• Et si la canicule revenait, que se passerait-il pour nos arbres? Etat des lieux et plaidoyer pour une meilleure gestion!

    Lors de la commission environnement du 19 février 2020, j’interrogeais le Ministre sur le plan Canopée et plus largement sur la politique de végétalisation de la Région.

    Il m’assurait alors que des mesures pour augmenter la masse végétale, en particulier dans les zones centrales qui souffrent de la chaleur lors des canicules, feront partie de cette stratégie et qu’elles devront également s’articuler avec le plan nature, qui fait actuellement l’objet d’une évaluation.

    Avant de voir l’aboutissement de cette stratégie, une série de mesures en cours sont destinées à mieux connaître et protéger le patrimoine arboré existant. 

    Bruxelles Environnement prévoit de se doter d’un outil informatique et cartographique pour la gestion de son patrimoine arboré. Un budget prévisionnel de 285.000 euros a été attribué à cette fin. Une fois testé et validé, cet outil pourra être mis à la disposition des autres pouvoirs publics qui le souhaitent.

    Or il semble qu’il existe un système de gestion cartographique géolocalisé qui permet à Bruxelles Mobilité de connaître les caractéristiques et l’état de chaque arbre sur les 32.000 que comptent les routes et espaces publics régionaux.1 Visiblement cet outil a été testé et approuvé par Bruxelles-mobilité.

    • J’ai donc demandé à a Ministre si elle avait pris connaissance de la méthodologie et du système utilisés et si une étude comparative a été établie avec le budget prévisionnel de 285.000 € dont s’est doté Bruxelles Environnement ?

    «Bruxelles mobilité plante chaque année plusieurs centaines d’arbres le long des voiries régionales. Ces jeunes arbres sont arrosés régulièrement les 3 premières années».2

    • Il parait logique que ces arbres plantés soient systématiquement répertoriés et intégrés dans un système de cartographie dès leur plantation.

    Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité collaborent actuellement pour réviser les clauses techniques des cahiers des charges des marchés de gestion des arbres en voirie, notamment pour mieux intégrer des mesures phytosanitaires comme le sort réservé aux feuilles d’arbres malades.

    • Il convient de vérifier si l’arrosage des arbres et l’utilisation de sondes tensiométriques sont également prévus dans cette révision.

    Les sondes tensiométriques connectées suivent l’efficacité des arrosages en mesurant la demande en eau des arbres, en fonction du climat et de sa physiologie, mais aussi la quantité d’eau disponible dans le sol. Elles envoient les données sur une application, qui permet à l’administration de monitorer régulièrement les plantations, mais aussi de déterminer des “alertes” et de planifier les arrosages en fonction.

    Pour le moment, environ 560 jeunes pousses bénéficient de cette technologie que Bruxelles-Mobilité sous-traite à une entreprise privée.3 “Dès que je reçois un mail, je sais que les arbres d’une certaine zone ont besoin d’être arrosés et je me mets en route”, explique l’un des préposés à l’arrosage. Il semble que l’arrosage fasse partie des attributions de préposés jardiniers recrutés par Bruxelles Environnement.

    • On peut dès-lors, s’interroger sur la partie sous-traitée à une entreprise privée et si l’appel au privé était indispensable.
      J’ai donc demandé des informations à la Ministre sur la nature du contrat passé, sa durée et son montant.

     

    En ce qui concerne la connaissance de la méthodologie, Bruxelles Environnement utilise depuis plusieurs années une base de données géolocalisées des arbres situés sur les espaces gérés par la division des espaces verts. Cette base de données contient, à titre informatif, un diagnostic de ces arbres (dimension, maladie, âge, etc.). Cette manière de fonctionner permet de dresser des constats rapides et de travailler à plus long terme, notamment sur des plans de gestion de massifs arborés.

    De son côté, Bruxelles Mobilité géolocalise et expertise les arbres qu’elle gère en voirie depuis plus de vingt ans. Ces données sont intégrées dans un système d’information géographique destiné à la cellule plantations de Bruxelles Mobilité. Cette géolocalisation et certaines données des arbres (essence, dimensions, aspect esthétique) sont également consultables depuis plusieurs années sur le site web de Mobigis.

    Par ailleurs, par l’intermédiaire d’un contractant désigné par marché public, Bruxelles Mobilité élabore depuis trois ans une application web allant plus loin qu’une simple visualisation des données existantes depuis un ordinateur de bureau.
    Les nouveaux objectifs sont les suivants :

    • inventaire des événements relatifs à chaque arbre : un opérateur habilité pourra encoder sur le terrain toute observation ou intervention le concernant (taille de branches, abattage, vandalisme, etc.) ;
    • gestion des travaux d’entretien : à la suite d’une commande de l’administration pour des travaux d’entretien, l’entrepreneur désigné pourra désigner sur site les arbres concernés et encoder les travaux effectués ;
    • contrôle des travaux par l’administration : les contrôleurs de l’administration pourront surveiller la bonne réalisation des travaux.

