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    Vélos cargos : la mobilité alternative séduit de plus en plus

    Le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a lancé un appel à projets, similaire à ceux de 2019 et 2018, à l’attention des 19 communes bruxelloises pour la mise en œuvre de projets de « mobilité durable1 ».

    Dans cet appel à projets, divisé en 3 volets 2 figure Cargo bike for Brussels visant à sensibiliser et favoriser l’utilisation de vélos-cargos par les communes et les citoyens sur de courtes distances.
    Le soutien de la Région, exclusivement financier, prend la forme d’une subvention à la commune.
    Il s’élève, pour le volet Vivre la ville dans lequel figure Cargo bikes for Brussels à 35 000 euros maximum. Ce montant est à répartir entre les différents projets qu’elles souhaitent présenter en fonction de leurs priorités locales.

    Le dossier de candidature pouvait être envoyé à Brulocalis certains lundi du mois à partir de février et jusqu’au 7 septembre 20203. La sélection devant s’opérer par un jury organisé endéans les 10 jours après la date de réception des dossiers (hormis période de vacances) soit : le 13 février,le 12 mars,le 23 avril le 14 mai, le 11 juin, le 6 juillet, le 25 août, le 11 septembre.
    Les projets déposés dans le cadre de cet appel peuvent prendre diverses formes, comme l’achat d’un ou plusieurs vélos cargos pour les livraisons ou les déplacements réalisés par une commune ou l’incitation pour les commerçants à tester les vélos cargos pour assurer les livraisons de courte distance.

    Cette subvention vise à couvrir, entre autres, l’achat de vélos cargos, la conception, production et distribution de supports de communication print ou digitaux,…

    La commune de Schaerbeek4 a fait l’acquisition de trois vélos cargo triporteurs avec assistance électrique grâce à Cargo bike for Brussels. Ces nouveaux véhicules auront différentes fonctions dont la collecte d’invendus alimentaires, la disposition lors d’évènements, de livraisons, etc. Le service Propreté & Espaces verts utilisera les deux autres vélos.

    J’ai donc interrogé la Ministre sur ces deux projets.

    Contrairement aux grandes villes de pays comme les Pays-Bas ou le Danemark, Bruxelles n’a pas encore adopté la culture du vélo cargo, malgré un potentiel assez important pour les familles qui justifient l’utilisation de la voiture par son utilité dans le cadre des courses ou pour déposer les enfants. Les études internationales démontrent que les vélos cargos conviennent également pour 75 % des trajets privés, y compris ceux des familles avec enfants. Nous parlons, ici, bien sûr, d’un potentiel.

    Au-delà des familles, le vélo cargo présente aussi un potentiel d’utilisation par les entreprises : 50 % des livraisons en ville pourraient être effectuées à l’aide de vélos cargos.
    Les avantages en termes de bruit, de qualité de l’air, de congestion et de stationnement – les vélos cargos ne stationnent pas en double file – ont donc incité la Région bruxelloise à lancer deux projets distincts.

    Mis en place depuis des années, Cargo Bike for Brussels accorde des subventions aux communes pour l’utilisation de vélos cargos.
    Cairgo Bike est, quant à lui, un nouveau projet plus large, bénéficiant d’un soutien important de l’Union européenne. Il vise une amélioration de la qualité de l’air à Bruxelles par l’adoption massive des vélos cargos. Son nom est tiré de l’association des termes “cargo”, “air” et “go”.
    Le projet Cairgo Bike va créer l’écosystème nécessaire pour convertir les professionnels et les particuliers à l’utilisation du vélo cargo. Il s’agit d’un plan global et coordonné qui a pour objectif de lever les freins à l’adoption du Cargo Bike for Brussels.

    Trois grands types d’actions seront entreprises : convertir les indécis, permettre l’accès et l’usage des vélos et faciliter leur stationnement.

    On ignore si le confinement a eu une incidence sur le nombre de projets soumis ou sur le travail des jurys.

