• La valse des opérateurs de trottinettes

    Les différentes mesures de confinement suite à la Covid-19 ont contraint les citoyens à rester chez eux ou du moins à limiter drastiquement leurs déplacements. L’ensemble des services de mobilité urbaine ont ainsi été très impactés et marquent aujourd’hui un retour loin d’être fracassant. 1 2

    Ainsi, Lime relance ses services à Bruxelles après une suspension temporaire de son activité depuis la mi-mars. Dès à présent, 250 trottinettes électriques sont disponibles à travers la capitale avant une adaptation graduelle de la flotte en fonction de la demande.

    Lime s’était retirée de certaines grandes villes américaines, comme Atlanta, Phoenix, San Diego et San Antonio. En Amérique du Sud a ainsi quitté les villes de Bogotá, Buenos Aires, Montevideo, Lima, Puerto Vallarta, Rio de Janeiro et São Paulo et en Europe, c’est la ville de Linz, en Autriche, qui va dire adieu à Lime.

    Bloomberg indique que Lime a enregistré le 17 mars 52 000 déplacements contre 147 000 quelques jours plus tôt, ce qui a entrainé une chute des revenus de l’entreprise de 69%.3

    De son côté, Dott est revenu à son offre normale de 3.000 trottinettes depuis le 4 mai après un “service minimum” à la mi-mars, en n’en proposant plus que 2.000 à travers la capitale.4

    Chez Bird5 le plan de licenciement massif et son annonce ont fait l’effet d’une bombe. 30 % de ses effectifs, soit 406 personnes sur 1387 employés ont été licenciés par visioconférence.6

    En l’occurrence, j’ai interrogé la Ministre, la Secrétaire d’état et le ministre concernés sur :

    • L’impact en terme d’emploi en région Bruxelles-Capitale durant la période de confinement.
    • Les opérateurs ayant opté pour le chômage technique et le licenciement.
    • Les aides disponibles accordées et leur montant.
    • Les aides octroyées par la Région aux opérateurs de « free floating ».
    • L’extension des zones de services couvertes en contrepartie d’aides éventuellement versées.

    En ce qui concerne les mesures spécifiques face à la crise sanitaire, Lime affirme que « Toutes les trottinettes sont désinfectées lorsqu’elles sont entretenues dans l’atelier, chargées ou déployées dans la ville. Les méthodes de nettoyage ont été améliorées et la fréquence de désinfection a augmenté. Les utilisateurs seront, eux, sensibilisés régulièrement aux gestes barrières ».

    • L’ensemble de ces opérations de réparation et de désinfection sont-elles effectuées en Région Bruxelles-Capitale afin de limiter les déplacements ?
    • Quelles sont les mesures de contrôle mises en œuvre ?

    En octobre 2019, la ministre avait mentionné que le service exploitation et transport de Bruxelles Mobilité disposait de quinze agents contrôleurs ou sur le point d’être assermentés pour le contrôle des conditions d’exploitation des services de cyclopartage. À ce moment-là, il s’agissait surtout de traiter les plaintes liées aux conditions d’exploitation adressées à l’administration.

    • Ont-ils été depuis assermentés ?
    • Leur mission a-t-elle évolué compte-tenu de la situation ?
    • Sont-ils désormais aussi en charge de la vérification des mesures de nettoyage, de désinfection et de protection des utilisateurs et des employés ou sous-traitants des opérateurs ?

    Des réunions de concertation devaient également avoir lieu avec les opérateurs tous les deux à quatre mois. Vous avez par ailleurs souligné votre volonté de maintenir « cette collaboration efficace ».

    • Les réunions ont-elles été maintenues via notamment la vidéo conférence ?
    • Les différentes décisions de services minimum voire de retrait de certains opérateurs ont-elles été prises en concertation avec vos services ?

    La ministre à rappelé qu’avant la crise du Covid-19, un processus de travail sur ces thématiques avait été lancé, avec les communes, les services de sécurité et les divers acteurs impliqués.

    Reste que la politique de mobilité partagée n’est pas encore pleinement définie et qu’une réflexion doit être menée avec ses acteurs pour l’encadrer.

    Les réunions du groupe de travail sur la mobilité partagée n’ont pas eu lieu pendant la période de confinement. La prochaine se tiendra par vidéoconférence, le 30 juin, avec les acteurs du cyclopartage et de l’autopartage ainsi que les partenaires publics impliqués : communes, parking.brussels, services de Bruxelles Mobilité, zones de police. Le licenciement des équipes de Jump n’a donc pas encore été évoqué dans ce cadre.

    Des échanges réguliers par courriel et par téléphone ont lieu entre l’administration de la ministre et les opérateurs de cyclopartage afin de la tenir informée de l’évolution d’une situation qui connaît beaucoup de changements. En effet, Uber Jump s’est retiré du marché partout dans le monde, tandis que Billy Bike réalise un chiffre d’affaires très intéressant.