    D’autres données relatives à la gestion des plantations seront également intégrées dans le futur (massifs arbustifs, pelouses, jardinières…).
    Au sujet de l’étude comparative et du budget, un avant-projet de mutualisation des données des arbres avait été entrepris par les administrations régionales (Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité) et lesa communes, avec l’aide du Centre d’informatique pour la Région bruxelloise (CIRB). Pour des raisons de changement de personnel au sein du service informatique de Bruxelles Environnement, ce projet n’a pas été mené plus loin. Nous examinons aujourd’hui les possibilités de le réactiver.

    Les services techniques de gestion des arbres de Bruxelles Mobilité et Bruxelles Environnement ont des contacts réguliers, entre autres sur l’élaboration d’une application web commune.

    Par ailleurs, Bruxelles Environnement a entamé une collaboration avec Bruxelles Mobilité pour l’acquisition récurrente de photographies aériennes infrarouges et de type lidar en passant par la centrale d’achat du CIRB. Cette collaboration permettra une réduction sensible des coûts de télédétection. Toutefois, si ces images permettent une analyse globale de la couverture végétale et de la situation phytosanitaire, un inventaire arbre par arbre reste nécessaire pour une gestion optimale.

    La cartographie des arbres plantés sera une réalité dès 2021, en application du nouveau marché de Bruxelles Mobilité sur l’inventaire des arbres.
    Jusqu’à présent, les nouveaux arbres étaient intégrés dans le système à raison d’un tiers par an, lors de la mise à jour pour la voirie en question.
    Pour le patrimoine arboré géré par Bruxelles Environnement, la cartographie est mise à jour de façon ponctuelle. Plus de personnel de terrain serait nécessaire pour effectuer une mise à jour constante de la base de données phytosanitaires et des arbres morts ou abattus.

    Les arrosages ont toujours été prévus dans les cahiers des charges de Bruxelles Mobilité. Les sondes tensiométriques le sont depuis 2017. Ce système sera perpétué. Toutefois, il serait trop coûteux de l’appliquer aux 70.000 arbres gérés par Bruxelles Environnement. Un arrosage est assuré pendant les deux premières années après la plantation ; ensuite, en espace vert, l’arbre est censé puiser lui-même l’eau nécessaire dans le sol. Les jardiniers supervisent visuellement l’état des arbres et observent d’ailleurs des étés de plus en plus secs.

    Bruxelles Mobilité ne dispose pas d’agents pour réaliser ou entretenir des plantations et confie l’intégralité de ces missions à des entreprises par des marchés publics. Le marché public relatif à la plantation des arbres et leur entretien en période de garantie est un marché stock ou à la commande.

    Ce marché et ses reconductions sont conclus pour une durée maximale de quatre ans, conformément à la loi sur les marchés publics. Il comprend des centaines de postes, dont l’arrosage et les sondes tensiométriques ne constituent qu’une petite partie. Le marché s’élève à 1.900.000 euros par an.

    Personnellement, je reste sceptique quant à la privatisation de cette mission, qui est pourtant régulière mais pour la Ministre il s’agit “d’une part, pour avoir le personnel nécessaire et, de l’autre, pour bénéficier d’une expertise.”

    La gestion du parc arboricole me semble manquer réellement de coordination.

    Un arbre a besoin d’être arrosé, que ce soit par Bruxelles Environnement ou par Bruxelles Mobilité.
    De plus la cohabitation de deux systèmes cartographiques – avec chacun une fonctionnalité différente mais un même type de mission – est une réalité bien étonnante…

    La création d’un système unique aurait été tellement plus pertinente et moins onéreuse.

    Peut-être la raison de la création de deux systèmes repose-t-il sur le départ de quelques personnes du service informatique, un départ qui aurait empêché d’unifier les systèmes.

    Mais cela me semble très surprenant et ne garantit pas une gestion harmonieuse du patrimoine arboré bruxellois.

     

     

    1 Un arrosage connecté pour les jeunes arbres des rues bruxelloises – L’avenir.net – 29/05/2020
    2 selor.be

    3 Bruxelles-Mobilité utilise un système d’arrosage connecté pour les jeunes arbres en bordure de voirie – rtbf.be – 28/05/2020