    Concernant les subventions : seize communes ont introduit un projet Vivre à Bruxelles en 2020 dont neuf projets Cargo Bike for Brussels. Le dossier de subventions devant encore être approuvé par le gouvernement, la Ministre n’a pas encore pu communiquer le montant du budget qui sera alloué.

    Concernant le cumul des subventions avec celles des années précédentes, y compris pour des projets identiques, il est possible à condition de rester dans l’enveloppe maximale de 35 000 euros par an. Les communes peuvent, en cas de projet concurrent, introduire une nouvelle demande pour étendre le projet.

    « Cairgo bike » et « Cargo bike » : noms similaires, financements différents, finalité identique ?

    La presse annonçait cet été que la Région bruxelloise, avec le soutien de l’Europe, va consacrer plus de cinq millions d’euros à encourager le vélo cargo dans la capitale. Pour le transport de marchandises et de personnes.5

    Le projet qui se nomme « Cairgo Bike », à ne pas confondre avec « cargo bike » précédemment cité, recevra près de 4,7 millions d’euros de fonds FEDER (développement régional) en provenance d’UIA, le « laboratoire urbain » de l’UE, afin d’améliorer la qualité de l’air en développant le vélo-cargo (porte-bébé, remorque vélo, cargobike, vélo suiveur, etc.)6

    La presse annonçant que Bruxelles va consacrer 5 millions au projet et évoquant une aide de 4,7 millions de fonds européen, quels sont les chiffres exacts et quelle la quote part de la Région dans l’optique ou elle consacre un budget à ce projet ?
    Le budget total du projet Cairgo Bike s’élève à plus de 5 millions d’euros, financé pour 80 % par le Fonds européen de développement régional (Feder) au travers de l’initiative Actions innovatrices urbaines.

    La Région va cofinancer le projet à hauteur de 20 %, réparti entre les quatre partenaires publics et quelques partenaires privés. Le budget à la charge de la Région est réparti entre Bruxelles Mobilité, Bruxelles Économie et emploi, Bruxelles Environnement, parking.brussels et quelques partenaires privés tels que Pro Vélo, Cambio, Remorquable, Urbike et la VUB.

    Le financement de la Région s’élève donc à presque 900.000 euros pour ce projet, sur une durée de trois ans.

    En 2019, l’autorisation de remorques de vélo plus larges dans le cadre du projet pilote de la région a fait l’objet d’un recours au conseil d’état, le Fédéral contestant la compétence de la Région.


    A ce jour, le Conseil d’État n’a pas encore rendu l’arrêt sur l’autorisation de remorques vélos plus larges. Le rapport de l’auditeur du 19 juin conclut à l’annulation de l’arrêté du gouvernement du 25 avril 2019. Ce contentieux ne doit pas masquer le fait que, sur le fond, l’autorité fédérale et la Région s’accordent sur l’opportunité de modifier le Code de la route pour permettre la circulation de remorques vélos plus larges et ainsi permettre l’essor du transport de marchandises à vélo.

    Le gouvernement fédéral a, en effet, pris la décision d’autoriser les remorques par le biais de l’arrêté royal du 16 juin 2020 modifiant l’arrêté royal du 1er décembre 1975 portant sur le règlement général sur la police de la circulation routière et de l’usage de la voie publique en ce qui concerne les remorques tirées par des bicyclettes dans le cadre de projets pilotes pour le transport de marchandises.

    Cet arrêté va modifier le Code de la route en prévoyant que les remorques tirées par les bicyclettes lors du transport de marchandises peuvent désormais avoir une largeur de maximum 1,20 m au lieu de 1 m lorsqu’elles sont utilisées dans le cadre des projets pilotes. La mise en place de ces projets pilotes pourra être organisée par les Régions, sachant que le gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale a déjà pris une initiative en ce sens. Grâce à cette demande portée par la Région bruxelloise, ces remorques plus larges peuvent maintenant être utilisées dans tout le royaume, à la plus grande satisfaction de nombreux coursiers et grandes entreprises comme Decathlon.
    Pour ce qui est du niveau fédéral, le rapport de l’auditeur donne déjà une indication.

