• Le transport de fret ferroviaire - Le rail à Bruxelles

    Le transport de fret ferroviaire, un outil sous-exploité

    Le pacte vert pour l’Europe demande qu’une part substantielle des 75 % du fret intérieur qui est actuellement acheminé par la route soit transférée vers le rail et les voies navigables intérieures.

    Rappelons qu’il est responsable de 10% des émissions totales de CO21

    La Commission européenne, dans sa Stratégie de mobilité durable et intelligente2, relève les progrès limités3 en matière de part modale du rail concernant le fret intérieur : de 18,3% en 2011 à 17,9% en 2018.

    Le transport de marchandises par voie ferrée dans, en provenance et à destination du Benelux est surtout international, le transport ferroviaire n’est presque pas utilisé pour les échanges intra-Benelux.4

    L’usine Audi à Forest (ancienne usine VW) était devenue depuis 2014 l’unique utilisateur bruxellois du réseau ferroviaire pour le transport de marchandises.5 Aujourd’hui, l’avant-port rive droite est également desservi par le fret ferroviaire.

    Goodmove prévoit par ailleurs que « pour assurer l’approvisionnement de la Région, le potentiel de transport de fret sera intégré à la réflexion stratégique sur l’offre ferroviaire, afin de ne pas se priver de cette possibilité́ à moyen et long terme, mais au contraire de pouvoir la développer. »

    La page « transport de fret »6 du site de be.brussels précise que :

    « Dans leurs échanges commerciaux, les entreprises bruxelloises peuvent tirer parti du transport multimodal, combinant la route, le rail, le transport fluvial et aérien. Les deux infrastructures bruxelloises essentielles pour le transport de fret sont le Port de Bruxelles et l’Aéroport de Bruxelles National. »

     

    Or, dans sa Stratégie de mobilité durable et intelligente, la Commission européenne souligne « la rareté des infrastructures de transbordement, notamment des terminaux multimodaux terrestres, est particulièrement marquée dans certaines régions d’Europe ». Pour elle, ce point « devrait se voir accorder la plus haute priorité » et « les chainons manquants dans les infrastructures multimodales devraient être comblés. »

     

    L’actualité tend à nous lancer des signaux, parfois mal interprétés, de la nécessité d’un transfert modal du fret vers le rail. Maladies professionnelles (obésité, problèmes de dos et cardiovasculaires), horaires difficiles, solitude, bas salaires : tel est le quotidien de la profession de chauffeur routier, qui n’attire pas les jeunes. La pénibilité et le vide laissé par les départs en pensions des routiers en fait une profession peu attractive et en pénurie. En France moyenne d’âge de 43,3 ans et plus de 30 % des salariés âgés de plus de cinquante ans7. Les étagères vides dans les magasins du Royaume-Uni ont démontré la situation, dans la mesure où depuis le Brexit l’accès au marché britannique de l’emploi s’est en grande partie fermé pour les travailleurs de l’UE, et notamment les chauffeurs routiers des pays de l’Est.

     

    J’ai donc interrogé la Ministre au sujet des infrastructures bruxelloises pour le transport de fret dédiées au rail et des projets qui permettraient une augmentation du fret par le rail à Bruxelles.

     

    Il existe véritablement des intentions régionales concernant un meilleur approvisionnement de la Région de Bruxelles-Capitale qui, rappelons-le, dépendent en grande partie du niveau fédéral avec lequel la Région coopère étroitement.

    Deux objectifs ont ainsi été fixés :

    • un objectif absolu de réduction de 10 % des distances parcourues par les poids lourds sur le territoire régional à l’horizon 2025 par rapport à 2016 ;
    • un objectif relatif de réduction de la part de la route pour le transport de marchandises, en suscitant le report modal vers la voie d’eau et le rail pour les longues distances, et en encourageant l’utilisation des véhicules les plus respectueux de l’environnement pour les trajets dans l’agglomération.

    Concernant la part du fret routier qui pourrait être reportée vers le rail, l’accord fédéral de majorité de 2019 prévoit de doubler à l’horizon 2030 le volume de marchandises transportées par le rail, par rapport à 2019. Dans ce cadre, le ministre fédéral de la mobilité a décidé de former un groupe de travail avec des représentants des trois Régions et du niveau fédéral, afin d’analyser les pistes permettant de tendre vers l’objectif mentionné. Ce groupe de travail s’est réuni à plusieurs reprises et poursuit actuellement ses travaux.

     

    La Région et le niveau fédéral ont également collaboré afin d’effectuer la livraison des nouvelles rames de métro de la STIB par voie ferrée, notamment via les gares de Delta et Haren.

    Notons également que concernant la répartition de la capacité entre la SNCB et les opérateurs de fret dans Bruxelles, des sillons marchandises sont aujourd’hui réservés notamment sur les lignes 26, 28, 36 et 124 (vers Nivelles), ainsi que vers Anvers.

     

    Enfin, au niveau fédéral, il a été décidé que les frais ferroviaires seraient gratifiés d’un soutien simplifié, moyennant des réductions linéaires de 1,2 euro par kilomètre maximum sur les sillons. Ainsi, dès 2022 et au moins jusqu’en 2025, les entreprises ferroviaires pourront bénéficier de réductions des coûts kilométriques grâce à l’enveloppe annuelle de soutien de 13 millions d’euros, à raison de maximum 1,2 euro par train et par kilomètre parcouru sur le réseau.

     

    Si la Ministre a reconnu que cette seule mesure n’était pas suffisante, il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’une mesure concrète destinée à encourager le secteur et que je soutiens bien évidemment.

    J’ajouterais qu’il serait aussi intéressant de vérifier auprès des acteurs de la grande distribution et de la logistique qu’ils ont connaissance de cette initiative et de l’existence d’un soutien financier.

    De même, il me semble important de les intégrer au processus de réflexion afin de favoriser les alternatives au transport routier.

     

    Le transport de marchandises constitue un réel enjeu en Région bruxelloise et le transport de fret par le rail demeure fortement sous-exploité d’autant que la Belgique possède l’un des réseaux ferrés les plus denses au monde, a fortiori à Bruxelles.

    En matière de mobilité se sujet devrait donc être traité avec au moins autant d’importance que la zone de basses émissions, la taxation kilométrique des poids lourds et ou Smart Move car nous devons donc concentrer nos efforts pour son développement.

     


    1 Une nouvelle ligne en Belgique pour un transport de fret plus durable. Infrabel
    2COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS. Stratégie de mobilité durable et intelligente – mettre les transports européens sur la voie de l’avenir. 09/12/2020
    3 https://ec.europa.eu/eurostat/documents/portlet_file_entry/2995521/7-01102014-AP-FR.PDF.pdf/492cac10-1dd0-49f2-a688-01a001ecf93c
    4 Rapport benelux 2016 transport de marchandises importance et valeur ajoutée du transport de marchandises au sein du Benelux. Secrétariat général de l’Union Benelux. 2016,www.benelux.int
    5 Mathieu Strale, Philippe Lebeau, Benjamin Wayens, Michel Hubert et Cathy Macharis. Le transport de marchandises4 et la logistique à Bruxelles : état des lieux et perspectives. Bruxelles Mobilité
    6 Transport de fret be.brussels
    7 https://www.flotauto.com/transport-routier-conducteurs-20200831.html 31 août 2020.

Comments are closed.