• Reforestation et Babyboom

    Récemment, la presse française1 (entre autres) se faisait l’écho de Baby boom2. Et pour cause, le projet de la ville de Bruxelles Adopté dans le cadre du plan climat 2018 devait débuter en janvier de cette année.

    Le site du projet nous indique que :

    « Pour chaque naissance de Bruxellois.e.s sur le territoire de la Ville de Bruxelles, un arbre sera planté dans un pays du Sud. L’objectif est de porter un projet de certification carbone qui consiste à planter des arbres pour atténuer les effets de nos émissions de CO2 et de contribuer à la reforestation en collaboration avec une ou plusieurs ONG. »

    Il s’agit plus simplement d’un parrainage puisqu’à chaque naissance déclarée aux registres communaux de la ville de Bruxelles, les parents recevront une carte les informant qu’un arbre sera planté en son nom dans un pays du sud.

    Ce projet connaît des précédents.

    Ainsi, en Suisse, depuis 2001, la ville de Lausanne3 propose aux parents de venir eux-mêmes planter un arbre. Quant à Paris, le choix a été fait de ne pas conditionner la plantation d’arbre aux naissances.

    Concernant Bruxelles, en février 2019 le lieu de plantation des arbres du projet Baby Boom ne semblait pas encore réellement fixé.

    « L’arbuste sera planté soit dans une des maternités situées sur le territoire de la Ville de Bruxelles (Brugmann, Saint-Jean, Saint-Pierre…), soit « dans un pays du sud » »

    Depuis, et le site dédié4 à l’opération l’indique, il semble acquis que chaque arbre sera planté dans un pays du Sud mais sans plus de précisions. On ignore donc dans quel(s) pays seront plantés les arbres et sur la base de quel(s) critère(s) sera établi le choix du ou des pays. L’ensemble du projet bénéficie d’une enveloppe de 25 000 €.

    Malgré des échos moindres dans la presse, la Région plante aussi des arbres dans les pays du sud.

    A cet égard, Bruxelles-Environnement a conclu une convention de partenariat5 avec Enabel pour 5 années (2016-20) afin de mener quatre projets d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique.

    Il se trouve que ce programme d’afforestation, de reforestation et de conservation de la biosphère, se déroule dans quatre districts limitrophes de Kigali, au Rwanda, en l’occurrence un pays du sud.

    La convention conclue s’élève à 2 519 186 euros répartis de manière équilibrée entre les quatre projets sélectionnés dont fait partie celui du Rwanda. Bruxelles Environnement a conjointement lancé avec Brussels International un appel à projets à destination des Organisations de la Société Civile (OSC) belges pour mener des projets dans les pays en voie de développement les plus vulnérables, et ce dans un contexte urbain ou semi-urbain.

    Le site de Bruxelles-environnement mis à jour le 10/01/2020 dresse la liste des projets sélectionnés et actuellement subsidiés parmi lesquels ne figure aucun programme d’afforestation ou de reforestation au Rwanda.

    En matière de plantation, seul le projet lié aux arbres fruitiers à Kinshasa (en RDC), démarré en 2017 et pour une durée de 2 ans, avec un subside de 140 934 euros est mentionné.

    Un autre appel d’offres6 a été lancé par la Coopération Technique Belge (devenue Enabel le 1er janvier 2018) fait quant à lui état d’Activités de boisement et de reboisement dans 7 districts d’intervention FMBE au Rwanda. Les conditions sont par ailleurs fixées dans la convention avec Enabel7.

    Il semblerait qu’à ce jour, l’appel d’offre dont la date de clôture était le 20/02/2018 n’ait pas été attribué.891011

    J’ai donc interrogé le Ministre à ce sujet.

    La Région de Bruxelles-Capitale a conclu une convention de partenariat avec Enabel pour 5 années (2016-2020) afin de mener quatre projets d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique. Les thématiques de l’atténuation et de l’adaptation aux effets du changement climatique étant par définition plus larges que la seule dimension du reboisement, la convention porte également sur d’autres éléments.

