• Perruches à Bruxelles : la vague verte n’est pas celle qu’on pense

    « Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux » chantait Pierre Perret en évoquant les canaris jaunes, les bengalis et les perruches de la concierge. Il n’imaginait sans doute pas qu’aujourd’hui le nombre de perruches s’élèverait à 20 0001 selon les estimations.

    Pour rappel, trois espèces de perruches exotiques se reproduisent en Belgique.

    • La perruche à collier (Psittacula krameri) est présente à Bruxelles depuis 1974, date à laquelle le zoo du Heizel à libéré plusieurs spécimens. Aujourd’hui largement répandue en milieu urbain, on observe même des populations dans d’autres villes (La Louvière, Anvers…)
    • La conure veuve (Myiopsitta monachus) a été observée pour la première fois à Bruxelles en 1979. Sa population serait également issue d’individus initialement en captivité et son effectif très faible est localisé à Bruxelles.
    • La perruche Alexandre (Psittacula eupatria) est apparue en 1999, date à laquelle ont été observés les premiers spécimens. Là encore, il s’agit d’individus échappés de captivité. En expansion, ses effectifs actuels restent malgré tout limités.

    En l’absence d’ennemis naturels, exception faite du faucon pèlerin (Falco peregrinus), la perruche prolifère2, au point que l’on craint aujourd’hui qu’elle ne supplante les espèces animales indigènes. De plus, les perruches observées au dortoir de l’OTAN ont su adapter leur comportement suite aux attaques des faucons pèlerins et rejoignent désormais les arbres-dortoirs au dernier moment quand une quasi-obscurité s’est installée.

    De manière générale, les perruches auraient un impact relativement faible sur le milieu qu’elles fréquentent. Les seuls dégâts observés se situent au niveau des dortoirs et des lieux de rassemblement où les arbres ciblés peuvent en partie être défoliés (ce qui affecte certainement leur vitalité). De plus, la grande quantité́ de fientes sur le sol demande un nettoyage accru3.

    • Quel est l’impact sur le coût lié au nettoyage ?
    • La végétation dans les zones dortoirs est-elle surveillée ?
    • L’extension de la surface des dortoirs est-elle mesurée ?

    En Région bruxelloise, les perruches à collier se déplacent tous les jours, quittant chaque matin leur dortoir à Evere pour passer la journée au bois du Laerbeek par exemple. Cette colonie étant en constante augmentation, on constate l’arrivée à saturation de l’unique site de dortoir.
    La concurrence est réelle avec les espèces aviaires locales aux habitudes de nidification similaires (moineau, étourneau, sitelle torchepot). Les perruches vertes confectionnant leurs nids dans des cavités, pourraient gêner les espèces indigènes qui, comme le pic vert, le pic épeiche et les chauves-souris.
    Selon une étude effectuée en 2002, le nord-ouest de Bruxelles possède une grande disponibilité en cavités pour les oiseaux cavernicoles malgré le fort développement depuis plusieurs décennies de la perruche à collier et de la perruche Alexandre.
    Un travail de fin d’étude4 dont les résultats ont été publiés dans la revue Forêt Nature, inventorie les cavités arboricoles disponibles à Bruxelles. Il en ressort que la forte augmentation des perruches exotiques cavernicoles n’a pas entraîné de limitation de la ressource en cavités pour les oiseaux indigènes qui en dépendent. Globalement, seulement 17 % des cavités détectées ont été occupées par des oiseaux en 2016.
    La zone d’étude ciblait l’ensemble des zones boisées de la Région de Bruxelles-Capitale accessibles au public : les cimetières, les parcs et bois urbains ainsi qu’une partie de la forêt de Soignes.
    L’offre de cavités reste à ce jour abondante dans les parcs de Bruxelles, qui comptent beaucoup de vieux arbres5. Toutefois, l’augmentation des effectifs des populations de perruches et lerenouvellement des vieux peuplements forestiers bruxellois, pourrait limiter le nombre de cavités disponibles pour la nidification des oiseaux cavernicoles.

    J’ai donc posé ces questions :

    • Avez-vous pris connaissance de ce travail de fin d’étude ? Les chiffres datent de 2016, qu’elle est la situation actuelle ? L’étude sera-t-elle poursuivie ou complétée ?
    • Les résultats de cette étude ont-ils été intégrés dans le plan Canopée ?
    • Le potentiel « cavernicole » est-il un critère pris en compte dans la gestion des arbres (abattage, préservation, plantation) ?
    • Qu’en est-il des particuliers ? Sont-ils sensibilisés ? Une démarche d’observation et d’inventaire volontaire est-elle envisagée ?

