• Quelle mélodie se joue dans le sous-sol bruxellois ?

    Lors de la commission environnement du 19 février 20201 j’avais interrogé le Ministre en charge de l’Environnement et du Climat, de l’Économie, de la Propreté et de l’Énergie sur, sur le plan canopée de la ville de Bruxelles et la stratégie de végétalisation de la Région Bruxelles-Capitale.

    Il a souligné très justement que le nombre d’arbres, en particulier au centre-ville, est fortement limité par les contraintes liées au bâti, à l’occupation du sous-sol et aux autres fonctions de l’espace public. Une difficulté rencontrée pour la verdurisation du piétonnier, notamment.
    Il se trouve que la ville de Bruxelles lance justement un projet pilote2 qui vise à étudier les endroits où les arbres pourront pousser, parce que le sous-sol n’est pas saturé par les canalisations et tunnels. Cette étude réalisée par un bureau d’études mandaté se déroulera sur le bas de Laeken et le quartier européen et consistera à cartographier les sous-sols de ces deux quartiers.
    Un budget de 281 000 euros a été débloqué pour ce projet.
    Dans un même temps, Bruxelles Environnement prévoit de se doter d’un outil informatique et cartographique pour la gestion de son patrimoine arboré pour lequel un budget prévisionnel de 285 000 euros a été attribué.

    De manière générale, l’intérêt d’une cartographie du sous-sol dépasse de loin la fonction d’outil d’aide à la végétalisation.

    Concernant une éventuelle cartographie de l’occupation du sous-sol à l’échelle de la Région Bruxelles-Capitale et par extension une collaboration avec les communes et une mutualisation des outils, la réponse du Ministre est claire :
    Il n’existe pas de carte des sous-sols au niveau de la Région bruxelloise et ce n’est pas prévu dans l’immédiat.
    Une telle cartographie nécessiterait d’abord une réflexion approfondie sur la manière de la réaliser, sur les données existantes fiables et exploitables et sur celles à acquérir, sur l’architecture de cette base de données et sur les finalités de cette démarche.
    La plantation des arbres en ville est une des finalités envisageables, mais il en existe de nombreuses autres, comme par exemple la réalisation des travaux de voiries (réseaux d’eau, de gaz, d’électricité et télécoms) ou la percée de trémies et tunnels pour la création d’axes de transport ou la création de passages à faune. C’est un sujet très complexe car le sous-sol de la Région est rempli de canalisations, câbles, tunnels, et autres impétrants, et il n’en existe pas nécessairement de plans très précis, en particulier lorsqu’il s’agit de vieilles infrastructures.

    Avant de lancer un quelconque projet de cartographie, il est évident que les autorités et les acteurs concernés devraient être associés à cette réflexion afin de s’accorder sur les besoins réels, les démarches à suivre et les finalités à atteindre. Il serait envisageable de se baser, entre autres, sur l’expérience en cours à la Ville de Bruxelles (deux quartiers seulement), mais aussi sur celle des autres villes présentant une structure urbaine similaire.

    Actuellement, une demande de carte ou plan peut être faite sur le site web du CICC, le Point de Contact Fédéral d’Informations Cable et Conduites. Cette demande permet dès lors de préparer des travaux qui impacteraient les sous-sols, s’il existe toutefois un plan de la zone concernée.
    Enfin, Bruxelles Environnement a récemment mis en place une plateforme d’analyse des sous-sols à destination des professionnels : Brugeotool.
    Cet outil d’analyse permet d’obtenir des informations concernant la géologie, l’hydrogéologie et la géothermie par une recherche dans plusieurs couches d’informations. Bien que Brugeotool traite des thématiques environnementales sur des échelles différentes en termes de profondeur, cet outil peut être un moyen d’inspiration pour la mise en place d’une future cartographie des sous-sols
    L’outil  informatique et cartographique en cours de développement au sein de Bruxelles Environnement pour la gestion du patrimoine arboré ne comprend pas les facteurs liés au sous-sol.
    Il vise à faciliter la gestion phytosanitaire des arbres présents dans les parcs régionaux, et ne vise pas à définir des possibilités pour des plantations nouvelles.

    Une très grande partie de ces arbres se trouve dans des espaces verts, les arbres étant plantés dans la majorité des cas dans un sol naturel et libre d’impétrants. L’inventaire phytosanitaire des arbres ne prend donc pas en compte la qualité des sous-sols. Néanmoins, la question sera pertinente pour l’extension possible de la base de données à Bruxelles Mobilité et aux gestionnaires communaux, puisque leur patrimoine arboré est essentiellement situé en voiries, squares et places publiques.
    Si une carte des sous-sols complète était produite, il serait alors techniquement faisable de la superposer avec la base de données des arbres pour évaluer au mieux les interventions phytosanitaires nécessaires ou pour orienter les nouvelles plantations.

    Le Ministre a confirmé que si ce type de cartographie était développé, les données de cartographie du sous-sol seraient disponibles en open data.

    La question des données sensibles telles que la présence éventuelle de backbones (éléments d’importances capitale en matière de réseaux de données) ou des données à caractère personnel serait étudiée avec les juristes et les acteurs concernés. Des limitations d’accès à certaines couches d’informations pourraient ainsi être prévues en fonction de la sensibilité de certaines données.

    À titre d’exemple, la cartographie des terrains (potentiellement) pollués à Bruxelles a été réalisée en parfaite conformité avec les dispositions légales du Règlement général sur la protection des données (RGPD)

     


    1 Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale – Compte rendu intégral – Commission de l’environnement et de l’énergie
    2 Véronique Lamquin. La Ville de Bruxelles étudie son sous-sol pour planter un maximum d’arbres. 29/04/2020

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