    Les projets sont les suivants :

    • Palestine : conception, fourniture et installation de systèmes solaires photovoltaïques pour des écoles ;
    • Mozambique : installation de systèmes de dessalement utilisant l’énergie solaire pour l’alimentation de réseaux d’adduction d’eau dans la province de Gaza ;
    • Rwanda : programme d’afforestation, de reforestation et de conservation de la biosphère dans quatre districts limitrophes de Kigali ;
    • Ouganda : provision de systèmes d’approvisionnement en énergies renouvelables dans des collèges de formation professionnelle.

    Comme le veut le principe des projets « top-up » qui font l’objet de cette convention, la contribution bruxelloise est toujours complémentaire à un projet déjà mené sur place, de façon à en amplifier les effets, tout en bénéficiant du cadre du projet et en limitant donc les frais fixes liés à sa mise en route ou à la recherche de partenariats.

    Pour le projet au Rwanda, la contribution bruxelloise est complémentaire au programme entre la coopération belge et le Rwanda “FMBE” (« Forest management and woody biomass energy support »), qui court depuis décembre 2016 jusque juin 2021, d’un budget global de 3 millions d’euros.

    La contribution bruxelloise permet d’étendre la portée potentielle du projet FMBE dans 4 districts limitrophes de Kigali (là où la pression environnementale est particulièrement élevée) et de contribuer à la restauration d’au moins 2 millions d’hectares de terres dégradées au Rwanda.

    En effet, les changements climatiques bouleversent le régime pluviométrique du Rwanda et, par conséquent, l’agriculture et l’exploitation forestière. La forêt fournit l’essentiel des ressources énergétiques d’une population dont la densité ne cesse de croître en exerçant une pression toujours plus forte sur son environnement.

    Dans le cadre de cette contribution, le processus d’appel d’offres pour les activités de boisement et d’agroforesterie pour le projet au Rwanda a été finalisé en 2019 avec l’attribution et la signature de deux contrats dans la cadre de deux appels d’offres publics:

    • RWA873 (activités de boisement et de reboisement) pour un montant total de 323 912,83€.
    • RWA874 (Plantation d’arbres agro-forestiers), pour un montant total de 185 363,58 €.

    On peut néanmoins d’interroger quant à l’affectation des 629 796.5€, soit le quart du montant, par rapport au montant global de la convention dédié au projet d’afforestation et de reforestation au Rwanda.

    Combien d’arbres ont été plantés à ce jour ?

    Si la convention entre Enabel et Bruxelles Environnement stipule que son montant global sera reparti équitablement entre les quatre projets, cela ne revient pas, pour autant, à une simple division par quatre.

    En ce qui concerne le programme d’afforestation, de reforestation et de conservation de la biosphère dans quatre districts limitrophes de Kigali au Rwanda, la contribution de la RBC est de 565 000 €.

    Voici un récapitulatif des objectifs en hectares d’afforestation/reforestation (nous n’avons pas de données sur le nombre d’arbres) de la contribution bruxelloise :

     

    Saison mars 2019 – mai 2020 – Boisement / conversion de terres publiques

    Seizoen maart 2019 – mei 2020 – Bebossing / Conversie van openbare grond

    Kigali Rwamagana Rulindo Gakenke Gicumbi Total RBC

    Totaal BHG

    FMBE FMBE RBC

    BHG

    FMBE RBC

    BHG

    FMBE RBC

    BHG

    FMBE RBC

    BHG

    Hectare (ha)
    Nouveau bord route / rivière
    Nieuw langs weg of rivier
    185 40 50 48 48 40
    Unités de gestion des forêts privées
    Private bosbeheereenheden
    110 164,6 44 65 44 65 100 394,6
    Agroforesterie / Agrobosbouw 1.000 500 480 1.980
    185 110 1204,6 94 565 92 545 48 100 2.414,6

     

    En 2019, les activités suivantes ont été réalisées :

    1. identification et cartographie des sites à planter ;
    2. mobilisation/sensibilisation de la communauté lors des préparatifs de la prochaine saison de plantation: constitution de coopératives de propriétaires de boisés privés ; identification des facilitateurs pour les Champs Ecole Forestier sur les nouveaux sites à planter ; établissement et formation de comités de vigilance communautaire sur les routes à planter ;
    3. travaux préparatoires durant la saison pluviale : création de pépinières d’arbres et creusement de fossés et de trous antiérosifs à planter ;
    4. processus d’appel d’offres (voir question 1)
    5. lancement d’une campagne de plantation et plantation d’une superficie de 2 414 ha entre octobre et décembre 2019.