    L’étude relève également qu’aucune cavité n’a été détectée sur des arbres de moins de 60 cm de circonférence et qu’au total, 89 % des cavités inventoriées se situent sur des arbres de plus de 160 cm de circonférence. Les arbres de 180 à 259 cm de circonférence comprennent quant à eux 61 % des cavités creusées par des picidés. Contrairement aux cavités d’origine naturelle (15 %), la majorité des cavités creusées par les pics se sont sur un arbre mort ou en partie mort (62 %).

    • Les arbres de plus de 100 cm de circonférence font-ils l’objet d’un référencement afin de vérifier la présence de cavités éventuelles ?
    • Les arbres présentant ce type de cavités font-ils l’objet d’une protection spécifique ou à minima d’un référencement ?
    • Les arbres morts présentent un haut potentiel en termes d’habitat. En l’occurrence font-ils l’objet d’une attention et d’une protection spécifiques ? Des vérifications sont-elles systématiques avant abattage ?
    • Le plan canopée intègre-t-il ces différents paramètres ?

    Selon certains spécialistes, sous nos latitudes, les perruches n’ont qu’un impact négligeable sur l’écosystème et il est possible qu’elles ne posent jamais de problème (contrairement à l’Espagne ou l’Israël où des impacts sur les récoltes agricoles ont été mis en évidence). Néanmoins, elles se nourrissent des fruits présents dans les arbres et peuvent également dégrader les bourgeons, ce qui peut avoir des conséquences sur les arbres fruitiers de la région.
    Leur adaptation rapide et leur extension en milieux urbains et suburbains, laisse craindre qu’elles ne s’aventurent, dans un futur proche, en dehors des villes.
    L’impact de leur régime alimentaire pourrait alors devenir problématique et elles pourraient toucher les cultures fruitières et céréalières ceinturant Bruxelles, comme la Région du Pajottenland au sud-ouest, si les conditions de nidification sont favorables.
    À terme, l’acclimatation probable de l’espèce au climat européen avec les générations futures, aura sans doute des impacts économiques à prévoir.

    • Cette hypothèse a-t-elle été retenue dans le calcul de la rentabilité des productions futures et plus particulièrement dans le cadre du projet de ceinture alimentaire issu de la stratégie good food ?

    Il existe en tous cas une certitude : les espèces exotiques ne connaissent pas de frontières administratives et les 3 Régions du pays doivent donc mettre en place des politiques coordonnées.

    • À quel stade se situe le dialogue avec les autres régions ?
      L’abondance de la nourriture semble suffisante pour éviter l’impact potentiel sur la régénération des arbres et pour l’instant, aucune observation de nourrissage en zone agricole n’aurait été rapportée sur le territoire belge. Seules quelques plaintes concernant des dégâts à la végétation dans des domaines privés ont été rapportées à Bruxelles.
    • À votre connaissance, les dispositifs habituels sont-ils adaptés et efficaces pour protéger les cultures des perruches ?
      A l’issu du projet scientifique de collaboration internationale appelé ParroNet6, des experts se sont rassemblés en septembre dernier. Si, des avis diamétralement opposés, émergent des propositions radicales, il est toutefois impensable que la région Bruxelles-Capitale envisage une éradication au nom du principe de précaution. Capture et stérilisation pourraient être la solution la plus éthique possible, mais elles impliquent un suivi minutieux.
    • Un groupe de réflexion a-t-il déjà étudié ce sujet ? Dans l’affirmative, quelles sont les solutions envisagées ?

    Une espèce exotique longtemps non problématique peut subitement adopter un comportement plus agressif et menacer la faune locale lorsqu’il y a compétition au niveau de l’habitat, de la nourriture et de la reproduction.
    Il faut lutter contre les nouveaux lâchers et les nouvelles introductions, et pointer le lien entre le risque d’invasion d’espèces et leur commerce.

    • Dès-lors qu’en est-il du commerce des perruches et des perroquets et quelles sont les dispositions actuelles ?
      Pour limiter le succès de l’établissement des perruches, il faudrait limiter le nourrissage d’origine humaine et informer la population quant à sa responsabilité7 sur les risques d’invasions biologiques.
    • Une campagne de sensibilisation a-t-elle été réalisée sur ce sujet ? Dans l’affirmative quels ont été les résultats observés ?