    Dans le cadre d’un accord financier, Uber investit pour une plus grande part dans Lime et lui cède sa filiale Jump. Cette fusion est déjà effective aux États-Unis et doit encore être approuvée par les instances européennes compétentes en matière de concurrence. Les détails opérationnels de la récupération et de la réutilisation de la flotte Jump ne sont donc pas encore connus en Europe. Une réflexion est en cours sur le recyclage de ces vélos, des leçons étant à tirer de ce qu’il s’est passé aux États-Unis.

    Le doute demeure quant au retour de Jump dont l’exploitation de licence ne pourrait être empêchée. À ce stade, si un marché était lancé pour accorder des subsides, Jump pourrait très bien introduire un meilleur dossier que Billy Bike, même si l’opérateur bruxellois bénéficie d’un plus grand soutien qu’Uber.

    La ministre partage mon souhait d’offrir une couverture sur l’ensemble de notre territoire ce qui rejoint la demande des communes autour de la Région bruxelloise qui désirent en bénéficier également. Le phénomène ne se limite donc pas aux frontières de notre Région.

    Les opérateurs qui ont maintenu leurs services pendant le confinement n’ont pas, ou très peu, modifié leurs zones d’exploitation. Par contre, ceux qui ont interrompu leur activité l’ont reprise sur des zones d’exploitation plus restreintes. Les nouveaux aménagements réalisés dans le cadre du déconfinement n’ont pas influencé les zones d’exploitation des opérateurs, même si certains se sont établis sur les parkings de dissuasion. Une communication à ce sujet est à l’ordre du jour de la prochaine réunion du groupe de travail sur la mobilité partagée. Nous observons également l’impact des aménagements sur l’utilisation des services de vélos en libre partage grâce à la collecte des données partagées par les opérateurs, tel que prévu dans l’ordonnance.

    Si, jusqu’ici, l’impact de la crise du Covid-19 sur les chiffres du chômage complet reste limité, il est légitime de penser que cette situation ne va pas durer. Après la crise sanitaire, la Belgique sera touchée par une crise économique et sociale hors du commun. Certains secteurs vont subir des dégâts d’une ampleur inédite, des entreprises vont licencier et le nombre de faillites va augmenter.

    Pareille situation, prévisible, doit être dès à présent intégrée dans l’élaboration de tous les plans de relance. Au niveau fédéral tout d’abord, il faudra un plan de relance ambitieux qui s’inscrive dans le cadre du plan de relance européen et porte une attention particulière à toutes les dimensions de l’emploi : accès à l’emploi, création de nouveaux emplois et maintien de l’emploi existant. Au niveau bruxellois également, il faudra élaborer un plan de relance à la hauteur des défis qui nous attendent.

    La formation et l’accompagnement des personnes qui auront perdu leur emploi seront au cœur des politiques d’emploi pour la relance.

    La commission des affaires économiques et de l’emploi sera d’ailleurs le lieu approprié pour débattre de cette thématique, qui est beaucoup plus large que l’opérateur Uber Jump.

    Au sujet des opérateurs ayant opté pour le chômage technique et le licenciement, ainsi que de l’impact sur l’emploi, les contrats temporaires ont été interrompus en début de confinement chez Jump, mais selon les dernières informations obtenues par Bruxelles Mobilité, les contrats à durée indéterminée ont été maintenus. Mon administration ne dispose pas de plus d’informations.

    En ce qui concerne les aides, Mme Trachte nous signale que, parmi les trois opéraeurs, seule la société Dott possède une unité d’établissement en Région bruxelloise. Aucune prime n’a été octroyée à cette entreprise par Bruxelles Économie et emploi.

    Par ailleurs, Bruxelles Mobilité n’a octroyé aucune aide financière aux opérateurs de libre-service intégral. Elle a toutefois été un vecteur d’information et de rapprochement entre différents secteurs particulièrement frappés par la crise – vélos partagés, logistique urbaine, horeca, etc. -, ce qui a permis aux opérateurs d’être mieux équipés pour y faire face.

    Pour les opérations de réparation et de désinfection, le siège social de Lime est effectivement situé en Région bruxelloise, mais l’entrepôt principal où s’opèrent l’entretien et les réparations des trottinettes se trouve à Zaventem. Pour la recharge des batteries, Lime travaille avec plusieurs partenaires logistiques, tous établis à Bruxelles, et 85 % de la flotte de trottinettes est rechargée et nettoyée par leurs soins.

