• L’avenir de l’apiculture en Région Bruxelles-Capitale

    Le 15 janvier, j’interpellais le Ministre concernant l’installation de ruches en Région Bruxelles-Capitale et la gestion des différentes populations d’abeilles.
    Le débat était très intéressant mais certaines questions restaient néanmoins en suspend.

    Concernant l’état des colonies sauvages, il nous a confié que Bruxelles Environnement réalise actuellement un atlas des abeilles sauvages de Bruxelles, Wild BnB, qui sera finalisé pour le second semestre de 2020 et je me réjouis que nous venions justement de basculer dans ce second semestre pour en prendre connaissance.

    Il semble qu’à l’heure actuelle, il n’ait malheureusement pas été finalisé.

    « Au sujet des abeilles et de l’avenir de l’apiculture, il était effectivement prévu que l’atlas des abeilles sauvages de Bruxelles soit disponible avant la fin de l’année 2020. C’était sans compter avec la crise sanitaire, et en particulier avec le confinement qui a fortement limité la capacité des scientifiques et bénévoles impliqués à réaliser des inventaires de terrain. Ceux-ci se font souvent en groupe et en pleine période d’émergence de nombreuses espèces, à savoir en avril et en mai. L’accès aux laboratoires, pour identifier les spécimens récoltés, a du reste été grandement perturbé. Pour ces raisons, à la demande des porteurs du projet et vu la forte implication de bénévoles, Bruxelles Environnement a autorisé une dernière prolongation de l’initiative jusqu’au printemps 2021 inclus afin de compléter les données manquantes sur cette période. (Sous réserve d’une situation sanitaire qui le permette).La compilation de l’atlas est donc maintenant programmée pour mai ou juin 2021, en même temps que la publication d’autres études demandées ou soutenues par Bruxelles Environnement sur la thématique des abeilles urbaines : StreetBees, Toxiflore, Urbeestress et Kauwbees. Toutes ces démarches, dont certaines seront totalement pionnières dans le champ de la recherche, devraient positionner notre Région comme une des villes de référence en matière de connaissances sur les abeilles urbaines.
    J’ai voulu également porter à la connaissance du Ministre, un projet de L’Université libre de Bruxelles (ULB), l’Université de Mons (UMONS), Natagora-Bruxelles et Apis Bruoc Sella qui se sont associées dans un premier projet de cartographie des abeilles sauvages de la région bruxelloise débuté en 2010. Un projet plus ambitieux de recensement de la totalité des espèces d’abeilles sauvages de Bruxelles était prévu. »1

    Il serait intéressant de connaitre l’état d’avancement ou les conclusions de ce projet, ainsi que le lien éventuel avec la réalisation de l’Atlas Wild BnB.

    Une brochure encore disponible2 a également été réalisée par Nicolas Vereecken (professeur assistant à l’ULB, groupe “Agroécologie & Pollinisation”) et Michael Terzo (collaborateur scientifique à l’UMons) sur l’accueil des abeilles sauvages dans les lieux publics et privés.

    L’édition de cette brochure s’est inscrite dans le cadre du projet “Villages d’abeilles” initié par l’association bruxelloise Apis Bruoc Sella et financé par la Loterie Nationale, mais aussi dans la lignée du “Plan abeilles” du Service Public Fédéral Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement. Des « villages d’abeilles sauvages » ont été mis en place3 dans les trois régions du pays, en collaboration étroite avec l’ASBL Ecowal, les universités de Mons (UMons, Wallonie), de Bruxelles (ULB) et de Gand (UGent, Flandre), et avec le soutien de la Loterie Nationale.

    Ces villages, qui reprennent des habitats, abris et ressources florales indispensables aux sauvages, doivent apporter des informations précieuses pour les scientifiques, et permettre de faire connaître un peu plus intimement les abeilles sauvages auprès du grand public.

    Reste à savoir si ce projet perdure et si une concertation ou une collaboration avec la Région a eu lieu.

