• La gestion du patrimoine arboré

    En Commission Mobilité du 7 juillet dernier, à l’occasion d’une précédente question de ma part, la ministre de la Mobilité m’avait répondu que : « Par l’intermédiaire d’un contractant désigné par marché public, Bruxelles Mobilité élabore depuis trois ans une application web allant plus loin qu’une simple visualisation des données existantes depuis un ordinateur de bureau. »

    Il s’agit visiblement d’un projet de longue haleine qui suscite quelques questions.

    • Quelle est la durée initiale prévue pour le développement ?
    • Le cahier des charges de l’application est-il disponible et consultable ?
    • Quel est le budget alloué à ce projet ?

    « Au sujet de l’étude comparative et du budget, un avant-projet de mutualisation des données des arbres avait été entrepris par les administrations régionales (Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité) et les communes, avec l’aide du Centre d’informatique pour la Région bruxelloise (CIRB). Pour des raisons de changement de personnel au sein du service informatique de Bruxelles Environnement, ce projet n’a pas été mené plus loin. »

    • Quelle a été la durée de ce projet ?
    • Combien de personnes ont été impactées et ont travaillé sur cet avant-projet ?
    • En quoi consiste le « changement de personnel » qui a pu aboutir à l’abandon d’un projet d’une telle ampleur ? S’agi-il d’une réorganisation ou d’une restructuration complète d’un service ou du départ d’une ou plusieurs personnes-clés du projet ?
    • Dans le cas de la deuxième hypothèse, un transfert de connaissances n’a-t-il pas eu lieu ?

    Je prends note que la ministre « examine aujourd’hui les possibilités de le réactiver. » et je m’en réjouis d’autant plus que la réactivation possible repose sans doute sur l’examen d’éléments probants.

    • Existe-t-il des synthèses, de documents de travail, ou de comptes-rendus de réunions qui permettent de déterminer l’état d’avancement du projet avant sa mise en sommeil et sa réactivation éventuelle?

    « Bruxelles Environnement a entamé une collaboration avec Bruxelles Mobilité pour l’acquisition récurrente de photographies aériennes infrarouges et de type lidar en passant par la centrale d’achat du CIRB. Cette collaboration permettra une réduction sensible des coûts de télédétection. »

    • Une mutualisation plus large est-elle envisagée et d’autres services se sont-ils joints à cette demande ?

    En effet, je pense à urban.brussels  dont l’un des projets, bruciel1, permet de voir l’évolution de l’urbanisation de Bruxelles mais également sa végétalisation de manière assez précise. Mais ce n’est pas le seul projet avec lequel certaines données pourraient être partagées.

    En terme de mutualisation, les choses devraient être facilitées par le fait de solliciter le même prestataire comme le montre les chiffres suivants :

    • Bruxelles Mobilité :
      2018 – Inventaire et expertise phytosanitaire de 10304 arbres répartis sur les voiries régionales2 342.179 € – Eurosense Belfotop
    • Bruxelles Mobilité :
      2019 – Etude phytosanitaire d’arbres des voiries régionales
      300.729 € – Bureau EurosenseNotons également cette même année, presque une quarantaines d’études phytosanitaires effectuées par le bureau Mater pour la somme de 159.376,00 € (square Montgomery, av. Louise, av. Van Volxem, bld de Smet De Nayer,…)
    • Bruxelles Mobilité :
      2019 – Services APP 12‐12‐19
      300.000 € – Eurosense Belfotop
    • Bruxelles Environnement :
      2019 – Réalisation et suivi de relevés phytosanitaires des arbres de différents parcs de la Région de Bruxelles-Capitale – Reconduction2 (Réalisation et suivi de relevés phytosanitaires des arbres de différents parcs de la Région de Bruxelles-Capitale)3
      € 189.666,29 – Adjudication ouverte – 2016G1042 – Eurosense Belfotop
    • Bruxelles Environnement :
      2017-2018 – Réalisation et suivi de relevés phytosanitaires des arbres de différents parcs de la Région de Bruxelles‐Capitale ?
      € 250.000,00 – 2016G1042 – Eurosense Belfotop
    • CIRB :
      2017 – Mise à jour de la carte UrbIS4 5 – durée 3,5 ans à dater du 31/03/2017
      291.624,00 € – Eurosense Belfotop

