• Mercosur

    L’accord UE et Mercosur, ça sera sans nous!

    La proposition de résolution que je co-signais avec des collègues de la majorité et de l’opposition concernant l’accord commercial entre l’Union Européenne et le Mercosur a été adoptée ! 

     

    C’était au milieu des années 90, cette époque où le libre-échange était le remède à la pauvreté dans le monde, aux inégalités, une voie toute tracée vers le progrès universel.

    C’est à cette époque qu’on sabre le champagne, l’accord-cadre interrégional de coopération entre Mercosur et l’Union européenne est signé le 15 décembre 1995 !

    Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Plus d’échanges, moins de barrières, encore plus de progrès pour les gens ! Quatre ans plus tard commencèrent donc les premières négociations en vue d’un accord de libre-échange, interrompues en 2004, reprises en 2010, puis encore arrêtées en 2012, pour arriver, après bien des péripéties, à l’annonce de l’obtention d’un accord de principe, le 28 juin 2019.

    Mais depuis tout ce temps, les lignes ont quelque peu bougé. Le libre-échange à tout prix a perdu de sa superbe. C’est vrai que les échanges internationaux ont explosé. Mais à quel prix ?

    Les citoyens, à travers l’Europe mais aussi au sein des Etats partenaires ont commencé à dénoncer les affres de cette globalisation : nivellement par le bas des prix, atteintes aux droits fondamentaux, aux droits sociaux, à nos services publics, exploitation environnementale hors de contrôle, hégémonie des grandes entreprises au détriment des exploitations familiales et locales.

    Il y a quelques années, Paul Magnette, alors Ministre-Président de la Région Wallonne, a courageusement remis en question ce modèle lors des discussions sur le CETA. Nous avons fait de même au niveau bruxellois. C’est dans cette cohérence d’action politique que nous défendons aujourd’hui cette proposition de résolution concernant l’accord UE – Mercosur.

    Puisque cet accord est mixte, notre Parlement doit envoyer un message clair et univoque. Et le premier point de notre dispositif va dans ce sens. En l’état, nous nous opposerons à cet accord.

    Un accord doit toujours être au service des peuples et être respectueux de leurs ressources réciproques. Sans doute est-ce un signe de cette exigence que tant d’acteurs de milieux très différents se soient inquiétés de cet accord et de ses lourdes répercussions, sur les droits sociaux, le commerce, l’économie, le climat, la santé, l’agriculture, le bien-être animal et bien entendu le respect des Droits humains.

    L’objectif est de l’accord est clair : supprimer à moyen terme toutes les barrières tarifaires et non-tarifaires entre les deux régions ? Rien de +, rien de -.

    Coûte que coûte, il faut permettre aux entreprises de vendre leurs marchandises… Que cela crée des rapports inégalitaires entre entreprises ? On n’en a cure. Que l’Amazonie en paye le prix ? On n’en a cure. Que cela pollue ? On n’en a cure…

    Nous voilà bien éloignés de l’Accord de Paris et du Green-Deal européen.

    Cet accord est à l’antithèse de modèle de société de nous défendons.

    Certes, on objectera que l’accord comporte un très beau chapitre sur le commerce et le développement durable, aux allures bien positives. Une très belle prose, engageante, réjouissante, mais évidemment… non contraignante.

    Les effets en matière de santé nous semblent également très préoccupants. Ceci n’augure rien de bon sur la question des engrais, des pesticides ou de l’usage d’antibiotiques dans les élevages. Ici aussi, pas de sanction ad hoc effective en cas de non-respect, juste des promesses vagues et encore une fois sans réel pouvoir de coercition.

    Sur le plan de la pratique des contingents tarifaires, les effets semblent aussi bien redoutables : porcs, bovidés, volailles sont concernés mais aussi les matières que sont l’éthanol, le sucre, le lait et leurs dérivés. Leur libéralisation à outrance s’annonce destructrice pour nos agricultures, surtout en ces temps de marché interne excédentaire.

    Vous le voyez bien, chers Collègues, ici, rien ne va dans le sens d’une économie circulaire, durable et écosociale de proximité.

    Notre Résolution dénonce aussi un manque de transparence dans les négociations  Une fois de plus : embargo sur des documents, signature avant la réalisation de l’analyse d’impact, rétention d’informations, lenteur des processus de consultation et de concertation.

    Enfin, pour parachever la liste de nos inquiétudes, la question du respect des travailleuses et des travailleurs.

    Nous connaissons les conditions de travail déplorables dans certains pays partenaires : refus des conventions fondamentales de l’OIT, menaces sur la liberté syndicale, l’inspection du travail.

    Vous le savez, la France, l’Autriche, le Luxembourg, l’Irlande mais aussi l’Argentine ont déjà sonné l’alerte.

    Notre Région doit se mobiliser également dans cette direction.

    Nous ne pouvons pas tenir de beaux discours sur le « mieux produire », le « bien manger », le « non gaspillage » et en même temps soutenir de telles dérives.

    Chers Collègues, avec cet accord, beaucoup de ce que pour quoi nous nous battons, sont en jeu !

    D’aucuns me diront qu’à Bruxelles, nous ne sommes pas directement concernés par ces enjeux. Que cela touchera peut-être les fermiers wallons ou flamands, les petits producteurs sud-américains… Je ne peux pas suivre cette thèse. Cet accord représente 1/4 du commerce mondial. Qui peut croire que cela sera sans répercussion, ici et ailleurs ?.

    Ce que nous avons dit lors des discussions sur le CETA, nous le redisons ici quant au Mercosur et nous le redirons encore, dans le cadre de l’accord avec la Colombie, le Pérou et l’Equateur.