    Malgré toutes ces initiatives aussi bonnes soient-elles, un réel rapport sur l’état des abeilles sauvages se fait toujours attendre et c’est encore une fois avec une grande impatience que je me réjouis de lire l’Atlas Wild BNB

    Rappelons que le constat de la menace sur les abeilles sauvages ne date pas d’hier. Dans les années 90, une étude rapportait la disparition de 4 espèces d’abeilles sauvage en Belgique, on est aujourd’hui à une quarantaine, soit dix fois plus4.

    C’est également ce que confirme la très complète étude La liste rouge des abeilles belges.5 qui souligne également, le déclin de A. mellifera mellifera.

    Parallèlement à l’atlas des abeilles sauvages de Bruxelles, vous avez confié devoir établir un cadastre des ruches basé sur une déclaration annuelle des colonies prêtes pour l’hivernage, reprenant la localisation, la race et l’état sanitaire de chacune d’elles car vous ne disposiez pas d’une vue d’ensemble.

    Je ne peux que confirmer une fois de plus l’extrême importance de ce cadastre.

    Si la dynamique n’est pas neuve, elle est la suite logique de plusieurs projets ébauchés dès 2010 : une première cartographie bruxelloise portant sur sept espèces d’abeilles communes et la création de villages d’abeilles sauvages, soit deux projets qui ont posé la pierre de touche des recherches actuelles menées tant à l’Université libre de Bruxelles (ULB) – par l’équipe du Pr Vereecken qui pilote la réalisation de l’atlas – qu’à l’Université de Mons – par l’équipe du Dr Michez, à qui l’on doit notamment de la Liste rouge nationale.

    Réalisés avec le soutien de la Loterie nationale, les villages – au nombre de un dans chaque Région – sont toujours en place. Celui de Bruxelles se situe sur le campus de la Plaine à Ixelles.

    Même si l’évaluation des populations d’abeilles sauvages est en cours depuis plusieurs années, l’épineuse question de l’apiculture urbaine durable s’est posée très tôt, dès 2012, sans pour autant que l’on parvienne à y trouver une solution. Là aussi, pourtant, la Région bruxelloise souhaite se placer du côté des ambitieux.

    De nombreuses informations ont circulé sur le sujet ces derniers mois. Le Ministre a d’ailleurs été amené à s’exprimer de très nombreuses fois à ce propos au sein de cette commission, en réponse à des questions écrite et orales. Il maintient que l’apiculture a sa place en Région bruxelloise, mais il convient maintenant de s’interroger sur les formes et modalités de cette pratique, qui n’est pas uniforme et doit résolument s’orienter vers la transition, la résilience et la préservation de la nature.

    Une importance financière.

    En 2015, la Commission européenne a adopté deux Règlements relatifs à l’aide à l’apiculture et impliquant de nouvelles obligations pour les états membres qui devaient, à partir de 2017, communiquer chaque année le nombre de ruches présentes sur leur territoire6. Le budget européen du prochain programme (2020-2022) a été réparti entre les Etats membres en fonction de leur nombre de ruches. Dès lors le dénombrement de manière complète et exhaustive se révélait important.7

    Malgré tout, lors de la réunion du dimanche 27 janvier 2019, les apiculteurs wallons et bruxellois ont pu prendre connaissance de la réduction budgétaire drastique, conséquence du résultat du dénombrement des ruches: le budget passant de 120 000 € à 65 000 €.

    Le dénombrement 2018 a connu une baisse de 1 500 apiculteurs et la question des apiculteurs qui ne jouent pas le jeu du dénombrement des ruches a été évoquée.

    Une importance environnementale.

    Rappelons tout d’abord que l’apiculture ne fait pas partie à l’heure actuelle des objectifs de Natura 20008 et il est donc l’exclusion des ruchers des zones classées Natura 2000 n’est donc pas surprenante. Toutefois, contrairement aux nombreuses réserves naturelles, les zones Natura 2000 ne sont pas des réserves « fermées ». Les activités humaines y restent autorisées pour autant qu’elles n’y compromettent pas les « objectifs pour la nature » dans la zone.

    Nous abordons ici une problématique intéressante.

    L’abeille noire indigène (Apis Mellifera Mellifera) est la race présente depuis des milliers d’années en Europe de l’ouest, considérée comme indigène et elle est également présente sur La liste rouge des abeilles belges que j’évoquais précédemment.9

    En l’occurence sa présence en zone natura 2000 ne semble pas en contradiction avec d’une part la définition des critères de zones natura 2000 ni en terme de bio-diversité puisqu’elle est considérée comme indigène.