    Dans le cadre du Marché tri-annuel 2017 > 2019 comprenant 3 vols et la mise à jour de la carte UrbIS, les livrables comprenaient les bâtiments et ouvrages d’art 2D et 3D , les rails de tram, mais également les arbres.6

    Concernant « l’acquisition récurrente de photographies aériennes infrarouges et de type lidar en passant par la centrale d’achat du CIRB », il s’agit certainement du nouveau plan pluriannuel se rapportant aux années 2020, 2021 , 2022 et 2023. Le marché porte effectivement sur « des prises de vues aériennes verticales en vraies couleurs ainsi qu’un canal supplémentaire dans le proche infrarouge, à grande échelle, et d’autre part, en 2020 ou 2021, en fonction des moyens disponibles, une couverture par LiDAR aérien. »

    Les opérations sont réparties dans deux tranches conditionnelles et une tranche ferme. Cette dernière « comprend également la confection et la fourniture d’orthophotoplans RGB à partir des images verticales ainsi que la correction et la mise à jour d’une série d’entités cartographiques vectorielles 2D et 3D contenues dans UrbIS » entre autres la « mise à jour des arbres en voirie (entité vectorielle) ».

    Toutefois la consultation d’urbIS ne permet pas de retrouver les couches de données concernant les arbres, ni dans les Brussels Mobility Services, ni dans les Brussels Environment Services.

    Plus qu’une mise à jour, il s’agirait donc d’une création.

    Lors de la commission mobilité du 07-07-2020, la Ministre Van Den Brandt rappelait que « Plus de personnel de terrain serait nécessaire pour effectuer une mise à jour constante de la base de données phytosanitaires et des arbres morts ou abattus. »

    Le suivi phytosanitaire des arbres des parcs est décidément très mobilisateur.

    En effet, sur le site de B.E. on peut lire que :
    « Une équipe de la division Espaces verts est chargée du recensement et de la description des principales caractéristiques des arbres localisés dans les parcs gérés par Bruxelles Environnement et dont le tronc a un diamètre supérieur à 30 cm. La base de données reprend de nombreuses informations : espèce, diamètre, stade de développement, âge, diagnostic de l’état de santé, blessures, présence d’insectes ou de maladies, environnement et proximité d’infrastructures, sécurité et recommandations. Ces relevés permettent d’évaluer les risques et de programmer les interventions nécessaires (élagage, coupe de branches, abattage…) à court et moyen termes. Pour affiner le diagnostic, divers expertises complémentaires peuvent être entreprises. »

    En décembre 2019, 44 sites (383 ha) avaient été inventoriés dans le cadre du suivi phytosanitaire des espaces verts gérés par la Division espaces verts.

    A cette date, l’inventaire portait sur près de 36 600 arbres. Cet inventaire est réalisé selon un ordre de priorité basé sur les caractéristiques des parcs et leur fréquentation. »

    Il semble donc que plus de la moitié des 70 000 arbres gérés par Bruxelles Environnement aient été cartographiés par la Division espaces verts.

    De plus, dans sa réponse à mes questions en commission environnement du 19-02-2020, le ministre Maron évoquait le projet de Bruxelles Environnement « de se doter d’un outil informatique et cartographique pour la gestion de son patrimoine arboré. Un budget prévisionnel de 285 000 euros a été attribué à cette fin. Une fois testé et validé, cet outil pourra être mis à la disposition des autres pouvoirs publics qui le souhaitent. »

    • Dès lors, quelle est la proportion d’arbres cartographiés au fil des ans par les différents sous-traitants ?
    • Et surtout, si l’outil n’est pas encore disponible, comme l’équipe de la division Espaces verts a-t-elle pu cartographier 36 600 arbres ?