    Le Ministre a confirmé qu’en Région de Bruxelles Capitale, la population des trois espèces de perruches précitées sont surveillés par AVES-Natagora, à la demande de Bruxelles Environnement. Les résultats de ce suivi sont compilés dans des rapports d’activité annuels, qui peuvent être consultés sur le site web de Bruxelles Environnement.

    Selon cette étude, le nombre de dortoirs n’augmente pas en Région de Bruxelles-Capitale. On en compte entre 4 et 6. La superficie au sol de chaque dortoir est très réduite, elle se limite à la surface couverte par les quelques arbres qui abritent les perruches. La superficie totale pour la RBC est estimée à 2000 m² (20 ares).

    Sur la question du coût du nettoiement, rappelons d’abord que depuis de nombreuses années, les perruches collier utilisent le parc Elisabeth à Koekelberg comme l’un des lieux de couchage à Bruxelles, plus précisément quelques platanes du côté de la station de métro Simonis. Ce site est le seul « dortoir » situé sur un espace vert géré par Bruxelles Environnement (BE). A ce stade, aucune nuisance particulière n’est à déclarer. Les arbres utilisés par les oiseaux se trouvent dans le parc ou en dehors du parc (ils sont dès lors gérés par Bruxelles Mobilité). Une nuisance que l’on peut observer en dehors du parc sont les fientes d’oiseaux délestées sur les voitures garées sous les arbes en question.

    In fine, il est donc difficile de répondre à la question du coût du nettoiement, celui-ci n’incombant pas à BE et ne pouvant donc être monitoré par cette administration.

    Bruxelles Environnement a bien pris connaissance des résultats de l’étude sur la disponibilité des cavités pour les oiseaux cavernicoles dans la Région de Bruxelles-Capitale.
    Toutefois, la situation actuelle n’a pas été ré-évaluée. Les experts de NATAGORA, partenaire de Bruxelles Environnement sur la question des oiseaux en RBC, estiment qu’en 4 ans peu de changements ont eu lieu.
    Une prolongation de l’étude n’est pas envisagée pour le moment car aucune évolution rapide n’est observée.

    Le seul plan canopée développé sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale est celui de la ville de Bruxelles. Il ne s’agit donc pas d’un plan Régional piloté par Bruxelles Environnement.

    Le potentiel « cavernicole » d’un arbre est un critère important de maintien, pour autant qu’il soit compatible avec la nécessaire sécurité des usagers des espaces verts. Certaines zones d’arbres senescents ou morts sont préservé pour leur potentiel « cavernicole ». Ces zones sont alors clôturées afin d’éviter tout risque sécuritaire pour les usagers du site.
    Au contraire, un arbre à cavité dangereux situé à proximité d’une voirie fréquentée sera quant à lui abattu ou réduit si aucune mesure raisonnable de conservation ne peut être prise.

    Sur la question de la sensibilisation du public, les médias ont publié nombre d’articles ou réalisé des reportages sur la question des perruches. La tonalité varie selon les journalistes, allant de la ‘Grande menace’ à l’admiration pour ces espèces colorées qui s’adaptent à des conditions difficiles et qui n’impactent pas grandement leur nouvel habitat.

    Il n’est pas prévu de faire un inventaire participatif des perruches (science participative) pour plusieurs raisons : le dénombrement des perruches au dortoir est très difficile et est une matière de spécialistes.

    35.000 arbres de plus de 40 cm de circonférence sont aujourd’hui suivis par le service « Gestion du Patrimoine Arboré » de BE afin de garantir leur vitalité et la sécurité des usagers des espaces verts régionaux.

    L’état sanitaire de chacun de ces arbres est déterminé par la méthode VTA (Visual Tree Assessment de Mattheck & Breloer – 2001). Parmi la soixantaine de critères sanitaires utilisés par la méthode, la présence de cavités au niveau du tronc et des branches est reprise et constitue ainsi une source d’informations non négligeable. La présence de cavités est cependant vue sous l’angle phytosanitaire plutôt que faunistique.

    Dans le cadre des coupes phytosanitaires, si une solution raisonnable permet de concilier sécurité et maintien d’un viel arbre à cavité, cette solution est privilégiée.

    Dans le cadre des coupes de régénération (renouvellement des massifs boisés par éclaircies régulières et plantations), le critère « présence de cavités pour la faune » constitue un des critères de maintien de l’arbre à côté d’autres tels que sécurité, vitalité, rôles paysager, dendrologique, dendrométrique, présence de régénération naturelle sous son couvert, compétition avec ses voisins, etc..