    Malheureusement la réalité est que depuis quelques décennies, elle se fait rare dans les ruchers de nos régions. Si l’importation d’abeilles alochtones a débuté au 19e siècle, (Apis Mellifera caucasia, Apis Mellifera carnica, Apis Mellifica Linguista), le recours à des espèces hybrides est beaucoup plus préoccupant et notamment la plus célèbre, la Buckfast® faisant même l’objet d’un dépôt de marque. Des villes comme Chimay sont allées jusqu’à interdire les autres races pour préserver les populations d’abeilles noires.

    C’est donc là que le cadastre des ruches et un suivi très précis des populations est primordial et urgent.

    Si apiculture, ruches et abeilles sont intrinsèquement indissociables, il n’en demeure pas moins qu’un équilibre et une gestion intelligente permettraient de donner à l’apiculture sa place historique à Bruxelles et de la remettre dans le tissu social et pédagogique.

    Pour cela, elle doit être “transparente en termes de localisation et de motivation.”

    Le ministre a bien pris connaissance du memorandum « Pour des zones Natura 2000 où toutes les abeilles sont admises » édité par l’asbl Bruxelles M’abeille qui lui est parvenu, ainsi qu’à son administration et à ses partenaires scientifiques. Celui-ci a déjà fait l’objet de discussions au sein de cette commission. Son cabinet s’est entretenu avec les principaux acteurs de la thématique, tant Bruxelles m’abeilles que les partenaires scientifiques de l’ULB.

    Concernant le contact avec les acteurs de terrain l’administration du Ministre prépare pour la fin de l’année une table ronde autour des enjeux de la stratégie régionale, après l’adoption – toujours en cours – d’une stratégie nationale.

    Enfin, au sujet de l’avenir des ruchers-écoles historiquement situés en zone Natura 2000, Bruxelles m’abeilles, l’association des apiculteurs, propriétaire des deux plus importants ruchers de la Région – par ailleurs historiquement installés dans une zone Natura 2000 -, sera invitée à cette discussion. Les résultats des discussions qui se tiendront dans cette commission à ce sujet seront bien entendu intégrés à la réflexion sur la stratégie régionale. La table ronde, initialement prévue à la fin de l’année, dépendra de la situation sanitaire, même si une réunion virtuelle est sans doute possible.

    Je comprends évidemment les raisons de ce retard et me propose de réinterroger le ministre sur ce point à la moitié de l’année 2021, lorsque davantage d’informations seront disponibles.

     


    1 http://zoologie.umons.ac.be/hymenoptera/page.aspx?ID=161&search=sp&marked=2704
    2 Michaël Terzo & Nicolas Vereecken. Un jardin pour les abeilles sauvages.
    3 Un village d’abeilles sur une Plaine en danger
    4 Isabelle Palmitessa. “La liste rouge des abeilles”, un rapport alarmant sur les abeilles sauvages de Belgique. RTBF.be, 06/12/2019
    5 Belgian Red List of Bees – UMONS – 11/2019 – Maxime Drossart, Pierre Rasmont, Pieter Vanormelingen, Marc Dufrêne, Morgane Folschweiller, Alain Pauly, Nicolas J. Vereecken, Sarah Vray, Ella Zambra, Jens D’Haeseleer and Denis Michez
    6 Actu API N°69. éd. CARI – 03/2016
    7 butine.info
    8 14 AVRIL 2016. — Arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale portant désignation du site Natura 2000 – BE1000001 : « La Forêt de Soignes avec lisières et domaines boisés avoisinants et la Vallée de la Woluwe – complexe Forêt de Soignes – Vallée de la Woluwe »
    9 Belgian Red List of Bees – UMONS – 11/2019 – Maxime Drossart, Pierre Rasmont, Pieter Vanormelingen, Marc Dufrêne, Morgane Folschweiller, Alain Pauly, Nicolas J. Vereecken, Sarah Vray, Ella Zambra, Jens D’Haeseleer and Denis Michez

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