• Végétaliser la Région ? Oui ! Mais dans le respect de notre éco-système…

    Ce mercredi 19 février, en Commission de l’environnement, j’ai interrogé notre Ministre Alain Maron, sur ce que l’on appelle le « plan canopée ». Voici de quoi il s’agit.

    La presse s’est fait l’écho du lancement du plan Canopée par la Ville, qui a été rapidement qualifié de large plan de végétalisation des rues et des quartiers du territoire bruxellois qui sera déployé de 2020 à 2030.1 2 3
    Il est vrai que de nombreuses villes et collectivités telles que Barcelone, Montréal, Denver, Melbourne, le Grand Lyon ont fait le choix de développer leur canopée.

    On peut d’ailleurs rappeler qu’au XVIe siècle déjà, les routes étaient bordées d’arbres afin de délimiter le tracé et de protéger les piétons et les chevaux du soleil, on pensait à la sécurité et aux aspects fonctionnels.

    Qui dit arbres, dit feuilles. Or les feuilles mortes qui s’accumulent sur les pelouses risquent de l’asphyxier pendant la période hivernale. Pas d’air, pas de lumière, c’est une loi végétale élémentaire.  Si une bonne part des feuilles est chassée naturellement par le vent, cela ne suffit pas pour éviter un tapis de feuilles relativement épais.

    Autre raison qui plaide en faveur d’un ramassage des feuilles mortes : les maladies et insectes. Le tapis de feuilles est généralement humide, chaud et se décompose lentement. Un terrain de prédilection pour le développement de maladies végétales et autres insectes nuisibles en tout genre. Ce sont donc des conséquences de la végétalisation qu’il convient de gérer.

    Le lancement de ce plan par la ville de Bruxelles me permet donc de faire le point avec vous au sujet des projets du Gouvernement en matière de végétalisation et d’intégration des arbres dans nos politiques d’aménagement du territoire et de mobilité, avec les conséquences que cela implique. J’ai donc posé ces questions à Alain Maron :

    • Des visites ont-elles été organisées dans des villes ayant déjà mis en place un plan canopée ? Avez-vous des retours d’expérience ?
    • Pour les projets lancés par les Communes, une concertation est-elle prévue avec le niveau régional ?
    • Au niveau des conséquences, des moyens pour le ramassage des feuilles et des outils de prévention contre les maladies sont-ils prévus ?
    • Du point de vue de la stratégie régionale en matière de végétalisation, les ilots de chaleurs sont-ils prioritaires ?
    • Une réflexion sur l’utilisation d’arbres dans le cadre d’un aménagement de l’environnement routier a-t-elle été menée ?

    Dans sa réponse, le Ministre a expliqué que les arbres contribuent directement à la lutte contre les îlots de chaleur en milieu urbain, abordant d’abord la problématique plus générale des arbres et de la végétalisation de la ville, pour ensuite aborder la question plus spécifique des îlots de chaleur.

    Plusieurs villes ont travaillé à des plans et stratégies visant à développer leur canopée, c’est-à-dire la masse constituée par les couronnes d’arbres. Bruxelles Environnement entretient divers contacts avec certaines de ces villes que sont Paris, Lyon ou Genève. À ce jour, aucune visite officielle portant spécifiquement sur cette thématique n’a toutefois encore été réalisée.

    La Ville de Bruxelles s’est également engagée dans une telle stratégie et le gouvernement bruxellois continuera de suivre de près cette initiative intéressante.

    Le Ministre-Président et le Ministre ont ainsi demandé à Bruxelles Environnement et à perspective.brussels de travailler à la stratégie d’adaptation au changement climatique et de résilience urbaine prévue dans la déclaration de politique régionale (DPR). Les premières réunions de travail ont eu lieu, mais il est trop tôt pour annoncer l’aboutissement de ce travail.

    Des mesures pour augmenter la masse végétale, en particulier dans les zones centrales qui souffrent de la chaleur lors des canicules, feront évidemment partie de cette stratégie. Elles devront également s’articuler avec le plan nature, qui fait actuellement l’objet d’une évaluation.

    Avant de voir l’aboutissement de cette stratégie, une série de mesures en cours sont destinées à mieux connaître et protéger le patrimoine arboré existant.

    • Premièrement, Bruxelles Environnement prévoit de se doter d’un outil informatique et cartographique pour la gestion de son patrimoine arboré. Un budget prévisionnel de 285.000 euros a été attribué à cette fin. Une fois testé et validé, cet outil pourra être mis à la disposition des autres pouvoirs publics qui le souhaitent. Une partie des subventions allouées chaque année aux communes par Bruxelles Environnement pourra contribuer à la mise en œuvre de ce type d’inventaire par les communes qui n’en ont pas encore.
    • Deuxièmement, des formations en matière de soins aux arbres sont organisées à l’attention des professionnels des communes et des entreprises privées.
    • Troisièmement, Bruxelles Environnement et Bruxelles Mobilité collaborent actuellement pour réviser les clauses techniques des cahiers des charges des marchés de gestion des arbres en voirie, notamment pour mieux intégrer des mesures phytosanitaires comme le sort réservé aux feuilles d’arbres malades.
    • Quatrièmement, la révision du règlement régional d’urbanisme (RRU) et de l’arrêté définissant les actes et travaux de minime importance sera l’occasion d’accorder une attention particulière aux arbres, par exemple en ce qui concerne la taille des fosses de plantation ou le type d’élagage dispensé de permis, le but étant de faciliter les plantations.
    • Cinquièmement, Bruxelles Environnement participe au projet européen Clearing House (Collaborative Learning in Research, Information- sharing and Governance on How Urban forest- based solutions support Sino-European urban futures) dans le cadre du programme-cadre H2020 de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation. Ce projet analyse les solutions qui exploitent les services écosystémiques naturels.