    La Région veut avancer sur ce dossier et travaille déjà dans le cadre de projets pilotes. L’idée est d’être pragmatique et de trouver une solution. Il n’y a eu aucun blocage politique jusqu’à présent, selon la ministre qui pense donc que tout le monde y est favorable, mais qu’il faut trouver le moyen de clôturer ce dossier.

    Je suis totalement convaincu de la valeur ajoutée de tels moyens de transport pour les familles nombreuses. Beaucoup justifient l’usage de la voiture par le transport des enfants et des courses. Si des solutions alternatives sont développées, cette justification perd son sens.

    Dans le contexte actuel de discussion sur la taxe kilométrique, qui échauffe les cervelles de tout le monde, il faut développer des formules alternatives pour le transport des personnes, mais aussi pour le transport des marchandises. Les vélos cargos ont tout leur sens dans ce contexte également. Leur utilisation est bénéfique pour l’environnement, la qualité de l’air, la mobilité et la création d’emplois pour des personnes peu qualifiées, car leur utilisation ne nécessite pas de permis de conduire.

    Les pistes cyclables en cours d’aménagement posent question quant à leur largeur suffisante pour y circuler de manière sécurisée en vélo cargo de grande largeur. 

    J’ai eu l’occasion de rencontrer des membres de la coopérative de cyclologistique Urbike, qui soulignent que certaines nouvelles pistes cyclables posent problème du fait de leur largeur insuffisante, soit lors du croisement soit lors des changements de direction. Les nouvelles pistes cyclables doivent donc tenir compte d’une largeur suffisante. Nous sommes tous les deux convaincus que ces moyens de transport sont des solutions d’avenir pour la mobilité des personnes et des marchandises, encore faut-il que notre infrastructure suive.

    Selon la Ministre, le minimum pour une piste cyclable unidirectionnelle est de 1,50 m et la norme est de 2 m. Pour une piste bidirectionnelle, le minimum est de 3 m et la norme de 4 m. Il s’agit là de l’espace nécessaire. Évidemment, plus il y a de cyclistes et de vélos cargos, plus il faut prévoir d’espace sur les pistes cyclables.

    De manière générale, si, selon la Ministre, le bilan provisoire semblait positif concernant l’utilisation des vélos cargos, aucune date n’a été communiquée quant au bilan définitif.

    Notons enfin qu’il n’existe toujours pas de guichet unique ni de service de compétences en interne à la Région afin de prendre en charge le processus d’homologation.

    En ce qui concerne le projet de guichet unique, dans le cadre du programme de transition, Bruxelles Mobilité a bel et bien prévu de créer un centre de compétences technologiques au sein du service exploitation et transport de Bruxelles Mobilité. Un marché est prévu pour l’administration. Il lui permettra de développer de nouvelles applications et outils spécifiques pour l’exécution des missions de Bruxelles Mobilité, notamment dans les domaines du transport exceptionnel, de l’homologation des véhicules et des permis de transport.

    La Ministre ne dispose pas d’un calendrier plus précis pour la création du guichet unique car elle ne connait pas les délais exacts, mais elle s’engage à le transmettre par écrit, assurant que le projet est en cours et souhaitant qu’il avance.

     


    1 Projets de mobilité durable : appel à projets 2020

    2 Volet A. Vivre la ville – se réapproprier l’espace public – Village de la mobilité – Living Brussels – Journées vélos et visibilité cyclistes – Cargo Bike for Brussels Volet B. Mobilité scolaire active – Volet C. Projets innovants

    3 3 février, 2 avril, 4 mai, 1 juin, 29 juin, 21 août et 7 septembre 2020.

    4 Des nouveaux vélos cargo pour les services communaux– 22/06/2020

    5 Michel De Muelenaere. Bruxelles: un vigoureux coup de pouce aux vélos cargos. Le Soir , 10/07/2020

    6 4,7 millions de fonds européens pour développer le vélo-cargo à Bruxelles. 08/07/2020

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