    Un document7 référençant les Espaces verts gérés par Bruxelles Environnement est disponible. On y retrouve le parc Tenbosch8, dans lequel Bruxelles environnement a demandé à la société Eurosense de placer des étiquettes d’immatriculation à 6 chiffres sur la plupart des arbres.

    « La cartographie des arbres plantés sera une réalité dès 2021, en application du nouveau marché de Bruxelles Mobilité sur l’inventaire des arbres. Jusqu’à présent, les nouveaux arbres étaient intégrés dans le système à raison d’un tiers par an, lors de la mise à jour pour la voirie en question. »

    Je maintiens donc que la gestion des arbres n’a pas l’air très coordonnée et que les intervenants privés et publics agissent avec une concertation toute relative.

    J’ai donc interrogé la ministre à ce sujet.

    Si Bruxelles Mobilité gère les routes régionales et les routes communales, les parcs régionaux relèvent quant à eux de la compétence du ministre Maron que la ministre a consulté en vue de répondre à mes questions.

    Dans les projets de reconstruction, l’effort est porté sur le verdissement et l’adoucissement afin de renforcerles nombreux apports bénéfique de la nature à la ville..

    Deux points sont gérés séparément:

    • le diagnostic phytosanitaire des arbres dans le cadre de leur gestion, qui nécessite une base de données sur les arbres;
    • le survol de la région pour obtenir des photographies aériennes à des fins diverses, y compris la surveillance générale de la végétation.

    Dans le domaine de la surveillance phytosanitaire (santé) des arbres, chaque gestionnaire public gère ses propres actifs dans ce domaine.

    Au niveau des espaces verts régionaux, Bruxelles Environnement a pour l’instant réalisé des inventaires phytosanitaires dans 47 parcs, les plus boisés et étendus des 107 sites gérés par la Région, ce qui correspond à 88 % des surfaces arborées sous sa gestion.

    Ces inventaires – établis par un bureau d’études spécialisé – comprennent, pour chaque arbre, des données géographiques, dendrométriques et sanitaires via un diagnostic visuel, ainsi qu’une analyse de risques et, le cas échéant, des recommandations de gestion ou de traitement. Les différents fichiers produits seront prochainement fusionnés par Bruxelles Environnement dans une base de données unique, qui reprendra systématiquement les données spatiales et permettra ainsi de générer une carte du patrimoine inventorié à l’échelle régionale.

    En parallèle, un outil de consultation et de modification des informations par les gestionnaires et leurs sous- traitants sera mis sur pied au départ de Geodata, le portail cartographique de Bruxelles Environnement, qui reprend de nombreuses cartes thématiques. La carte permettra de consulter et de mettre à jour les données de chaque arbre, voire d’encoder directement de nouveaux sujets. L’objectif sous-jacent, outre la facilité d’usage, est surtout d’avoir une gestion propriétaire de toutes les données, d’abord à l’échelle de Bruxelles Environnement, avant de l’étendre progressivement – dans la mesure du possible – aux autres gestionnaires publics.

    A contrario, Bruxelles Mobilité gère ses inventaires phytosanitaires via une base de données et des outils externalisés. En effet, l’élaboration de cette application a été entreprise dans le cadre d’un marché public d’expertise des arbres et des voiries, passé pour une durée de quatre ans et qui arrivera à expiration le 31 décembre 2020.

    La mission initiale décrite dans le cahier des charges de 2015 ne consistait initialement qu’en la mise à disposition sous format informatique des données d’expertise. Ce cahier des charges est bien sûr consultable. Néanmoins, pour remplir ses missions d’expertise sur le terrain, le bureau d’études avait élaboré sur fonds propres une application web pour géolocaliser, encoder et joindre les photos de ses observations sur les arbres.