    Enfin, la carte d’évaluation biologique en cours de mise à jour fournira une meilleure compréhension du réseau écologique bruxellois et permettra de mieux le renforcer. Rappelons que la biodiversité et le climat sont deux problématiques étroitement liées.

    La stratégie de végétalisation de la Ville de Bruxelles ne doit donc pas se limiter à la canopée et à la plantation d’arbres à haute tige.

    Si l’importance du nombre d’arbres est indéniable, il faut plutôt miser sur leur qualité, leur vigueur et leur contribution à la qualité de l’environnement et à la biodiversité. D’ailleurs, le nombre d’arbres, en particulier au centre-ville, est fortement limité par les contraintes liées au bâti, à l’occupation du sous-sol et aux autres fonctions de l’espace public.

    La variété du type de plantations est également primordiale, y compris des strates arbustives et herbacées, des potagers, des prairies et des zones humides, nécessaires au maintien de la diversité de la faune, de la flore et des paysages de notre Région.

    Comme le prévoit la déclaration de politique régionale (DPR), l’outil que constitue le coefficient de potentiel de biodiversité par surface (CBS+), récemment mis à jour, permettra d’orienter les nouveaux projets vers une plus grande proportion d’espaces végétalisés de tous types. Il s’agira d’augmenter la végétalisation et la biodiversité sur tous les sites, y compris en cas de nouveaux projets.

    Le surcroît de travail lié à la gestion des nouvelles plantations est difficile à estimer. Dans toutes les zones minéralisées, le ramassage systématique des feuilles est déjà réalisé par les agents communaux et de Bruxelles Mobilité. Ces interventions sont menées pour des raisons de sécurité, dans le but de prévenir le bouchage des avaloirs et de réduire les risques de glissade sur les trottoirs. La charge de travail ne devrait toutefois pas augmenter significativement et, si le nombre d’arbres devait néanmoins croître sensiblement dans un lieu, les cahiers des charges pourront être adaptés progressivement.

    Concernant plus spécifiquement les îlots de chaleur, la lutte contre la surchauffe des quartiers fortement urbanisés passe essentiellement par le développement du maillage vert et du maillage bleu.

    Divers projets importants y contribueront : le projet Max sur Senne, le parc des Colombophiles, le parc qui est prévu dans le cadre du contrat de rénovation urbaine 5 (CRU 5), peut-être conjointement à l’aménagement du marais Wiels, etc. Le plan opérationnel de Neerpede (PON) qui se clôturera au printemps confirmera le rôle de « climatiseur » que joue cette zone pour la ville grâce aux vents dominants qui passent sur ce vaste maillage d’espaces verts et bleus.

    L’espace public est en effet aujourd’hui trop minéralisé et générateur de chaleur en été. Des mesures nécessaires au niveau de l’aménagement de l’espace public, en termes de plantations et de gestion des eaux pluviales sont en cours de réflexion.

    Le futur règlement régional d’urbanisme (RRU) devra favoriser les aménagements apportant de la fraîcheur.

    Une des conditions nécessaires pour atteindre une réduction conséquente de la température de la rue est cependant l’arrosage de la voirie en période de grandes chaleurs. Cela est possible dans une ville comme Paris qui dispose de deux réseaux d’alimentation d’eau séparés, le premier destiné à l’eau potable et le second, directement alimenté par la Seine, à l’arrosage des parcs et au nettoyage des rues. À Paris, il n’y a donc pas de gaspillage d’eau traitée qui serait utilisée à des fins de nettoiement des rues et de rafraîchissement des trottoirs. Ce double réseau n’existe pas à Bruxelles.

    Notre meilleur moyen d’action contre l’absorption de la chaleur par les revêtements de voirie est donc la plantation d’arbres qui empêche le rayonnement solaire de s’accumuler dans le sol.

    Je suis très heureux de voir que le gouvernement prend ce dossier à bras-le-corps. Il est en effet important de nouer des échanges avec les autres villes, puisque les défis sont communs en matière de réchauffement climatique. Face à l’impératif de répondre à ce phénomène, le retour d’expérience est important et il serait intéressant de connaître le résultat des discussions avec Paris, Lyon et Genève.

    Ces résultats sont attendus pour 2020-2021 et je ne manquerai pas de revenir vers le Ministre à ce sujet.

     


    1 https://www.rtbf.be/info/regions/bruxelles/detail_la-ville-de-bruxelles-lance-canopee-un-plan-de-vegetalisation-du-territoire-bruxellois?id=10380016
    2 https://www.dhnet.be/regions/bruxelles/bruxelles-ville-lance-son-plan-canopee-pour-vegetaliser-la-commune-5de663b5f20d5a0c46f34f52
    3 https://www.bruxelles.be/plan-canopee-2020-2030

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