• CES Las Vegas

    Au grand show technologique de Las Vegas, nos entreprises bruxelloises ont encore brillé par leur absence. Une responsabilité politique?

    Du 7 au 10 janvier se tenait à Las Vegas le Consumers Electronics Show (CES) de 2020. C’est un rendez-vous incontournable des nouvelles technologies et des innovations « high-tech », ce salon a accueilli 175000 visiteurs qui pouvaient rencontrer plus de 4500 exposants durant cette 53eédition1.

    Si certaines innovations présentées prêtent à sourire ou relèvent d’un gag manifeste comme le projet « BPZ lab » et sa pomme de terre connectée2, d’autres posent les fondements de notre futur technologique.

    On comprend donc que 16 PME et startups belges soient présentes pour tenter de bénéficier de cette vitrine gigantesque. Elles sont implantées à Mons, La Hulpe, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Thulin, Mont-Saint-Guibert, Limal, Fraire, Tournai, Corbais, Andenne, Mellery – Villers-la-Ville, Lasne et 4 sociétés Liégeoises complètent cette délégation qui ne compte aucune PME ni startup bruxelloises3.

    Fait également interpellant, sur les 16 sociétés présentes cette année, dix étaient déjà là en 20194. De plus, Capela et ALX ont été présentes aux éditions de 2018 et 20195. Notons également que six entreprises flamandes l’ont fait de manière individuelle.

    Malgré la difficulté à obtenir des chiffres précis sur les retombées économiques et les contrats signés, en raison des clauses de confidentialité, les retours semblent cependant positifs et l’engouement semble intact puisque l’AWEX a déjà signé pour l’édition de 20216.

    Si la présence belge dans ce type de salon a un coût indéniable (175.000 euros pour deux stands7 placés à deux endroits du salon), on serait en droit de souhaiter voir se développer une « Brussels Tech », voire une « Belgian Tech » pour toutes les entités fédérées, ce qui permettrait de limiter les coûts et de souligner l’identité bruxelloise ou belge des entreprises présentes dans ces salons. 

    En 2017, j’avais déjà interrogé la Ministre de l’époque sur l’organisation d’une participation collective par les agences régionales de promotion des exportations : Flanders Investment & Trade (FIT), l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (AWEX) et Brussels Invest & Export (BIE).

    Et il semble aujourd’hui évident qu’il n’y a pas eu plus de collaboration pour la promotion de l’édition de 2020 que pour celle de 2017.

    J’ai donc demandé à notre Ministre un bilan sur l’attitude de la Région et une mise au point quant à sa vision politique puisqu’il existe bien deux types d’aides auxquelles les entreprises désireuses de se rendre au CES, ou à un autre salon, peuvent faire appel. 

    La première vise la prospection de marchés hors Union européenne. Pour en bénéficier, l’entreprise doit introduire sa demande auprès de l’administration, au plus tard dix jours calendrier avant le début du voyage. En cas d’octroi, elle aura droit à une intervention de 50% dans les frais de voyage et de logement, pour un maximum de deux personnes et dix jours consécutifs. Cette aide est plafonnée à 20.000 euros et cinq voyages par an. 

    La deuxième aide a trait à la participation à des foires à l’étranger. L’entreprise peut introduire sa demande d’aide au plus tard le jour précédant l’ouverture de la foire. Elle a alors droit à une intervention de 50% des frais liés au stand, au transport et au logement, voire de 75% si elle a moins de quatre ans, avec un plafond de 4.000 euros par salon. Une entreprise peut solliciter cette aide quatre fois par année civile, et à quatre reprises pour le même salon. 

    J’ai posé trois questions au Ministre :

    • L’arrêté régissant les aides à l’exportation a-t-il été modifié pour en raccourcir les délais ?
    • La Région bruxelloise organise-t-elle une campagne d’information à l’intention des entreprises bruxelloises pour faire connaître ce type d’évènements ?
    • Quels sont les outils de communication existant pour promouvoir les soutiens financiers ou logistiques de la Région bruxelloise incitant les entreprises bruxelloises innovantes à participer à de tels salons technologiques ?

    Selon le ministre, le salon CES est un salon B2C et tourné vers la vente des produits hardware.

    Or, dit-il, à Bruxelles, les entreprises produiraient principalement des softwares et favoriseraient les salons B2B qui auraient un retour sur investissement plus important. Ce sont les raisons pour lesquelles ce salon n’est pas une priorité pour hub.brussels ni pour la région.