    Les arbres morts sur pied sont maintenus pour autant qu’ils ne présentent pas de danger pour les usagers des espaces verts régionaux. Les mesures raisonnables permettant de faire coexister ces arbres avec une fréquentation du public sont privilégiées.

    BE est vigilant de laisser suffisamment d’arbres morts au sol dans les limites des exigences paysagères des espaces verts régionaux.

    BE ne dispose pas de plan canopée. Cependant, plus de 10% du territoire régional sont désignées sites Natura2000. Les objectifs de conservation de ces sites Natura2000 intègrent tous le maintien de bois mort sur pied et au sol pour la biodiversité et le maintien ou la restauration des habitats pour les espèces cavernicoles protégées.

    La stratégie Good Food ne tient pas compte à ce stade de ceci dans ses calculs et objectifs de production intra urbaine.

    Il existe un dialogue entre la Région de Bruxelles-Capitale et les autres régions sur la gestion des espèces exotiques envahissantes. Ce dialogue s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du règlement européen (UE) n° 1143/2014 du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes. Le règlement, et donc la concertation entre les régions, se concentre sur les espèces exotiques envahissantes énumérées dans l’annexe (la “liste européenne”). Bien que les perruches ne figurent pas actuellement sur cette liste européenne, cette question fait bien l’objet d’un dialogue.

    Les arbres fruitiers, tels que les cerisiers, sont souvent protégés par des filets anti-oiseaux lorsque les fruits sont mûrs, pour éviter que les perruches ou d’autres oiseaux ne réduisent les récoltes. Cette méthode n’est que partiellement efficace, car les perruches sont des grimpeurs agiles qui se poseront quand même sur les arbres et mangeront les fruits juste en-dessous des filets à oiseaux.

    Le groupe parrotnet a effectivement étudié le sujet. Les experts sont unanimes sur le fait que la situation actuelle des perruches à collier ne nécessite pas de solution radicale, dans aucun des pays concernés. L’option plus éthique de la sterilisation n’est pas non plus recommandée vu l’ampleur de l’énergie et de l’argent qu’une telle approche impliquerait, alors que les preuves d’impacts sont localisées. L’effort doit être mis sur les risques d’installation de nouvelles espèces potentiellement plus dommageables ; il est dans ce cas recommandé de réagir dès l’apparition des premiers individus d’une espèce nouvelle.

    En Région de Bruxelles-Capitale, depuis mars 2012 (publication au Moniteur belge de l’ordonnance relative à la conservation de la nature), il est interdit de vendre, céder à titre gratuit ou onéreux, échanger ou acheter les perruches à collier, les perruches moines et les perruches Alexandre.

    Bruxelles Environnement mène une campagne de communication sur l’interdiction de nourrir les animaux sauvages depuis 2015. Cette campagne comprend notamment des sessions d’information pour les fonctionnaires communaux, des sessions de formation pour le personnel de terrain de Bruxelles Environnement, et l’utilisation de toutes sortes de canaux de communication tels que le site web et les médias sociaux. Ces dernières années, les collaborateurs ont également donné des interviews sur ce sujet à plusieurs reprises et ont participé à des documentaires et des reportages télévisés.

     

     

    1 C’est à cet homme qu’on doit l’invasion de perruches à Bruxelles et en Belgique: “Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux”05/07/2019 – La DH Les sports
    2 Étude des impacts des espèces exotiques envahissantes d’oiseaux en Belgique – COSTA PEREIRA FREDERICO DEPROOTE LUCAS JOGNAUX BERTRAND LOUKILI GHIZLAN MEYANYIT MEUTCHEU JEANNINE LAURE sous l’encadrement de ROUSSEAU Corentin
    3 Bruxelles Environnement, 2009 ; Bruxelles Environnement, 2017 ; Weiserbs, 2008.
    4 Étude de la disponibilité des cavités pour les oiseaux cavernicoles dans la Région de Bruxelles-Capitale – in FORÊT NATURE n° 144 juillet-août-septembre 2017 – Caroline DEBOIS, Hugues CLAESSENS, Jean-Yves PAQUET, Anne WEISERBS
    5 Bruxelles : quelle place pour la faune sauvage ? – 28/03/15 – Le Vif/L’Express
    6 Faut-il massacrer les perruches à Bruxelles ? – 10/10/2017 – WEISERBS Anne
    7 Clergeau & Vergnes, 2011