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    Uber – Jump – Covid-19 : quelles conséquences ?

    Les différentes mesures de confinement suite à la Covid-19 ont contraint les citoyens à rester chez eux ou du moins à limiter drastiquement leurs déplacements. L’ensemble des services de mobilité urbaine ont ainsi été très impactés et marquent aujourd’hui un retour loin d’être fracassant. 1 2

    Si certains opérateurs semblent relancer leurs activités, d’autres sont à l’arrêt.

    On a ainsi appris que Uber Jump3 a licencié ses équipes bruxelloises (entre 40 et 50 personnes). Selon les sources interrogées par Le Soir, « tout le monde était intérimaire », à l’exception de quelques cadres.

    Lors de ma question en Commission mobilité du 1er octobre 2019 la Ministre avait mentionné que des réunions de concertation devaient avoir lieu avec les opérateurs tous les deux à quatre mois et avait par ailleurs soulignés volonté de maintenir « cette collaboration efficace ».

    • Les réunions ont-elles été maintenues via notamment la vidéo conférence ? Dans l’affirmative, le licenciement des équipes Uber Jump a-t-il été évoqué ?
    • Alors que la Région consent à d’importants aménagements cyclables, qu’en est-il de la reprise d’activité d’Uber Jump ?
    • Est-ce que les zones de couverture et l’offre ont été adaptées, compte tenu des nouveaux aménagements réalisés et du shift modal attendu vers le vélo ?
    • Le stationnement sauvage de vélos et trottinettes en « free floating » a fait beaucoup de mal à la réputation de ces services à leurs débuts. Qu’en est-il actuellement de la gestion du matériel et de la flotte, sur le plan de la sécurité publique des piétons, pour me limiter à cette seule catégorie ? Combien de « Drop OFF zones » ont été aménagées concomitamment aux nouveaux réseaux cyclables temporaires ?
    • Les acteurs concurrents vous ont-t-ils informés d’une augmentation de leur flotte ou d’une modification de leur couverture territoriale ?

    Dans sa réponse, la Ministre a expliqué qu’avant la crise elle a lancé, avec les communes, un groupe de travail pour aborder ces questions car elle veut encadrer sa politique de mobilité partagée.

    Les réunions du groupe de travail n’ont pas eu lieu pendant la période de confinement. Elles ont repris fin juin.

    Elle estime que son « objectif est de tenir informés de l’évolution d’une situation qui connaît beaucoup de changements, puisque Uber Jump s’est retiré du marché partout dans le monde, tandis que Billy Bike réalise un chiffre d’affaires très intéressant. Dans le cadre d’un accord financier, Uber investit pour une plus grande part dans Lime et lui cède sa filiale Jump. Cette fusion est déjà effective aux États-Unis et doit encore être approuvée par les instances européennes compétentes en matière de concurrence. Les détails opérationnels de la récupération et de la réutilisation de la flotte Jump ne sont donc pas encore connus en Europe ».

    Elle se demande cependant si Uber Jump va revenir et elle a dit que si elle lançait un marché pour accorder des subsides, « Jump pourrait très bien introduire un meilleur dossier que Billy Bike, même si l’opérateur bruxellois bénéficie d’un plus grand soutien qu’Uber ».

    Il faut aussi noter que les opérateurs qui ont maintenu leurs services pendant le confinement n’ont pratiquement pas modifié les zones d’exploitation, mais ceux qui ont interrompu leur activité ont choisi une reprise restreinte.

    Pour la question des plaintes envers le matériel et la flotte, elle explique que « entre octobre 2019 et mars 2020, Bruxelles Mobilité a reçu 133 plaintes, dont 109 pour stationnement gênant. Les autres plaintes concernent des véhicules abandonnés ou dégradés. Ces chiffres ne sont pas élevés, mais le problème est plus profond que ce qu’ils laissent apparaître. (…) On ne compte aucune plainte en avril, quatre au mois de mai et cinq en juin. Le nombre de plaintes a fortement baissé avec le confinement et le retrait consécutif de certains opérateurs. Elles ne sont sans doute pas représentatives, car les utilisateurs et les riverains ne connaissent pas tous l’existence de ce service ».