    Cependant, ceci paraît étonnant car  l’IOT (Internet of Things, ou Internet des Objets) a été déclaré parmi les trois priorités du plan régional pour l’entrepreneuriat high-tech, dans le plan NextTech.brussels voté en 2017 par le Gouvernement de la région bruxelloise.

    L’Internet des Objets est un domaine clé de l’éco-système de Bruxelles High Tech et plusieurs entreprises et startups sont actives dans différents sous-domaines, tels que Smart Cities, Smart Building, Télématique, Smart Industries … Toutes les expertises IOT, hardware et télécoms sont présentes à Bruxelles8 ! Les incubateurs d’IOT, les accélérateurs et le fab-lab aident également à rassembler et développer toutes ces qualifications.

    IOT Factory dont la mission est d’aider les Startups IOT à se développer en Belgique et à l’étranger, grâce à son programme Accelerator, a été sélectionné par la Région bruxelloise en tant qu’accélérateur IOT officiel.
    Ils étaient d’ailleurs bien présents, avec un partenaire, au Consumer Electronics Show (CES) à Las Vegas, du 7 au 10 janvier 2020 afin de présenter un nouveau tracker GPS9, destiné aux animaux domestiques, à la localisation des personnes âgées ou aux adaptes de sports nautiques.

    Rappelons qu’en terme de potentiel de marché, McKinsey estime le marché mondial de l’IoT à 11,1 billions de $ (d’ici à 2025) et l’institut de recherche technologique Gartner évalue quant à elle le marché des objets connectés à 21 milliards d’ici à 2020.

    C’est la raison pour laquelle impulse.brussels met l’accent sur ce secteur10 et qu’en 2019, le cluster a orienté son accompagnement sur 3 axes innovants dont le développement et le financement des technologies innovantes liées à l’audiovisuel (process, hardware11, software…).

    En terme de hardware, citons Sailsense12, une startup proposant un système d’aide à la navigation ou encore Cowboy qu’on ne présente plus. Néanmoins, et de leur propre aveu, avant de se lancer dans le hardware13, les trois jeunes entrepreneurs du vélos électrique habitués au software, du logiciel, ont su s’entourer de fabricants bien établis et ont dû apprendre les bases du design industriel.

    Et c’est peut-être sur ce levier qu’il convient d’agir : la formation et l’accompagnement.

    Bien entendu, les entreprises intéressées peuvent faire appel à des aides diverses. Des campagnes d’informations ponctuelles ont lieu sur les réseaux sociaux et une brochure papier est éditée par hub.brussels existe.

    Ainsi, deux entreprises ont introduit des demandes de subsides pour des voyages de prospection commerciale en tant que visiteurs au CES mais aucune pour participation en tant qu’exposant.

    Une communication spécifique à l’intention des entreprises bruxelloises n’a pas été faite. Pour ce type d’évènements, c’est à dire des salons digitaux internationaux qui sont intégrés dans le plan d’action de hub.brussels, différents canaux dont ceux des clusters et du département international soutiennent la visibilité. C’est le cas de nombreux salons tels que le Mobile World Congres, le VivaTech, le Techcrunch Disrupt ou le Web Summit,

    Ces salons conviennent mieux à l’activité et au profil des entreprises bruxelloises et peuvent compter sur une dizaine de participations chacun.

    J’ai été satisfait que le ministre se montre enthousiaste concernant une « Brussels Tech », voire une « Belgian Tech » pour toutes les entités fédérées. Il a mentionné son intention de convaincre ses homologues, y compris au fédéral, d’agir dans ce sens. Il n’a toutefois pas manqué de souligner que toutes les régions ne partagent pas cette volonté de mutualisation.

    Je ne manquerai pas de suivre l’évolution de ce dossier.

    [1] Que cherchent les entreprises en visite au CES de Las Vegas ? (LE BOLZER Julie) – Les Echos EXECUTIVES – 08/01/2020

    [3] CES 2020 Digitalwallonia.be

    [4] Libre ECO – (LOVENS Pierre-François) – 05/01/2020

    [5] Digitalwallonia.be 2018 2019 2020

    [9] Le Pets Tracker présenté lors du CES-2020 à Las Vegas – ANCIAUX Lionel – 28/12/2019

    [10] 10 objectifs pour booster l’entrepreneuriat tic à bruxelles – Plan NextTech Brussels – IMPULSE.BRUSSELS 2017-2020

    [11] screen.brussels confirme son envol – Communiqué de presse – 23/01/2020

    [12] Avec sailsense, l’aide à la navigation a le vent en poupe – 1819.brussels – 14/06/2018

    [13] Cowboy, la start-up belge qui réinvente le vélo électrique – CHASSAGNE Julien – 15/05/2018