité alimentaire et la nutrition à l’échelle mondiale – FAO
    http://www.fao.org/news/story/fr/item/1194959/icode/

    [2]   https://science.sciencemag.org/content/359/6374/392

    [3]   Rasmont et al. 1995

    [4]   Larsson 2005 ; Banda & Paxton 1991; Willmer et al. 1994; Buchmann & Nabhan 1996, et références ci-dessous; Richards 1996; Cane 2002

    [5]   Bosch & Blas 1994; Wallace et al. 2002; Ne’eman et al. 2006; Ostevik et al. 2010; Cane et al. 2011; Woodcock et al. 2013

    [6]   https://www.letemps.ch/sciences/abeilles-sauvages-disparaissent-faute-dhabitats

    [7]   ROPARS Lise, DAJOZ Isabelle, GESLIN Benoit. La diversité des abeilles parisiennes. OSMIA, Observatoire des Abeilles, 2018, pp.14-19. hal-01858864
    https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01858864/document

    [8]   https://science.sciencemag.org/content/359/6374/392

    [9]   ROUET, Sébastien – En ville, la surpopulation d’abeilles menace… les abeilles – 28/10/2019 https://www.geo.fr/environnement/en-ville-la-surpopulation-dabeilles-menace-les-abeilles-198339

    [10] CORRIVEAU, Jeanne – Y a-t-il trop d’abeilles à Montréal ?in Le Devoir – 27 août 2019
    https://www.ledevoir.com/politique/montreal/561418/trop-d-abeilles-a-montre

    [11] Une colonie d’abeilles agressives : que faire ? https://unrucheraujardin.blogspot.com/2016/10/que-faire-dune-colonie-dabeilles.html