    En ce qui concerne les agents de contrôle, douze contrôleurs ont été mandatés par le gouvernement le 10 février 2020. Ces agents doivent prêter serment devant le juge de paix, mais n’ont pas encore pu le faire à cause du confinement. Les huit premiers contrôleurs pourront prêter serment d’ici la fin du mois de juin. Leur rendez-vous est fixé le 29 juin 2020. Les autres rendez-vous sont en cours de planification. Quand ces contrôleurs seront assermentés, Bruxelles Mobilité pourra débuter les patrouilles dédiées au cyclopartage.

    En ce qui concerne le temps de réaction au plaintes, les opérateurs respectent globalement le délai de 24 heures après notification. Il conviendra d’examiner si ce délai doit être maintenu ou modifié en concertation avec les opérateurs, afin d’éviter de prendre des décisions ayant un impact négatif.

    Rappelons que Billy Bike n’est pas présent dans l’ensemble de la Région parce que cela demande des investissements. Si on veut aller trop vite, les plus petites sociétés auront des difficultés à satisfaire les demandes. Il est important de les accompagner pour arriver à ce que nous voulons tous à Bruxelles, à savoir des vélos partagés partout, avec des emplacements de stationnement qui leur sont propres, à un prix accessible.

    Je suis convaincu que le cyclopartage en libre-service est une solution. Bien avant ma réélection, j’avais d’ailleurs revendu ma voiture car je me suis aperçu que je ne l’utilisais plus. Cette offre de vélos partagés nous permet d’utiliser le moyen de transport le plus idoine au moment nécessaire.

    En matière de mobilité partagée, nous sommes confrontés à plusieurs défis. Le premier est l’utilisation de l’espace public. La ville de Montréal a décidé de supprimer totalement la micro-mobilité en libre-service intégral en raison, précisément, des problèmes liés au stationnement. Il faut donc relever le défi des zones de dépôt.

    J’ai rappelé une solution que j’avais déjà soumis en commission.

    De nombreuses places de stationnement pour voitures ne sont pas réglementaires car situées juste devant un carrefour. Ces places pourraient être supprimées -ce faisant, nous ne ferions d’ailleurs que respecter les règles que nous avons nous-mêmes édictées – et remplacées, sans aucun risque pour la sécurité ou la visibilité, par des zones de dépôt pour vélos et trottinettes. On ne peut faire l’économie d’une réflexion sur le principe du libre- service intégral, qui permet de laisser le vélo ou la

    trottinette n’importe où. Nous allons sans doute nous diriger progressivement vers une généralisation du principe de zone de dépôt. Pour que cela fonctionne, il faut en installer partout, comme devant chaque carrefour, là où il est impossible de mettre autre chose, si ce n’est des vélos ou des trottinettes appartenant en propre à des usagers. Cette solution intéressante serait facile à mettre en œuvre. Il conviendrait donc de réaliser une cartographie pour installer ces zones de dépôt rapidement.

    Quant à la couverture universelle, qui est bien notre objectif final, une progressivité est nécessaire.

    Par ailleurs, je partage le constat de la ministre : si on ne fait rien, tous les opérateurs finiront par disparaître ou certains nouveaux acteurs apparaîtront pour repartir ensuite.

    Si nous devons, d’une manière ou d’une autre, soutenir ces entreprises, je ne soutiens pas en revanche, la logique de subsidiation à tout prix. Dans ce cas, c’est le public qui devra entièrement supporter toutes les charges afin que les entreprises privées puissent engranger des bénéfices. Cependant, il faut nouer des collaborations afin de soutenir ces entreprises car c’est une solution d’avenir.

    Dernier point, j’entends qu’il y a des plaintes – réduites à néant en raison du confinement -, mais il n’y a pas de sanctions. Il semble en effet que le délai de 24 heures de temps de réaction de la part des opérateurs soit beaucoup trop long. Autant, nous devons nous montrer compréhensifs sur certains points, autant ici, j’estime que nous devons être plus sévères et demander beaucoup plus de proactivité de la part des opérateurs lorsqu’une trottinette est stationnée au milieu d’un trottoir. Il s’agit d’un véritable problème pour toute une série de personnes, notamment celles à mobilité réduite.



    1 Retour progressif des trottinettes Lime à Bruxelles – Belga – 15/05/2020
    2 Les trottinettes Lime font leur retour progressif à Bruxelles – L’avenir (source Belga) – 15/05/2020
    3 Lime va-t-il procéder à des licenciements à cause du Covid-19 ? – Siècle digital – Par Yvonne Gangloff – 24/03/2020
    4 Le retour des trottinettes et vélos en libre-service, espoir fragile des spécialistes de la mobilité urbaine – LesNumériques – Johann Breton – 16/05/20
    5 “Comme un épisode de Black Mirror”: une start-up licencie 400 employés en 2 minutes via Zoom – 7sur7.be – 04/04/2020
    6 It Felt Like a Black Mirror Episode’ The Inside Account of How Bird Laid off 406 People in Two Minutes via a Zoom Webinar – dot.LA

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