    En termes de nombre de bénéficiaires :

    • 6361 propriétaires de terres agricoles ont bénéficié des interventions d’agroforesterie sur 1980 ha ;
    • 1424 petits propriétaires de boisés ont bénéficié de travaux de boisement pour réhabiliter leurs forêts dégradées.

    Cette année, le projet met principalement en œuvre des activités principalement liées à l’entretien des arbres.

    Concernant les partenariats prévus impliquant Bruxelles-Environnement et les pays du Sud en matière d’afforestation et de reforestation, Enabel est en charge de l’implémentation des actions concrètes sur le terrain, en partenariat avec des acteurs locaux et aucun agent de Bruxelles Environnement n’a voyagé au Rwanda.

    En ce qui concerne les projets de reforestation/afforestation, outre le projet mené par Enabel au Rwanda, la RBC soutien dans le cadre de son appel à projets « sud », un projet de protection et préservation de la biodiversité contre les effets néfastes du changement climatique en Haïti mené par l’ONG Geomoun pour un montant de 115 400 euros. Ce projet consiste à lutter contre le déboisement.

    Au sujet du projet « Baby Boom », il n’existe pas à ce stade, de concertation sur ce sujet entre la Région et la Ville. Bruxelles Environnement a cependant des contacts avec la Ville de Bruxelles pour leur plan climat et les données liées.

    Notons par ailleurs que Bruxelles Environnement n’entend pas développer sa propre expertise ou son réseau dans le domaine des projets d’afforestation et de reforestation dans les pays du sud étant donné qu’il existe déjà des acteurs professionnels.
    C’est dans cette optique que Bruxelles Environnement travaille avec Enabel (mais aussi d’autres acteurs pour d’autres projets, dont des fonds multilatéraux), dont l’expertise est largement démontrée. Pour la concrétisation des projets, Enabel s’entoure elle-même d’un réseau d’acteurs locaux, régionaux, nationaux ou internationaux, au sein duquel Bruxelles Environnement n’intervient pas.

    Afin d’assurer une cohérence en matière de climat, les grandes orientations des projets sont définies au sein de comités de pilotage où sont présents les représentants de Bruxelles Environnement en charge du suivi des dossiers sur le financement climatique international et ainsi qu’un membre du cabinet du Ministre.

     


    1 Aude RAUX. Baby Boom : la ville de Bruxelles s’engage à planter un arbre à chaque naissance . Télérama 15/01/2020
    2 Plan climat Ville de Bruxelles
    3 Eric FELLEY. Pour sauver la planète, un enfant naît, un arbre est planté ! 15/02/2019
    4 Baby Boom – Plan climat Ville de Bruxelles
    5 Bruxelles environnement – Financement climatique international. environnement.brussels
    6 Marchés publiques Govex (BTCCTB-RWA 851-F03_0)
    7 BIdding document ENABLE RWA 853 – january 2018. Service tender for“afforestation and reforestation activities in 7 fmbe intervention districts”
    8 Afforestation and reforestation activities in 7 FMBE intervention Districts in Rwanda
    9 https://www.rtbf.be/info/regions/bruxelles/detail_la-ville-de-bruxelles-lance-canopee-un-plan-de-vegetalisation-du-territoire-bruxellois?id=10380016
    10 https://www.dhnet.be/regions/bruxelles/bruxelles-ville-lance-son-plan-canopee-pour-vegetaliser-la-commune-5de663b5f20d5a0c46f34f52
    11 https://www.bruxelles.be/plan-canopee-2020-2030

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