    La Ministre reconnaît bien qu’elle a reçu des plaintes venant d’associations défendant les droits des personnes à mobilité réduite (PMR) et leur accès à l’espace public, notamment en raison de l’encombrement des trottoirs. Elle veut se montrer très stricte sur ces questions.

    Pour ce qui touche des services liés au Ministre Clerfayt, elle a indiqué qu’il n’était pas informé autrement que par la presse de la décision d’Uber Jump de licencier ses équipes bruxelloises.

    Sur la question des opérateurs qui ont choisi le chômage technique ou pire le licenciement, il faut noter que les contrats temporaires ont été interrompus en début de confinement chez Jump, mais les CDI ont été maintenus.

    Pour les aides, les services de Barbara Trachte estiment que seule la société Dott possède une unité d’établissement en Région bruxelloise et qu’aucune prime n’a été octroyée à cette entreprise par Bruxelles Économie et emploi. De même, Bruxelles Mobilité n’a octroyé aucune aide financière aux opérateurs de libre-service intégral.

    Elle a aussi expliqué que « pour les opérations de réparation et de désinfection, le siège social de Lime est effectivement situé en Région bruxelloise, mais l’entrepôt principal où s’opèrent l’entretien et les réparations des trottinettes se trouve à Zaventem » et « pour la recharge des batteries, Lime travaille avec plusieurs partenaires logistiques, tous établis à Bruxelles, et 85 % de la flotte de trottinettes est rechargée et nettoyée par leurs soins ».

    Sur la matière du cyclopartage en libre-service, la Ministre partage mon analyse ! Elle reconnaît que nous sommes confrontés à des défis majeurs dont celui de l’utilisation de l’espace public et bien entendu de la question du stationnement. Il nous faut relever le défi des zones de dépôt.

    Dans ma réplique à la Ministre, j’ai rappelé qu’elle avait proposé elle-même une solution. En effet, de nombreuses places de stationnement pour voitures ne sont pas réglementaires car situées juste devant un carrefour. Ces places pourraient être supprimées – ce faisant, nous ne ferions d’ailleurs que respecter les règles que nous avons nous-mêmes édictées – et remplacées, sans aucun risque pour la sécurité ou la visibilité, par des zones de dépôt pour vélos et trottinettes.

    J’ai aussi redit que l’on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sur le principe du libre-service intégral, qui permet de laisser le vélo ou la trottinette n’importe où. Nous allons sans doute nous diriger progressivement vers une généralisation du principe de zone de dépôt. Pour que cela fonctionne, il faut en installer partout, comme devant chaque carrefour, là où il est impossible de mettre autre chose, si ce n’est des vélos ou des trottinettes appartenant en propre à des usagers. Cette solution intéressante serait facile à mettre en œuvre. Il conviendrait donc de réaliser une cartographie pour installer ces zones de dépôt rapidement.

    Il faut donc être très vigilant, si l’on ne veut pas voir disparaître les acteurs de cette mobilité et si l’on veut bien que la mobilité reste bien l’objet d’une politique de service public !

    Enfin, je suis revenu sur les plaintes – réduites à néant en raison du confinement -, mais il n’y a pas de sanctions. Il semble en effet que le délai de 24 heures de temps de réaction de la part des opérateurs soit beaucoup trop long. Autant, nous devons nous montrer compréhensifs sur certains points, autant ici, j’estime que nous devons être plus sévères et demander beaucoup plus de proactivité́ de la part des opérateurs lorsqu’une trottinette est stationnée au milieu d’un trottoir. Il s’agit d’un véritable problème pour toute une série de personnes, notamment celles à mobilité́ réduite.

    Je serai plus que vigilant sur le suivi de cette interpellation !

     

    1 Retour progressif des trottinettes Lime à Bruxelles – Belga – 15/05/2020
    2 Les trottinettes Lime font leur retour progressif à Bruxelles – L’avenir (source Belga) – 15/05/2020
    3 Uber Jump a licencié ses équipes bruxelloises – Lesoir.be – Arthur Sante – 18/05/2020