    Cette application a encore évolué depuis juillet 2020, permettant aux différents intervenants disposant d’un accès protégé d’encoder toute intervention en temps réel, qu’il s’agisse d’une expertise, des dégâts d’accident ou de la taille des arbres. Cette application qui a permis au prestataire de services de gagner du temps dans l’exécution du marché répondait par ailleurs à la demande de Bruxelles Mobilité.

    Bruxelles Mobilité est entièrement propriétaire de ces données. Le seul bémol réside dans le fait que l’hébergement de l’application reste chez le prestataire de services spécialisé. Son élaboration a coûté un peu plus de 37.000 euros, TVA incluse.

    Même si les deux administrations passent par le même prestataire pour le suivi phytosanitaire, les méthodologies et les outils sont différents et ne permettent pas encore de mutualiser les marchés.

    La ministre a reconnu que cela serait pourtant souhaitable à terme.

    Si le travail de Bruxelles Environnement est concluant, Bruxelles Mobilité pourrait donc rejoindre le système dans une seconde phase de développement, en vue de constituer une base de données régionale. Dans une troisième phase, cette base de données pourrait s’étendre aux gestionnaires communaux.

    Le survol de la Région bruxelloise pour la prise de photos aériennes est un tout autre projet, même s’il associe en partie les mêmes acteurs. Ce projet d’acquisition de données est piloté par le Centre d’informatique pour la Région bruxelloise (CIRB), qui mutualise les ressources et centralise les demandes spécifiques des autres administrations régionales, par souci d’économie et de compatibilité des données produites à l’échelle d’un même territoire. Les données urbanistiques sont généralement issues d’un survol en hiver, lorsque les arbres n’ont pas de feuilles, ce qui permet d’identifier au mieux les infrastructures et le bâti.

    Bruxelles Environnement a donc ajouté aux clauses techniques générales du CIRB des clauses plus spécifiques pour permettre le suivi de la végétation, par l’ajout d’un survol en période estivale. Cette mesure vient remplacer les demandes antérieures de Bruxelles Mobilité, qui se limitait au survol des voiries régionales.

    Ces photos aériennes pourront donc apporter de précieuses informations sur la couverture végétale de la Région. Il s’agit, d’une part, d’informations quantitatives, notamment sur la couverture du territoire, qui sont fondamentales pour l’élaboration de stratégies de résilience climatique ou de développement de la nature, et, d’autre part, de données qualitatives sur la santé des arbres, par exemple.

    Les diagnostics sont cependant nettement moins précis et ne remplacent en rien les inventaires de terrain. Tel n’est d’ailleurs pas l’enjeu prioritaire de cette méthode d’acquisition de données.

    Je suis heureux d’entendre la ministre partager mon avis qu’il faut absolument mutualiser ces différentes démarches et données d’autant qu’elles nous permettront de faire de grandes économies d’échelle plutôt que de demander à différents prestataires de réaliser les mêmes missions.

    Notons toutefois que la mutualisation se fera seulement dans une deuxième phase.

     

     


    1 http://bruciel.brussels
    2 Inventaire des études réalisées pour le compte de l’autorité administrative dans le courant des années 2019 et 2018 + inventaire des marchés publics conclus dans le courant de des années 2019 et 2018
    Conformément aux dispositions du « Décret et ordonnance conjoints de la Région de Bruxelles-Capitale, la Commission communautaire commune et la Commission communautaire française relatifs à la publicité de l’administration dans les institutions bruxelloises du 16 mai 2019 »
    3 Liste des marchés publics conclus en 2019 par Bruxelles Environnement
    4 Inventaire de tous les marchés publics conclus par le CIRB en 2017
    5 weblex.brussels/data/crb/bqrann/2017-18/
    6 https://cibg.brussels/nl/onze-oplossingen/urbis-solutions/users-club-urbis-06-06-2019/actualiteit-urbis
    7 Espaces verts gérés par Bruxelles Environnement – Division Espace par commune
    8 parctenbosch.be

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